mercredi 17 août 2011

Afghanistan : Il faut gagner la paix avant de partir !



Dix années après l'intervention militaire occidentale en Afghanistan, les talibans semblent plus actifs que jamais et infligent des pertes de plus en plus lourdes aux troupes de la coalition.
Et depuis le mois de juillet 2011, la France détient le triste record des pertes les plus importantes en pourcentage par rapport à l'effectif engagé sur le terrain.
Elle paie ainsi un lourd tribut à une guerre qui, depuis la mort de Ben Laden et la déliquescence d'Al Qaïda en Afghanistan, ne revêt plus la même signification, les objectifs apparaissant désormais plus flous, même s'ils sont loin d'être dénués d'importance.
La guerre en Afghanistan a été essentiellement engagée à l'origine pour mettre hors d'état de nuire Ben Laden et son organisation terroriste Al Qaïda après les attentats du 11 septembre 2001 et par la même occasion, pour chasser les talibans du pouvoir.
S'il aura fallu quelques jours pour expulser les talibans de Kaboul,  près de dix longues années auront été nécessaires pour abattre Ben Laden et éliminer une grande partie de ses complices.
Aujourd'hui, aux yeux de l'opinion publique qui suit de très loin le conflit afghan, Ben Laden disparu, les troupes occidentales n'ont plus véritablement d'arguments cohérents à faire valoir pour continuer de justifier leur présence dans ce pays.
Et pourtant il existe encore une raison à invoquer et celle-ci ne peut être négligée.
En effet, comment empêcher les talibans de reprendre le pouvoir perdu en 2001 lorsque les troupes occidentales auront quitté le pays ?
Si  ces derniers ont été chassés de Kaboul sans difficultés particulières, il faut reconnaître que par la suite les meilleures troupes d'élite du monde, les avions et les hélicoptères de combat les plus performants du moment n'auront pas réussi à venir à bout d'une petite armée de quelques 20 000 hommes environ, tactiquement remarquablement organisée dans un sanctuaire montagneux qu'elle maitrise à la perfection.
Si au cours de toutes ces années, les forces de  la coalition ne sont pas parvenues à prendre le contrôle des montagnes Afghanes,  l'armée régulière du pays, parfois infiltrée par les talibans et qui n'offre toujours pas de garanties d'efficacité, n'aura strictement aucune chance de réussite.
Or, tant que les talibans maitriseront les montagnes, leur capacité de nuisance demeurera meurtrière et illimitée.
Et ce n'est pas une nouvelle décennie de guerre, éventuellement engagée par les occidentaux, qui changerait le contexte où la situation présente fait face à une impasse qui confine à l'enlisement permanent et définitif.
S'il est incontestable que la présence des troupes de l'Otan sur le terrain empêche les talibans de s'emparer des principales villes de l'Afghanistan, il est tout aussi certain que ces derniers ne seront jamais vaincus dans leur zone de prédilection, la montagne.
Et contrairement à nous autres occidentaux, pour les talibans, le temps ne compte pas et leur patience a toutes les chances d'avoir raison de notre détermination à poursuivre le combat.
Quant au régime en place du président Karzaï, son administration, corrompue à tous les niveaux, fragilise l'ensemble de l'édifice gouvernemental à un tel point qu'il pourrait s'écrouler comme un château de cartes pour peu qu'il soit efficacement  infiltré par les talibans.
Ce tableau peu reluisant démontre, si besoin était, l'échec cuisant de la coalition  à faire de l'Afghanistan un pays réellement démocratique, malgré dix années de présence ininterrompue.
