mercredi 19 janvier 2011

Lorsqu'un artiste tunisien rejette sa distinction francaise


Monsieur Jellel Gasteli, artiste tunisien photographe de renom, a décidé dernièrement de restituer sa distinction de Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres à l'ambassadeur de France en Tunisie.
Ceci, parce qu'il estime que la France a bafoué sa propre dignité et surtout celle du peuple tunisien par son attitude au cours des manifestations qui ont entraîné le départ de Ben Ali.
Monsieur Gasteli est un monument de la photographie et, de par ses nombreux voyages, il connaît bien le monde. 
Il connaît surtout très bien la France puisqu’il y a vécu de nombreuses années et qu’il y retourne régulièrement pour son travail.
Ses reproches concernant l’attitude du gouvernement français me semblent en partie justifiés par ce manque de réaction de la classe politique, au moment des manifestations de la rue où des gens se sont fait tuer par les bourreaux de Ben Ali.
Je préfère même ne pas parler des commentaires affligeants de Michèle Alliot-Marie dont la stupidité me laisse sans voix.
Cependant, j’ai beau remonté dans les archives de ces dernières semaines, aucun autre pays n’a particulièrement réagi pendant les violences en Tunisie. 
Les diplomaties occidentales se sont contentées d’appeler timidement au calme et à la fin des violences.
L’Europe et les Usa ont été totalement dépassés par l'ampleur des évènements qui se sont déroulés, tout étant allé très vite.
Cela n’est pas une excuse mais un fait et la France ne saurait en détenir seule la responsabilité.
On peut le déplorer mais Ben Ali a toujours été un allié cajolé par les puissances occidentales pour ses positions anti-islamiques et, il faut le dire, pour la répression qu’il exerçait à l’encontre des intégristes. 
Cette attitude lui a valu une grande mansuétude de la part des occidentaux qui ont fermé pudiquement les yeux sur les nombreuses autres exactions que Ben Ali a commises contre son peuple. 
Si j’ai bonne mémoire, du temps de Mr Mitterrand, Ben Ali était déjà perçu comme un homme extrêmement recommandable par la France qui le choyait à tout va.
Les gouvernements changent mais la politique étrangère demeure globalement la même.
On appelle cela la raison d’état ou la realpolitik dont le cynisme paraît souvent déroutant.
Là où je suis en total désaccord avec Mr Gasteli c’est lorsqu’il affirme que la France a bafoué la dignité du peuple Tunisien.
Peut-on proférer raisonnablement de telles accusations lorsqu'un pays a accueilli la très grande majorité des opposants de Ben Ali, et non des moindres, pendant plus de 20 ans ?
Je pense ne pas me tromper en affirmant que si la France a toujours maintenu des liens étroits avec Ben Ali, comme l'a fait d'ailleurs la plupart des pays occidentaux, les opposants au régime tunisien n'ont jamais eu de problèmes particuliers pour se réfugier dans l'hexagone.
Si quelqu’un a bafoué la dignité du peuple tunisien, c’est Ben Ali lui même avec toute sa clique de mafieux et personne d'autre.
Et cela a duré 23 longues années. 
Je regrette de ce fait que Mr Gasteli soit infiniment plus prompt à s'en prendre aux dirigeants français, certes non exempts de critiques, qu'à un dictateur qui n'a jamais hésité à tyranniser ses compatriotes chaque fois qu'il l'estimait nécessaire, portant ainsi gravement et réellement atteinte à la dignité de tout un peuple.
Aussi, bien que je ne me souvienne pas que Mr Gasteli ait formulé la moindre critique envers Ben Ali lorsque ce dernier était encore au pouvoir, je me garderai d'en tirer la moindre conclusion et d'y trouver matière à indignation.
Tout ceci, pour dire que si critiquer l’attitude de la France me parait fondé suite à son inaction et à ses maladresses au cours des derniers évènements de Tunisie, lui reprocher d’avoir bafoué la dignité de tout un peuple, me semble quelque peu démesuré et pour le moins simpliste.
Je veux voir en cette accusation très dure, l’expression d’une immense déception envers la France, un pays auquel Mr Gasteli a toujours été profondément attaché, malgré les incohérences qui le caractérisent dans sa politique étrangère.
Il est en tous les cas parfaitement dans son droit en décidant de rendre sa "breloque" à l’ambassadeur de France à Tunis et je peux même en comprendre la motivation.
Dans quelques années, un président de droite ou de gauche trouvera bien le moyen de la lui redonner, lorsque l’amertume se sera apaisée.
Si le temps ne permet pas l’oubli, il adoucit les rancunes les plus tenaces.

5 commentaires:

  1. Vous défendez votre pays tout en lui reconnaissant des torts et cela est à votre honneur. Si Monsieur Gasteli vivait en Tunisie avant les troubles, c'est sûr qu'il n'a pas du montrer trop d'indignation envers Ben Ali et on peut le comprendre. C'est plus simple de vilipender un dictateur quand on se trouve à l'étranger en sécurité. J'ai bien aimé votre jeu avec les mots lorsque vous faites comprendre certaines choses sur l'attitude qui serait équivoque de l'artiste. J'ai lu vos autres articles et il faut décidément savoir lire entre les lignes. Ce que vous ne dites pas est souvent plus cruel que ce que vous écrivez. Je suis Tunisienne et j'aime mon pays par dessus tout. J'ai aussi la nationalité française et je suis un peu comme vous, j'essaie toujours de modérer les critiques envers la France en essayant de la défendre tout en reconnaissant qu'elle a fait des erreurs. Mais le vrai problème, ce n'est pas la France mais la situation de la Tunisie actuellement. Ben Ali s'est enfui et le plus dur commence pour le peuple de Tunisie. A côté de cela, les critiques de Mr Gasteli sont une toute petite goutte d'eau dans l'océan. Notre dignité nous l'avons gagnée en chassant Ben Ali. Il faut surtout ne pas la perdre en gâchant tout ce que nous avons obtenu dans notre combat pour la liberté.

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  2. Moi je trouve que Gasteli il a pas forcément tort mais il ferai mieux de s'interesser à la Tunisie de l'après Ben Ali. Le reste on s'en fout. Ses petites suceptibilités c'est quoi à coté de la tunisie ?

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  3. Les tunisiens ont d'autres chats à fouetter pour l'instant que de s'intéresser aux susceptibilités d'un photographe même si celui-ci est connu. J'ai noté qu'il indique que sa dignité personnelle a été bafouée. Il y a peut-être un élément dont on n'a pas eu connaissance dans l'affaire. Pour ce qui est de la France, c'est comme d'habitude, elle ne va que là où sont ses intérêts. Le reste, elle s'en balance. La politique est tout sauf sincère. D'ailleurs quelqu'un a dit qu'il n'existait pas d'amitié entre les pays mais que des intérêts. France et Usa même combat !

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  4. Moi ce qui me fait marrer c'est qu'avec toute l'actualité sur la Tunisie et la mort des otages on ne parle plus de Gbagbo en CI. Le type a réussi à se faire oublier.

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  5. Vous écrivez :
    "Dans quelques années, un président de droite ou de gauche trouvera bien le moyen de la lui redonner, lorsque l’amertume se sera apaisée.
    Si le temps ne permet pas l’oubli, il adoucit les rancunes les plus tenaces."
    Vous devez être un peu poète à vos heures perdues vous !
    Votre Gasteli il reprendra ce que vous appelez sa breloque lorsque les autorités françaises lui auront bien léché les bottes. (Notez que je reste poli) Après beaucoup de pommade il re deviendra moins vindicatif et il placera son égo démesuré dans sa petite poche de pantalon.

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