samedi 12 février 2011

L'Egypte entre à son tour dans l'histoire


La révolution tunisienne aura donc fait, comme on l'espérait, boule de neige.
L'Egypte, ce grand pays à l'histoire tant de fois millénaire, aura donc succombé à ce vent de liberté qui souffle avec tant de force dans le monde arabe depuis plusieurs mois.
Même Monsieur Moubarak, si solidement installé sur son trône et prévenu de l'expérience tunisienne, n'aura pas résisté longtemps à la pression de tout un peuple dont les évènements du pays du jasmin l'auront convaincu qu'il pouvait tenir lui aussi son destin entre les mains, pourvu que le courage, la ténacité et l'abnégation soient au rendez-vous.
L'Egypte ne sera donc plus jamais la même et l'après Moubarak apporte d'immenses espoirs qu'il était impossible de concevoir il y a encore quelques semaines.
Avec la Tunisie et l'Egypte, nous avons vraiment le sentiment de vivre un moment crucial pour l'avenir de toute la région mais aussi du monde. 
Comme en Tunisie, l'armée aura joué une rôle éminemment protecteur envers le peuple pour lui permettre de réaliser son objectif. 
Celle-ci, étant désormais en charge d'assurer une transition démocratique, va continuer d'exercer un rôle central dans la suite des évènements.
Il va lui falloir organiser des élections présidentielles réellement démocratiques pour changer définitivement la trajectoire de l'histoire.
La démocratisation du monde arabe est en marche même s'il convient malgré tout de demeurer extrêmement prudent sur l'avenir.
L'immense espoir suscité par ce vent de liberté irrésistible ne doit pas occulter les dangers qui pourraient survenir et le peuple égyptien doit veiller à ne pas se faire voler sa révolution.
Les intentions de l'armée, qui a désormais tous les pouvoirs, restent incertaines et il ne faut pas trop se précipiter dans un optimisme béat qui pourrait nous ramener douloureusement à une réalité que nous n'attendions pas.
Il ne faut pas oublier que les militaires constituaient l'élément clé du système qui vient de tomber et il serait risquer de penser qu'on peut se débarrasser, d'un simple revers de la main, d'un régime autoritaire même si le principal acteur vient de baisser le rideau.
Tant que des élections libres n'auront pas abouti à l'avènement d'un président démocratique, la prudence devra rester de mise.
Un premier objectif majeur a été atteint mais il reste à réaliser le rêve, celui de la liberté.
Et le pays des pharaons a encore beaucoup de chemin à parcourir pour que le soleil qui se lève enfin parvienne à son zénith.
En dehors de l'armée, un terrible danger, infiniment plus dangereux, va tenter de s'incruster par tous les moyens dans le nouveau paysage politique égyptien. 
Je pense, non sans effroi,  à l'organisation islamique "les Frères Musulmans" qui, depuis plusieurs décennies, croupie dans l'ombre, attend son heure pour sortir de sa tanière.
Or, cette heure est arrivée et plus que jamais la prudence s'impose à tous les niveaux.
 L'organisation islamique des Frères Musulmans est la confrérie égyptienne la plus ancienne et la plus puissante du monde arabe. 
Son influence y est considérable et c'est elle qui a donné naissance au djihad, qu'on appelle improprement la guerre sainte au lieu de la guerre juste.
Il ne faut absolument jamais perdre de vue que la devise des Frères Musulmans met en lumière une idéologie qui n'a rien à voir avec la démocratie, ni de près, ni de loin : 
 "Dieu est notre but, le prophète notre chef, le Coran notre constitution, le djihad notre voie, le martyr notre plus grande espérance".
 On pourrait ajouter à cette devise sans risquer de se tromper : 
"Et le terrorisme notre bras armé".
Il est bien évident que cette organisation, avec le départ de Monsieur Moubarak, se voit offrir une chance unique de tenter de mettre la main sur le pays.
Il ne fait aucun doute que malgré sa relative discrétion parmi les révolutionnaires égyptiens, celle-ci, qui avance encore à pas feutrés, ne va pas tarder à abattre ses cartes pour annoncer la couleur.
Et l'éventualité de voir ressurgir une situation à l'iranienne, après le départ du shah, est très loin d'être négligeable. 
Les barbus sont sans aucun doute sur les starting-block, prêts à imposer à la moindre opportunité la loi de la charia et l'obscurantisme qui va de paire.
On peut donc comprendre aisément l'inquiétude d'Israël qui était parvenu à instaurer avec l'Egypte de Moubarak un climat de paix et de confiance réciproque.
La révolution égyptienne, aussi salutaire quelle soit, va donc engendrer de nombreuses incertitudes pour l'état hébreux qui possède une frontière commune avec l'Egypte.
Il faut espérer que le peuple égyptien, épris de liberté, ne se laisse pas manipuler par un dogme venu d'une autre époque qui, au lieu d'apporter la paix, instaurerait une nouvelle dictature mille fois  plus dangereuse que la précédente.
De ce fait, ce n'est pas seulement Israël qui aurait à craindre pour sa sécurité mais tous les pays occidentaux, en tête desquels, de par leur proximité géographique, la France et l'Italie seraient particulièrement concernées.
Aujourd'hui donc, si la place reste logiquement à l'espoir, à la joie, aux congratulations, demain demeure rempli d'aléas difficilement maitrisables.
Et je veux croire que les larmes de bonheur que nous voyons actuellement couler dans les yeux du peuple égyptien ne se transforment pas en flots de sang par la faute d'une bande de barbus nostalgiques du moyen âge et prêcheurs de haine de l'occident.
La révolution française, est là pour nous rappeler que la déchéance d'un roi dictateur n'a pas apporté, dans l'immédiat, la liberté tant espérée mais une autre dictature bien plus sanguinaire, avide de têtes coupées.
Quoi qu'il en soit, on peut se demander après la Tunisie et l'Egypte quel sera  désormais le prochain pays dont le peuple exigera sa part de démocratie et de liberté.
A qui le tour ?
Je rêve du crépuscule de Kadhafi mais cette chimère, entretenue depuis tant d'années, n'est-elle pas trop démesurée ?

