samedi 15 janvier 2011

La révolution de la jeunesse tunisienne ou le jour de la véritable indépendance de la Tunisie


Ils l'ont fait !
Les jeunes de Tunisie ont dégagé leur dictateur Ben Ali.
Ce dernier, après 23 ans de pouvoir sans partage, s'est enfui pour trouver refuge en Arabie Saoudite.
Sous la pression de la rue et face au courage inouï de tout un peuple uni dans un même but, il n'a eu d'autre alternative que d'abandonner son trône.
Celui qui en 1987 s'était emparé par la force des rênes de la Tunisie vient de les abandonner, forcé à son tour.
Comme je l'avais déjà indiqué dans un article précédent, l´étincelle qui a mis le feu aux poudres est partie de Sidi Bouzid au centre-ouest du pays le 17 décembre dernier.
Rappelez-vous, ce jour là, Mohamed Bouazizi, 26 ans, diplômé chômeur, pour survivre, est contraint de vendre des légumes à la sauvette.
Des agents municipaux lui confisquent sa marchandise.
Désespéré, au bout du rouleau, lassé par la misère qui le détruit peu à peu, il s'immole par le feu.
Sa mort va exacerber les frustrations immenses de toute une jeunesse dont l'horizon est plombé depuis de nombreuses années et ce, malgré une économie tunisienne qui se porte relativement bien.
Ben Ali était certes un dictateur qui, pour régner, a étouffé toutes les libertés fondamentales de son peuple mais il aura tout de même accompli, à une certaine époque, de bonnes choses sur le plan économique et social.
Sous sa présidence, l'économie tunisienne était classée en 2007 première dans le domaine de la compétitivité sur le continent Africain et l'émancipation des femmes, le développement de la culture et de la formation des jeunes sont des réalisations qui incombent à Ben Ali.
Quoiqu'on puisse penser de cet homme, qui a le sang  de nombreux tunisiens sur les mains et qui devra un jour en répondre devant les lois de son pays, son bilan économique et social ne saurait être tiré uniquement dans le négatif.
Cependant, son modèle économique, basé essentiellement sur le tourisme, les industries offshore et sur l'accord d'association avec l'Union Européenne aura créé des déséquilibres importants qu'il ne sera jamais parvenu à rétablir.
Certaines régions n'ont jamais profité du boum économique tunisien voici quelques années et se sont retrouvées totalement marginalisées, abandonnées à leur sort malgré les appels au secours et les rares révoltes qui, chaque fois, ont été  réprimées dans la violence.
Les nombreux flux migratoires, provenant des régions défavorisées, vers les principales zones urbaines ont créé un chômage de masse que l'économie du pays  ne pouvait absorber.
A ce chômage s'est ajouté, avec la crise internationale, celui des milliers de jeunes diplômés qui, après de longues études, ne voyaient aucune porte s'ouvrir pour leur offrir un travail décent, en rapport avec leurs capacités.
Le sacrifice suprême de Mohamed Bouazizi n'aura dont pas été inutile puisqu'aujourd'hui, grâce à lui,  l'histoire s'est mise en marche pour faire entrer le peuple tunisien dans la légende révolutionnaire des peuples opprimés qui se sont libérés.
Les promesses de dernières minutes d'un dictateur aux abois n'auront servi à rien face à la colère du peuple bien décidé à en finir avec la tyrannie.
La révolution de jasmin est donc enclenchée.
Avant de s'enfuir Ben Ali, a confié l'intérim du pouvoir au  Premier ministre, Mohamed Ghannouchi qui n'est autre qu'un proche du dictateur déchu. 
Mais en fin de matinée, ce samedi, le président du Parlement tunisien, Fouad Mbazaa a été proclamé président par intérim par le Conseil constitutionnel, écartant ainsi la possibilité d'un éventuel retour à la tête de l'Etat de Ben Ali. 
Malgré tout ce qui s'est passé ces dernières heures, les prochains jours seront déterminants pour l'avenir du pays.
En effet, si chasser un homme tel que Ben Ali est un réel fait de gloire pour le peuple tunisien, celui-ci ne servira à rien si la transition qui s'instaure actuellement, accompagnée dans l'immédiat par un certain chaos, ne se fait pas dans un climat apaisé et dénué de toute violence.
Celui-ci sera inutile si un autre dictateur vient prendre la place du précédent et si un nouveau régime corrompu impose sa loi à tous.
Il appartient donc au peuple tunisien de rester extrêmement vigilant pour que sa victoire historique ne soit pas détournée du chemin de la liberté auquel elle est destinée.
Et si dans les prochaines semaines, pour la première fois depuis l'indépendance de la Tunisie, un président réellement démocrate était élu par le peuple tunisien, nous pourrons affirmer que la page Ben Ali est définitivement tournée. 
Mieux encore, nous pourrons dire fièrement que 50 ans de dictature ont volé en éclat et que le vrai jour de l'indépendance tunisienne a commencé au moment ou Ben Ali a fui le pays.
D'autre part, il sera intéressant à l'avenir d'observer quel impact cette révolution aura sur les autres pays dont les chefs d'états se sont imposés illégalement au pouvoir depuis plusieurs décennies  ou  se sont arrangés  pour remplacer un membre de leur famille à la tête de l'état, même lorsque les urnes ont donné un verdict qui leur était défavorable. 
Il faut espérer que la révolution du jasmin fera boule de neige sur le continent africain en interpelant tous les peuples qui n'osent prendre leur destin en main et qui continuent d'accepter l'intolérable par peur et par fatalité.
Et en souvenir de tous ces héros anonymes qui sont tombés sous les balles d'un  régime impitoyable, j'ai  la terrible envie de crier : 
"Vive la Tunisie, vive la jeunesse tunisienne".

