mardi 15 février 2011

L'affaire Florence Cassez



La condamnation de Florence Cassez par la justice Mexicaine à 60 ans de prison pour complicité d'enlèvement et séquestration empoisonne depuis longtemps les relations entre la France et le Mexique.
En première instance, cette jeune femme avait été condamnée à 96 ans de prison, rien que ça.
On peut se demander à combien de siècles celle-ci aurait été condamnée si elle avait commis un assassinat.
En partant du principe que Florence Cassez peut être coupable des faits qui lui sont reprochés, la disproportionnalité de la peine, par rapport au crime commis, est inacceptable, même si on a le désir de respecter l'indépendance de la justice mexicaine.
Cependant, dans l'affaire Cassez, de nombreuses interrogations demeurent sur sa culpabilité et c'est la raison pour laquelle, il est encore plus difficile d'accepter un verdict aussi sévère.
Lorsque Florence Cassez est arrêtée par la police mexicaine en décembre 2005, des actions troublantes et douteuses sont réalisées par la suite par les autorités locales.
Son arrestation réelle est effectuée sur une route, dans un véhicule conduit par son ex petit ami qui est soupçonné d'enlèvement et de séquestration avec violence.
Au cours de l'interrogatoire de la jeune femme par l'Agence Fédéral d'Investigation, (AFI), la police monte un scénario de capture digne d'un film de série B qui n'a rien à voir avec la réalité.
La télévision nous montre, 24 heures plus tard dans un ranch, l'arrestation prétendument en direct, de Florence Cassez  et de son ex petit ami ainsi que la libération de quelques 3 ou 4 personnes victimes d'un kidnapping.
Ce jour là, la police, qui joue un remake de Rambo, redore un blason mille fois terni dans des actions passées.
On apprendra deux mois plus tard, au cours d'une émission télévisée, alors que le chef de l'Agence Fédérale d'Investigation commente le soi disant coup de filet au ranch et après un appel téléphonique de Florence Cassez depuis sa prison, que l'arrestation décrite n'est qu'un montage médiatique.
Le chef de l'AFI finira pas concéder qu'il s'agissait d'une reconstitution de l'arrestation qui, pourtant, n'a jamais eu lieu au ranch mais sur une route.
Certes, cela ne remet pas en cause l'éventuelle culpabilité de Florence Cassez, même si un grave défaut de procédure apparaît, mais nous sommes tout de même en droit, après un  tel spectacle Hollywoodien, de nous demander jusqu'où les autorités mexicaines sont allées dans la manipulation de cette triste affaire.
Lorsque l'on sait que l'ensemble du corps policier mexicain est gangréné jusqu'à la moelle par la corruption, qu'il est courant de manipuler des témoins et d'en trouver des fictifs pour faire avancer les affaires en cours, on ne peut qu'être circonspect devant l'étalage d'un tel scénario dont le but principal est de mettre en valeur les forces de police mexicaines.
Et par la suite, les suspicions envers la police mais aussi la justice mexicaine se feront de plus en plus précises.
Peut-on d'ailleurs encore parler de suspicions?
En effet, dans l'affaire Cassez, on assiste à la disparition de certaines preuves qui pouvaient innocenter la jeune femme, à l'apparition d'autres qui la condamnent, à des témoignages à décharge qui ne sont pas pris en compte, sauf lorsqu'ils se transforment miraculeusement à charge.
D'autre part, un témoin important prétend, dans un premier temps, avoir vu des choses qui confirment la culpabilité de la française de manière irréfutable mais revient par la suite sur son témoignage en affirmant qu'il a été torturé pour charger Florence Cassez.
Des témoins disparaissent, d'autres apparaissent, bref, c'est un désordre indescriptible qui démontre malheureusement ce que l'on savait déjà, à savoir que la police et la justice mexicaine constituent un  immense capharnaüm qui agit en fonction d'intérêts politiques et financiers obscurs, dans un milieu sans foi ni loi.
Si tout est mis en œuvre pour que Florence Cassez apparaisse coupable dans cette affaire, l'action et l'acharnement inouï des autorités locales font sérieusement penser qu'elle n'est que le bouc émissaire d'un jeu politico-judiciaire qui ne vise qu'à redonner une bonne image de la police et de la justice mexicaine trop souvent mais justement dévalorisées ces dernières années.
Même l'église catholique mexicaine et plusieurs associations des droits de l'homme viennent de prendre récemment fait et cause pour Florence Cassez.
Dans l'un des pays les plus catholiques du monde, cette position de l'église est un vrai pavé dans la mare judiciaire et a interpelé une partie non négligeable de l'opinion publique mexicaine.
Cela n'a pas empêché dernièrement la justice de ce pays de rejeter le recours en cassation de Florence Cassez et de confirmer les 60 années de prison.
En conséquence, le sujet prend donc désormais des allures d'affaire d'état et les relations entre la France et le Mexique viennent de se tendre sérieusement.
En effet, le président Sarkozy ayant décrété que l'année du Mexique en France serait dédiée à Florence Cassez, la réaction des autorités mexicaines ne s'est pas faite attendre.
Mexico a décidé de boycotter, du moins temporairement,  cette année du Mexique et de ne plus participer à son organisation.
La réaction est somme tout logique et la France aurait sans aucun doute agi de même, confrontée à une telle situation.
Alors que l'affaire Cassez divise l'opinion mexicaine autant qu'elle tend les relations entre la France et le Mexique, il est regrettable que Monsieur Sarkozy, sous le coup de l'émotion, ait poussé un peu trop loin son engagement personnel et n'ait pas cherché à temporiser la décision de justice mais au contraire, ait cru bon d'attiser le feu en prenant  en otage l'année du Mexique en France.
Je pense qu'il aurait été bien plus avisé de continuer à organiser cet évènement en marge de l'affaire Cassez tout en s'activant en coulisse pour trouver des solutions qui ne fassent pas perdre la face au Mexique.
Il est bien difficile aujourd'hui de savoir comment la France pourra agir pour arracher Florence Cassez à ses geôles mexicaines et lui éviter de passer encore 55 ans derrière les barreaux, une peine absolument injustifiable, même s'il s'avérait qu'elle était coupable, ce qui est loin d'être le cas.
Il est à souhaiter que Monsieur Sarkozy fasse preuve d'un peu plus de sang froid en garantissant au Mexique que la célébration de ce pays en France, en cette année 2011, ne se transforme pas en slogans et manifestations de tout genre pour Florence Cassez.
On ne peut pas décemment inviter un pays pour rendre hommage à sa culture et profiter de l'occasion pour lui asséner des reproches, même si ceux-ci sont fondés.
Il est urgent de trouver une juste mesure entre le sentiment légitime d'extrême injustice qui habite l'état français vis à vis de Florence Cassez et la nécessité de maintenir des relations étroites avec le Mexique, comme cela a toujours été le cas.
Ce n'est pas en humiliant le Mexique et en nous brouillant avec un ami de longue date que nous parviendrons à améliorer le sort d'une jeune femme dont le moral aujourd'hui doit être au plus bas.

