vendredi 7 janvier 2011

La jeunesse tunisienne en colère


Suite au suicide d’un jeune homme désespéré qui s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid, la protestation sociale de la jeunesse tunisienne prend de l’ampleur un peu plus chaque jour.
On pourrait se demander pourquoi maintenant alors que le chômage et la corruption sont depuis longtemps des facteurs très importants de l’économie tunisienne même si cette dernière, malgré les contrecoups de la crise internationale, demeure en relative bonne santé.
Le triste sort d’un jeune homme aura donc été l’élément déclencheur d’une contestation dont on ne sait pas où celle-ci aboutira.
Le problème principal est que, depuis longtemps, l’économie tunisienne ne peut absorber les milliers de jeunes qui chaque année, leur diplôme universitaire en poche, recherchent un emploi dans le pays.
Ces jeunes, souvent brillants, se retrouvent donc en situation extrêmement précaire et sont forcés, pour survivre, d’exercer des activités peu lucratives, voire misérables, qui ne correspondent en rien à l’instruction et au savoir qui leur ont été inculqués.
Or, si cette situation peut être tolérée dans un temps limité, il va sans dire que le désespoir engendré par un provisoire qui tend à devenir définitif, remet en cause tous les principes fondamentaux de cette brillante jeunesse qui aspire logiquement au bonheur et à des responsabilités plus conformes à ses compétences.
Je crois aussi que l'accès à la culture et au savoir, bien plus développé que dans les années 80 et 90, que l'arrivée d'internet qui est une ouverture unique sur le monde, malgré la surveillance étroite du web par les services de renseignements, ont permis une approche de la réalité des choses infiniment plus lucide que ce qui est inlassablement véhiculé dans les médias contrôlés par le pouvoir en place.
La jeunesse tunisienne n'entend plus qu'un seul discours propagandiste et est parfaitement informée des affaires du monde. Elle n'est plus aussi malléable et il n’est plus possible de la manipuler.
Le régime de Monsieur Ben Ali, dont les commandes sont uniquement entre les mains de sa famille, est toujours resté très fermé, cloisonné et le culte de la personnalité confine à l'obsession.
Seuls les proches du pouvoir, du clan Ben Ali, accèdent aux postes à responsabilités et s’enrichissent dans le sillage d’un système corrompu à l’extrême.
Sous prétexte de lutter contre l’islamisme radical, la liberté d’expression et d’entreprendre demeure pratiquement inexistante.
Les opposants sont sans cesse harcelés, emprisonnés voire éliminés au nom d’une lutte sans merci contre l’intégrisme.
En arguant de la nécessité absolue de combattre ce fléau pour préserver les valeurs de la Tunisie, le régime a tissé une redoutable toile d’araignée qui surveille étroitement tous les secteurs d’activités du pays.
Ce combat est la raison essentielle pour laquelle les principaux partenaires européens de la Tunisie se complaisent dans un silence embarrassé, tant il est vrai, il faut le reconnaître, que le régime tunisien a toujours été d’une aide majeure dans le domaine de la lutte contre le terrorisme islamique.
De ce fait, la jeunesse tunisienne n’aura sans doute rien à attendre des pays européens qui vouent une reconnaissance infaillible au pouvoir en place et préfèrent fermer les yeux sur ce qui se passe dans le pays.
Elle demeurera donc seule face à son combat pour tenter de changer les choses et il est malheureusement probable que celui-ci sera extrêmement difficile à gagner malgré les contestations nombreuses qui fusent dans les rues mais surtout, quotidiennement sur le net que le régime ne peut contrôler en totalité.
Il faut espérer que Monsieur Ben Ali aura suffisamment de retenue pour ne pas martyriser un peuple dont la jeunesse mérite incontestablement de voir ses espoirs réalisés.
J'ose croire que, malgré l'absence totale de la presse internationale, qui a l'interdiction formelle d'exercer son travail d'information sur ces évènements, ce "charmant" monsieur disposera d'un minimum de bon sens pour entendre la voix brisée d'une jeunesse désespérée et pour proposer des solutions qui ne font pas appel à la force et aux baïonnettes. 
Mais peut-être suis-je d'une naïveté désespérante en affirmant cela.
Quoiqu'il en soit, la jeunesse tunisienne à son destin entre les mains et elle doit le forcer en faisant sa révolution.

6 commentaires:

  1. La presse étant absente de cet évènement, Ben Ali n'hésitera pas à réprimer les émeutiers comme il l'a d'ailleurs toujours fait chaque fois qu'il y a eu des velléités de révolte. Il fera sans doute bientôt des propositions en trompe l'œil pour montrer au monde qu'il est un bon père de la nation mais tous les meneurs de cette agitation sociale seront impitoyablement pourchassés et emprisonnés, si ce n'est éliminés dans la stricte tradition Ben Ali.
    Effectivement mon cher Philippe, malgré tout le respect que je te dois, tu es bien naïf si tu penses un seul instant que Ben Ali va entendre la colère de sa jeunesse. Il a maintenu son régime en faisant toujours preuve d'un autoritarisme exacerbé envers le peuple tunisien. Un tel homme ne changera jamais.

    RépondreSupprimer
  2. Ya aucune illusion a se faire sur Ben ali. Il n'hésitera pas a donner l'ordre de tirer sur les manifestants. Ce type est un sanguinaire et ceux qui lui résistent doivent en payer le prix fort.

    RépondreSupprimer
  3. Ben Ali a toujours tenu son pays avec la force des armes. Sa police politique surveille tout et tout le monde. Le plus révoltant dans cette histoire est qu'effectivement les européens ne diront pas un mot pour qu'il arrête les violences qui ont déjà commencé. Il y aurait déjà 4 morts et ce n'est sans doute pas fini. On fait la guerre au président de Cote d'Ivoire mais on se tait lorsque les jeunes tunisiens se font tuer. Tout ça au nom de la lutte contre l'intégrisme. Les européens sont d'une hypocrisie honteuse.

    RépondreSupprimer
  4. Ben Ali c'est d'abord un militaire de carriere.
    Si on peut pas nier qu'il a beaucoup fait pour l'economie de la Tunisie, il reste un militaire dans son ame donc il est forcement tente par l'utilisation des armes meme contre son peuple.
    Si il fait preuve de faiblesse c'est le début de la fin pour sa presidence.

    RépondreSupprimer
  5. Il y a déjà 20 morts dans les manifestations.
    Et non, Ben Ali, n'a pas suffisamment de bon sens comme vous l'espériez pour entendre la voix brisée de sa jeunesse désespérée. J'ai beaucoup aimé votre phrase. Les européens et les américains continuent de se taire.
    La France est trop occupée à tuer les assassins de ses 2 otages du Niger pour s'inquiéter des gens qui meurent en Tunisie quant aux américains, ils n'oseront pas se mettre à dos un tyran qui est considéré comme un rempart essentiel contre le terrorisme islamique.
    Le sang va continuer de couler en Tunisie dans le plus grand silence. Quel honte.

    RépondreSupprimer
  6. Et oui, phemga vous êtes bien naif pour avoir cru que cet assassin de Ben Ali allait laisser les manifestations se dérouler sans tirer sur le peuple Tunisien. La jeunesse tunisienne est assassinée dans l'indifférence du monde. Mais quand ce tyran sanguinaire finira donc pas payer tous ses crimes d'état ?

    RépondreSupprimer