Ce triste bilan prouve encore une fois qu'on ne peut pas greffer des valeurs propres au mode de vie occidental à un pays archaïque dont la culture et les diverses sensibilités demeurent en totale inadéquation avec notre conception du monde moderne.
Sans doute que les occidentaux n'ont jamais tenu assez compte des innombrables subtilités qui régissent les différentes castes afghanes et qu'ils ont oublié les enseignements de l'histoire qui ont montré que jamais un envahisseur n'a pu se maintenir durablement dans ce pays.
Il a été accordé trop de confiance à la force et à la technologie, et le désir de se débarrasser à tout prix de Ben Laden aura engendré de graves erreurs d'appréciation.
Aussi, il serait vain désormais de s'accrocher au moindre espoir d'une amélioration de la situation sans rechercher,  prioritairement, une solution politique avec les différentes composantes de la société afghane, dont les talibans les plus modérés devraient impérativement être partie prenante.
Le but ne serait pas d'imposer un concept purement occidental à une solution éventuelle mais de permettre à chacun, autour d'une table, d'exposer ses revendications et de formuler des propositions en vue de parvenir à un compromis global qui aboutirait à une paix négociée, même fragile.
Nous sommes parvenus à l'objectif principal des forces de la coalition qui était de trouver et d'éliminer Ben Laden. 
Le temps doit être désormais consacré à la négociation tous azimuts et à la conciliation.
J'observe avec regrets que certains politiques et non des moindres, exhortent à un désengagement français rapide, voire sans transition afin de stopper les lourdes pertes enregistrées dernièrement.
Je pense qu'il est important de ne montrer aucune précipitation qui laisserait croire aux alliés de la France et au gouvernement afghan qu'elle n'a plus l'intention de tenir ses engagements vis à vis d'eux, en laissant par la même occasion le champ libre aux talibans.
Il n'est jamais avisé de réagir uniquement sous le coup de l'émotion  quand  bien même les cercueils de nos soldats, se multipliant sur nos écrans de télévision, nous émeuvent au plus haut point.
La France a des responsabilités importantes en Afghanistan et elle se doit de les assumer sans faillir.
Après ces nombreuses années de guerre, on ne peut pas se permettre de claquer soudainement la porte et de s'éclipser comme des voleurs.
La perspective de jouer un remake de la retraite de Russie qui serait traduit dans le monde comme une nouvelle Bérézina et qui conduirait la France à abandonner ses alliés est tout simplement inacceptable. 
Si nous n'avons pu gagner la guerre en Afghanistan, nous devons au moins préserver notre honneur en tentant d'y arracher la paix.
Un signal de départ a été donné récemment et un calendrier de retrait total indique l'année 2014.
Nous devons nous y tenir en nous désengageant progressivement et en bon ordre.
Bien-sûr, il est aisé de raisonner de la sorte et de jouer les donneurs de leçons lorsqu'aucun membre de sa famille n'est engagé dans ce conflit ou lorsqu'on n'a pas à déplorer la perte d'un être cher.
Je me permettrai cependant de rappeler à ceux qui proposent de filer à l'anglaise ou qui préconisent le "courage, fuyons" que nos soldats en Afghanistan sont tous des professionnels avertis, volontaires, qui  ont une parfaite connaissance des risques qu'ils encourent et que ce n'est donc pas à la pointe des baïonnettes qu'ils se sont retrouvés en terre afghane.
Etre soldat, c'est accepter de donner la mort mais aussi, éventuellement, de la recevoir.
Il leur faudra donc poursuivre la mission qui leur a été assignée, aussi dangereuse soit-elle, jusqu'à ce qu'ils rentrent définitivement à la maison en 2014 avec, osons encore l'espérer, la paix en Afghanistan.