8 commentaires:

  1. Ce n'est un scoop pour personne que la police mexicaine est entièrement corrompue. Même en 2010 la délinquance a continué d'augmenter dans ce pays malgré les mesures draconiennes qui auraient été prises par les autorités. Ce sont les narco- trafiquants qui dominent le pays et ces types n'hésitent pas à massacrer des policiers pour les besoins de leurs affaires ou à enlever des hommes d'affaires avec leurs familles. C'est vrai qu'on ne doit pas sacrifier les relations franco mexicaines pour une seule personne mais c'est quand même difficile d'accepter de prendre 60 ans de prison quand on est innocent et même si on ne l'est pas. Je pense que Sarkozy a donc raison de faire pression sur les mexicains même si je crois que cela ne servira à rien tant les enjeux politiques sont importants pour ce pays.

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  2. Elle n'est pas au bout de ses peines cette pauvre Florence Cassez et je ne suis pas persuadé que la crise diplomatique actuelle arrangera les choses.
    Sarkozy a peut-être été maladroit dans cette affaire en associant l'année du Mexique en France à l’affaire Cassez mais il vaut peut-être mieux trop en faire que de rester de marbre devant une situation qui est quand même révoltante. Cette fille semble vraiment être une sorte de bouc émissaire qui paie pour tout le système judiciaire et policier mexicain qui est corrompu dans toutes ses sphères. On a voulu faire d'elle un exemple pour satisfaire l'opinion et rien de plus. 60 ans c'est cher payé pour une comédie à l'italienne.

