lundi 14 mars 2011

Il faut stopper Kadhafi


Comme on pouvait le craindre, après avoir été décontenancé par l'avancée des rebelles, la surprise passée, Kadhafi s'est réorganisé et a repris du poil de la bête.
Chaque jour il regagne le terrain perdu face à des combattants mal armés et peu aguerris.
Les troupes du colonel Kadhafi, appuyées par l'aviation qui bombarde intensivement les positions rebelles, progressent désormais rapidement vers l'Est du pays, après avoir repris plusieurs villes et villages aux insurgés.
Benghazi, le fief de l'insurrection libyenne, va se retrouver rapidement menacé par une stratégie d'encerclement qui sera fatale si la communauté internationale continue de regarder les images à la télévision sans réagir.
En observant attentivement une carte sur l'avancée actuelle des soldats et des mercenaires de Kadhafi, on peut aisément deviner quelles seront les prochaines étapes pour tenter de reprendre le contrôle total du territoire Libyen.
Il n'est pas besoin de se prétendre expert militaire pour se faire une idée plus ou moins précise de la tactique qui sera employée pour réaliser l'objectif principal de Kadhafi qui est de s'emparer de Benghazi, la seconde ville du pays, actuellement entre les mains de l'insurrection.
Pour cela, il suffira de reprendre la ville d'Ajdabiya, de contourner Benghazi pour investir Tobrouk afin de parvenir à une manœuvre d'encerclement des insurgés.
Les rebelles n'auraient alors d'autre alternative que de tenir jusqu'à la mort Benghazi ou de tenter une échappatoire improbable vers la mer, sonnant ainsi le glas de la révolution libyenne.
Dans l'état actuel des choses, l'insurrection libyenne est en passe d'être matée et son avenir proche est l'anéantissement total dans un bain de sang aux conséquences monstrueuses.
Car il ne faut se faire aucune illusion !
Kadhafi exterminera jusqu'au dernier les insurgés et tous les gens qui ont cru en l'avènement d'une ère nouvelle, comme cela a été le cas en Tunisie et en Egypte.
Avec l’état d’esprit qui est le sien, il ne trouvera pas d'autre solution que de faire un exemple afin qu'une telle mésaventure, qui aura constitué une terrible humiliation pour lui, ne se reproduise plus.
Et pendant ce temps, les pays européens, comme d'habitude, se disputent sur la méthode à employer pour éviter le bain de sang redouté.
Un temps qui joue cruellement en faveur de Kadhafi.
La France et Le Royaume Uni préconisent une intervention par la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne afin d'empêcher Kadhafi d'utiliser son aviation alors que d'autres pays, dont la fébrilité fait peine à voir, préfèrent se replier sur eux mêmes, fermer les yeux et se boucher les oreilles pour ne pas entendre les appels au secours d'un peuple dont le destin est désormais en ballotage très défavorable.
Alors qu'une réunion des ministres des affaires étrangères du G8 aura lieu ce lundi à Paris, Monsieur Juppé, le chef de la diplomatie française, a appelé à une accélération des efforts internationaux pour l'instauration de cette fameuse zone d'exclusion aérienne.
La ligue arabe étant elle même favorable à cette solution de la dernière chance, devant l’avancée de Kadhafi et les massacres à venir, il est fondamental que dans les prochains jours l'UE et le Conseil de sécurité parviennent à un accord afin de légitimer une intervention imminente.
Ceci, en parfaite concertation avec la ligue arabe qui doit être associée à toutes les décisions qui seront prises.
Et si un accord ne pouvait intervenir, laissant ainsi toute latitude à Kadhafi d'exterminer une partie de son peuple, il appartiendra alors aux deux seuls états européens ayant eu le courage de préconiser une intervention militaire, la France et la Grande Bretagne, de prendre leurs responsabilités devant l'histoire.
Alors que Monsieur Obama hésite à ouvrir un nouveau front sous son mandat présidentiel, l'Afghanistan et l'Irak occupant l'essentiel du potentiel militaire américain, j'ose croire qu'il entrera lui aussi dans la partie pour participer à une opération de sauvetage dont les Etats-Unis ne peuvent rester à l'écart, au regard du drame qui est en train de se jouer sous nos yeux.
Pour la France, qui est le seul pays à avoir formellement reconnu le Conseil National de Transition créé par les insurgés, une action urgente s'impose avant leur élimination.
Certes, cette reconnaissance m'aura incontestablement paru hâtive et il ne fait pas de doute que si Kadhafi ressortait, par malheur, vainqueur de la guerre civile libyenne, il le ferait payer à la France, en premier lieu par des représailles économiques majeures et plus tard, par des actions plus en rapport avec sa folie meurtrière.
Autrement dit, au point de non retour où les relations entre la France et Kadhafi sont parvenues aujourd'hui, il serait fort prudent et somme toute très avisé d’éviter les avions d'Air France et les sites touristiques de Paris.
Le président Sarkozy a fait un pari bien téméraire sur l'avenir en sous estimant peut-être la capacité à rebondir de Kadhafi et en sur estimant certainement les moyens de l'insurrection.
Néanmoins, si celui-ci s'avérait gagnant, sa réputation internationale en sortirait considérablement renforcée avec une plus-value importante sur la scène intérieure.
Dans le cas contraire, nous ne sommes pas sortis de "l'auberge" libyenne.
Le Bédouin sanguinaire n'a jamais oublié la série de raclées mémorables que l'armée française lui a infligée dans les sables du désert tchadien dans les années 80, et sa vengeance s'est traduite par l'attentat sur le DC10 d'UTA en 1989.
La différence entre une victoire et une défaite politico-stratégique se joue souvent sur de simples petits détails qui, à eux seuls, font l'histoire.
Cependant, dans l'immédiat, le but principal n'est pas de se projeter sur la vengeance certaine de ce tyran fou contre la France, s'il se maintenait au pouvoir, mais de l'empêcher de réaliser son objectif en s'emparant de Benghazi avant que la ville ne devienne le Diên Biên Pfu des insurgés.
Bien-sûr, la création d'une zone d'exclusion aérienne demande des moyens extrêmement importants puisqu'on estime qu'il faudrait environ 200 avions de combat et de surveillance pour que celle-ci soit efficace et ce, avec toute la logistique que cela imposerait pour maintenir en situation opérationnelle tous ces aéronefs.
Plusieurs bases proches de la Libye seraient nécessaires pour mettre en œuvre ces moyens aériens.
Je pense particulièrement à la Sicile dont on peut espérer que l'Italie donnerait son accord pour occuper les bases et les aéroports existant sur l'ile.
Des navires de guerre spécialisés dans la lutte anti-aérienne seraient obligatoires pour surveiller toutes les tentatives libyennes de prendre l'air et permettre la destruction des bombardiers libyens.
Si la France et le Royaume Uni devaient intervenir seuls, le porte-avions Charles de Gaulle constituerait alors la force la plus prompte pour soutenir Benghazi, en croisant au large des côtes libyennes.
Cependant, il faut être réaliste, l'intervention unilatérale des deux principales puissances militaires européennes risque d'être perçue par certains pays comme une nouvelle forme de colonialisme avec tous les malentendus que cela suggère.
C'est la raison pour laquelle, même avec l'appuie diplomatique de la ligue arabe, il me parait absolument nécessaire que les pays appartenant à cette organisation participent militairement aux éventuelles prochaines opérations sur la Libye.
Le passé colonial de la France et du Royaume Uni ne permet pas une intervention sans le soutien militaire des pays de la ligue arabe, même si leur accord diplomatique est déjà acquis.
Les jours à venir seront donc décisifs pour l'avenir de la Libye où le destin de milliers d'hommes courageux va se jouer dans les bureaux cossus de l'Elysée à Paris, dans ceux de l'ONU à New-York et, peut-être, au siège de l'UE à Bruxelles.
Désormais, les heures comptent et la fenêtre d'opportunité pour la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne se referme peu à peu.
Et j'ai le plus grand mal à imaginer, qu'ayant eu une occasion unique de nous débarrasser de l'un des plus terribles dictateurs du continent africain, nous n'ayons pas été capables de saisir l'opportunité que les insurgés  libyens nous ont donnée en sacrifiant leur vie pour la liberté.