PS : Les photos qui composent cet article sont de Nacer Talel.

6 commentaires:

  1. Dans votre article Mr Phemga vous avez oublié de parler du rôle important que l'armée a joué dans le départ du président Ben Ali. Sans elle rien n'aurait été possible. Je suis persuadée qu'elle a laissé tomber Mr Ben Ali car il ne serait jamais parti aussi rapidement s'il avait pu compter sur l'appuie des militaires. En refusant de tirer sur le peuple comme la fait la police qui a toujours été proche du pouvoir et en ne s'opposant pas à l'avancée des manifestants, les militaires ont assuré leur rôle républicain permettant comme ça aux tunisiens d'exprimer leurs nombreuses frustrations.

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  2. Vous avez raison Samirashied.
    J'ai oublié de parler du rôle essentiel joué par les militaires dans les évènements de Tunisie.
    Je vous remercie d'avoir comblé cet oubli car il est fondamental de rendre hommage à l'armée, sans qui rien n'aurait été possible si elle avait décidé de soutenir Mr Ben Ali.
    Bien cordialement.

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  3. Bonsoir
    Je ne penses pas que les évènements de la Tunisie auront une influence sur les autres pays africains. A part, les quelques égarés qui se sont immoler par le feu en Mauritanie et Égypte en se prenant pour Mohamed Bouazizi, il ne se passera rien de plus chez les pays frères de la Tunisie ni chez les autres pays africains. Un vent de liberté a soufflé sur la Tunisie mais ce vent retombera juste à ses frontières.
    Les Kadhafi, Moubarak et Bouteflika ont encore de beaux jours devant eux. Pour ce qui est de l'Afrique noire je n'en parle même pas. Là bas, les dictateurs gouvernent de gentils moutons qui ne retrouvent leur courage que lorsqu'il faut s'attaquer aux étrangers ou aux anciens colonisateurs.
    J'espère que je ne serai pas censuré sur ce blog en disant cela.
    Avec mes salutations.

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  4. Alors comme ça mon cher Phemga tu oublies l'élément essentiel à la réussite de cette révolution, l'armée. Il y a des fessées qui se perdent quand même.
    Bon à part ça, j'ai bien aimé ton article qui même sans parler de l'armée tunisienne est très intéressant. Les photos donnent également une bonne idée sur les manifestations qui se sont déroulées.
    Dis dont mon frère, tu ne serais pas anti militariste toi des fois ?

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  5. Rogange, il faudrait t’exiler toi aussi en Arabie Saoudite et sans or s’il te plait.
    Les photos de l’article sont géniales. On se rend bien compte de la gravité des évènements et de la détermination des gens. Avec cet élan de liberté qui est tombé sur le pays, il faut quand même espérer que les islamistes ne vont pas profiter de la fragilité de cette nouvelle Tunisie pour tenter de s’introduire en masse. Ben Ali avait de nombreux défauts mais au moins avec lui, ces prêcheurs de haine sont restés cloués au pilori. Vigilance, vigilance donc.
    Jusqu’à maintenant on ne voyait pas de femmes voilées en Tunisie mais quelque chose me dit que cela ne va pas tarder. Je n’ai rien contre les femmes voilées mais leur présence est toujours le signe que l’obscurantisme n’est pas loin. Pour ce qui est d’un probable effet boule de neige sur les autres pays d’Afrique, à mon avis il ne faut pas trop y compter mais bon……qui aurait imaginé que les tunisiens seraient parvenus à chasser leur « bienfaiteur »?

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  6. C’est un peu la pagaille en ce moment en Tunisie mais c’est normal car beaucoup de choses doivent changer. J’ai apprécié votre article mais je suis au regret de vous dire que je trouve que vous avez été trop complaisant avec Ben Ali qui a trop de sang sur les mains.
    Peut-être qu’il faut y voir cette fameuse réserve française qui fait que vous avez du mal à condamner un dictateur que la France a soutenu depuis le début.
    Je ne vais pas trop m’emporter sur la France car en contre partie elle a toujours bien accueilli les opposants de Ben Ali.
    C’est vrai que Ben Ali a empêché les islamistes de prendre pied en Tunisie mais au nom de cette menace il a mis tout le monde dans le même bain pour mieux martyriser les opposants.
    J’espère donc que le prochain président de la Tunisie demandera son extradition pour qu’il puisse être jugé là où il a commis ses crimes.

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