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  3. Si la famille veut revoir sa gamine elle ferait bien d'organiser son évasion. Sans cela, c'est parti pour 60 ans. Sans doute bien moins car je doute que Florence Cassez survive si longtemps à son incarcération.
    Cette histoire est une honte pour le Mexique qui est un vrai far-west où seule la loi du plus fort domine la société.

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  4. Incroyable que personne n'ait envisagé la possibilité que cette fille soit coupable.
    Bon son crime, si il y a crime, ne vaut pas 60 ans de prison mais on n'arrête pas de la plaindre comme si on était certain qu'elle n'ait rien à voir dans cette affaire.
    Et si on changeait un peu de comportement et qu'on imaginait qu'elle soit vraiment coupable.
    Peut-être que beaucoup de monde ne serait pas aussi accroché à sa défense.

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  5. Qui sait si cette Florence Cassez ne s'est pas volontairement acoquinée avec une bande de malfrats ?

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  6. Je vois Phemga que tu restes prudent sur l'innocence de la française et tu as bien raison car on ne sait jamais ce qui se passe dans la tête des gens. C'est sûr que quoi quelle ait fait, à partir du moment où il n'y a pas crime de sang, prendre 60 ans pour enlèvement et séquestration c'est trop. Comme tu le dis si elle avait tué elle aurait pris quelques siècles de prison. Je crois aussi que la française sert de bouc émissaire dans cette histoire et que sa détention est plus le fait d'intérêts politiques qu'une punition pour son éventuel crime. Pour ce qui est de Sarko, il est ce qu'il est mais en revanche, je ne suis pas d'accord avec toi dans ta critique à son sujet sur cette affaire. Je trouve très bien la pression qu'il met sur les mexicains qui savent parfaitement que leur justice est pourrie. Bon, il n'est pas toujours très adroit dans ses propos mais c'est le seul président qui ait jamais défendu les français avec tant de vigueur lorsqu'ils avaient des problèmes à l'étranger. Les autres avaient plutôt l'habitude de s'aplatir et de se faire tour petits. Pourtant tout porte à penser que les mexicains ne reculeront pas et que la Cassez fera sans doute ses 60 années de prison.
    Dans ce cas, les parents n'auront plus qu'à essayer de la faire échapper. Dans ce pays tellement corrompu, il doit bien y avoir une solution pour arriver à la faire sortir. Je dis cela bien entendu à partir du moment où elle serait innocente. J'imagine déjà l'incident diplomatique grave dans le cas où la française parviendrait à s'échapper. On soupçonnerait forcément Sarko.

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  7. Moi je pense que Florence Cassez est vraiment coupable des crimes qui lui sont reprochés. Elle joue une comédie afin de tenter d'attirer la sympathie. Il est quand même difficile de croire qu'elle ne connaissait pas les activités de sont copain. Bon, c'est vrai que la police mexicaine a cherché à embrouillé l'affaire, bien aidé par la justice mais Cassez n'est pas toute blanche dans cette histoire, j'en suis persuadé. Elle a vu dans le kidnapping une manière facile de se faire de l'argent. Elle a joué et elle a perdu. Je dois quand même avouer que prendre 60 ans pour ça c'est très cher payé.
    Je comprends donc un peu pourquoi la France voudrait la récupérer. A mon avis, elle sera bien vieille lorsqu'elle rentrera au pays. Si elle survit jusque là.
    Dans votre article phemga, malgré votre dénonciation des magouilles mexicaines, je ne suis pas parvenu à savoir si vous pensiez que Florence Cassez était innocente ou coupable. Vous restez très ambigu sur cela. Une manière peut-être de ne pas prendre franchement position...

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  8. Phemga, vous assassinez la police mexicaine et la justice avec mais vous êtes contre une pression trop vive envers le Mexique pour continuer de maintenir de bonnes relations avec ce pays.
    Je ne comprends pas très bien votre position même si vous décrivez très bien la réalité de ce qui se passe dans ce pays. J'ai l'impression que vous pensez que l'affaire Cassez ne vaut pas une dispute avec le Mexique et qu'il vaudrait mieux faire le dos rond.
    Florence Cassez n'est pas la seule à subir les dérives de la police mexicaine pour qui tout est permis pour se mettre en valeur vis à vis de l'opinion qui ne croit plus en elle.
    Des dizaines de mexicains sont victimes tous les jours des manipulations policières sans que rien ne soit fait pour mettre un terme à ces comportements. Ce pays est attaqué de toute part par une corruption massive et Florence Cassez n'est qu'une victime parmi tant d'autres.

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