5 commentaires:

  1. Je crains qu'avant que les occidentaux trouvent un terrain d'entente pour corriger Kadhafi, ce type aura déjà repris Benghazi et éliminé tous les rebelles. Et il nous restera que les yeux pour pleurer de notre incapacité à prendre les décisions au moment où elles s'imposent. Personnellement j'ai trouvé la décision de Sarkozy de reconnaitre les insurgés libyens très courageuse. Pourtant, je ne suis pas un fan du bonhomme. Cela risque effectivement de se retourner contre lui en cas de victoire de Kadhafi et ceux-là mêmes qui l'auraient critiqué s'il n'avait rien fait le descendront en flammes pour avoir trop agi.
    Ce n'est pas ce qu'on appelle de la politique politicienne ça?
    Bon, on va prier pour que les rebelles tiennent encore le temps qu'une décision soit prise même si j'ai toujours eu l'impression que dieu avait oublié les hommes depuis très longtemps.

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  2. Si les occidentaux avaient décidé de supprimer kadhafi ils l'auraient fait depuis longtemps. S'il est donc encore là c'est bien parce qu'ils l'ont voulu. Ce sauvage risque de leur péter à la figure et sa vengeance sera implacable, surtout contre la France qui est à la tête des pays qui voudraient bien lui régler son compte après lui avoir déroulé le tapis rouge il y a quelques années.
    Les insurgés sont mal barrés et il faut bien avouer que leur seule chance est que Sarko parvienne à convaincre son petit monde de pays ultra riches de se porter au secours de ceux qui ont cru un peu vite qu'ils parviendraient à se débarrasser du guide libyen. En tout cas, moi je ne crois pas que la France et les anglais se lanceront seuls dans une aventure qui sera forcément qualifiée de néo colonialiste par les autres pays africains qui détestent Kadhafi mais peut-être plus encore les anciens colonisateurs.

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  3. Cette histoire est une histoire africaine et arabe et doit être réglée que par les africains et les arabes. Bon c'est vrai que si on attend l'Afrique pour régler le problème on attendra des années mais tant pis. A chacun ses problèmes. Comme ça personne ne sera accusé de colonialisme.

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  4. Il semble que ce soit mal parti pour la zone d'exclusion aérienne puisque ce mardi aucun accord n'a été trouvé. Kadhafi va donc avoir les mains libres. Le grand massacre va pouvoir commencer. Et lorsqu'il en aura terminé avec les gentils rebelles, il s'occupera personnellement de la France et des quelques autres états qui lui on craché dessus alors qu'il était en position très délicate.
    J'espère qu'après sa grande victoire du côté de Benghazi il ne va pas lui venir à l'idée d'envahir l'Europe car avec les trous du cul qui nous gouvernent, on serait mal barrés c'est certain.

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  5. Phemga, il va falloir vous faire à l'idée que kadhafi restera encore pour longtemps le maitre de la Libye.
    Les immenses espoirs qui sont nés voici quelques semaines vont mourir dans les ruines de Benghazi. La couardise des occidentaux est écœurante.

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