9 commentaires:

  1. Et oui, à qui le tour maintenant?
    L'Algérie semble la plus exposée même si l'effet de surprise ne tient plus et si Bouteflika s'est déjà préparé à l'action en imposant une présence policière très importante contre les manifestants.

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  2. Je pense au dictateur le plus terrible du monde arabe, ce fou de Khadafi.
    Il faut espérer que son tour viendra pour qu'il paie ses nombreux crimes contre son peuple mais aussi pour qu'il réponde de ses nombreux actes terroristes dont le fameux vol d'Uta en 1989.

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  3. Qui aurait pu imaginer qu'un petit commerçant ambulant, du fin fond de la tunisie serait à l'origine d'un changement radical de l'histoire des peuples au maghreb?
    Parfois une petite goutte d'eau peu faire déborder un océan.
    L'algérie bouge à son tour et il faut espérer que le fil de l'histoire se dénoue là-bas aussi.

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  4. Les frères musulmans seront sans doute l'un des acteurs principaux de l'après révolution en Egypte.
    Il est sur que si faire la révolution pour être éventuellement dirigé par ce genre de types, il valait mieux garder Moubarak.
    Peut-être que le plus dur commence pour l'Egypte.

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  5. C'est vrai, il ne faut pas crier victoire trop vite même si c'est déjà beau d'avoir fait partir Moubarak. Les militaires d'un côté dont on ne sait pas très bien ce qu'ils vont réellement décider et les islamistes de l'autre dont on connait par contre le manière de penser. Il faut donc attendre les prochaines semaines pour se faire une idée un peu plus précise de ce que pourrait être l'avenir.
    J'en connais qui doivent avoir du mal à dormir actuellement. Je pense à Bouteflika surtout.

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  6. C'est la gestion de la révolution qui sera le plus dur à maitriser. Comme vous le dites phemga, il ne s'agirait pas que les égyptiens se fassent voler leur révolution par des prédateurs comme les frères musulmans. L’éventualité de voir ces vautours arriver au pouvoir est quand même effrayante.

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  7. Il ne faut pas diaboliser les frères musulmans qui ne sont pas arriérés comme vous tentez de le faire croire.
    Ils sont bien conscients que le monde a changé et qu'une ouverture vers plus de démocratie est nécessaire. Eux aussi connaissent les aspirations du peuple égyptien. S'ils devaient arriver au pouvoir ils tiendront compte de tout cela. Votre article me donne l'impression de lire une propagande anti-musulmane érigée par des états ne souhaitant qu'imposer leur modèle de démocratie. Vous parlez d'Israel et de ses inquiétudes. On voit très bien de quel côté se situent vos sentiments politiques.

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  8. Une chose est certaine. On sait parfaitement où vont les sensibilités de mr l’anonyme.
    D’ailleurs c’est son droit de vouloir favoriser les frères musulmans.
    Pour reprendre un mot à la mode, c’est même sa «liberté» d’exprimer ses souhaits.
    Les barbus en Iran aspiraient aussi à donner sa «liberté» au peuple iranien après la fuite du shah. On a vu après ce qu’il est advenu de cette liberté manière barbue.
    Les frères musulmans prônent un retour à un islam des origines et on comprend très bien ce que cela veut dire. La charia n’est jamais loin avec tout ce que cela signifie de dogmes et d’obscurantisme qui ne visent qu’à s’approprier les esprits par la force pour en faire un même moule bien docile et obéissant, dénué de toute forme de pensée constructive et indépendante.
    Avec des tels personnages, l’Egypte ne serait pas sortie de l’auberge et on regretterait bien vite Moubarak.

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  9. L’auteur de l’article ne semble pas désireux de répondre à Anonyme sur sa prétendue propagande anti-musulmane.
    Sans doute a-t-il bien cerné qui est réellement derrière cet Anonyme et qu’il préfère passer son chemin pour ne pas se perdre dans des polémiques pièges qui n’apporteraient rien.
    Je suis moi-même musulman pratiquant et la charia ne correspond pas à mon idée de tolérance qui doit conduire ma foi.
    Dois-je donc être considéré comme un mauvais musulman parce que je refuse un prosélytisme religieux agressif ?
    Votre article Phemga pose le vrai problème de fond à savoir les dangers d’une récupération de la révolution du peuple Egyptien par des gens qui n’ont jamais fait preuve de tolérance par le passé. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ?

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