9 commentaires:

  1. Je ne crois pas qu'il soit possible de parvenir à une paix dans ce pays où rien ne fonctionne correctement exceptées la corruption, la trahison et la lâcheté. Comme Ben Laden a enfin été abattu, il ne reste plus qu'à partir et à laisser ces gens se débrouiller entre eux. On ne me fera pas avaler un seul instant qu'un retour des talibans au pouvoir menacera la liberté occidentale. Nous n'avons pas été capables d'éradiquer les talibans des montagnes afghanes et il faut en tirer les conclusions. Je suis pour un retrait immédiat et sans conditions des troupes françaises et au diable l'honneur qui est un mot vide de sens en Afghanistan. Pour moi, ce pays qui ne mérite ni estime, ni respect ne vaudra jamais le sacrifice de la vie d'un seul soldat français. Que ces gens continuent donc de se massacrer entre eux, cela ne changera pas notre quotidien en France ni ailleurs et ne m'empêchera jamais de dormir sur mes 2 oreilles.

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  2. Cette guerre aura été l'exemple même du gâchis et de l'inutile. Je ne crois pas qu'il était indispensable d'envahir l'Afghanistan pour se payer Ben Laden, surtout au bout de 10 ans. Ce fou de Bush aura vraiment fait beaucoup de mal à son pays et à ceux qui ont suivi son exemple comme la France. Heureusement que nous ne nous sommes pas laissés embarquer dans ses délires et mensonges en Irak. Pour ce qui est de la paix en Afghanistan elle interviendra surement un jour, lorsque les talibans auront repris le contrôle du pays après le départ des troupes étrangères. Ils réinstaureront leur régime de sauvages comme avant 2001 et le monde ne s'arrêtera pas de tourner pour cela. Je suis même certain qu'on finira par faire du commerce avec eux comme on a fait du commerce avec Kadhafi après qu'il nous ait envoyé quelques bombes sur la figure.
    La vie est comme la connerie, un éternel recommencement.
    Phemga, c'est toujours un plaisir de vous lire mais vous rêvez tout haut si vous croyez qu'une paix puise être instaurée en Afghanistan pour 2014. Je vous soupçonne d'avoir un petit côté idéaliste.

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  3. Et bien Phemga mon vieux j'ai décidé de t'envoyer chez les talibans pour leur demander de bien vouloir fumer le calumet de la paix avec nous.
    Sérieusement, il est urgent de se sortir de ce bourbier le plus vite possible. Ben Laden est mort non?
    Moi, un retrait le 31 décembre 2011 me satisferait pleinement. Ceci étant, je crois que tu as très bien résumé la situation afghane. Nous avons commis de nombreuses erreurs dans ce pays par ignorance des coutumes locales et aussi par arrogance, trop sur de notre force. Quand je dis nous, je parle des occidentaux en général.
    Nous avons perdu cette guerre, il n'y a aucun doute la dessus et il faut en tirer les leçons.
    J'ai bien aimé ta phrase volontairement nuancée: Si nous n'avons pu gagner la guerre en Afghanistan....
    Si nous ne l'avons pas gagnée c'est donc que nous l'avons perdue Phemga.
    Tu m'écriras donc 100 fois : Nous avons PERDU la guerre en Afghanistan.

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  4. Je vois que Rogange ne perd pas son humour.
    L'Afghanistan est un sujet très sensible et il n'y a même pas un débat national sur ce problème en France. J'abonde dans le sens des derniers commentaires en affirmant que la France doit se désengager très vite de ce pays qui ne nous a apporté que du sang et des larmes.
    C'est un peu égoïste de ma part de dire cela mais maintenant que Ben Laden est mort nous n'avons plus rien à voir avec les histoires internes de ce pays et les afghans n'ont qu'à se débrouiller entre eux.
    On ne peut pas continuer de mourir pour des gens qui ne nous aiment pas et qui ne souhaitent que notre départ.

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  5. Phemga, vous avez raté une vocation de diplomate.
    Moi, je n'aurais pas envie de discuter avec les talibans après tout ce qui s'est passé et je préfèrerais que les soldats français rentrent chez eux rapidement. Cette guerre n'est pas la nôtre et ne l'a jamais été. Nous n'avons aucun point commun avec les Afghans qui nous haïssent du plus petit au plus grand. Et puis comme le dit Hermann, ils peuvent bien tous s'entretuer notre vie à nous n'en sera pas bouleversée.

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  6. Et bien moi, j'irai plus tôt dans le sens de Phemga. On ne peut pas faire nos valises en se lavant les mains de ce qu'il adviendra après notre retrait.
    Au nom de ceux qui sont morts pour les valeurs de liberté qui sont les nôtres on se doit de tout tenter pour ramener la paix en Afghanistan. Et si nous n'y parvenons pas, on pourra au moins dire que nous avons essayé.

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  7. Phemga, je comprends que vous souhaitiez qu'une solution de sortie de crise soit trouvée avant le grand départ mais sincèrement je n'y crois pas beaucoup. Je crains que ce pays ne retombe sous la coupe des talibans après 2014.
    L'échec militaire de l'otan est flagrant et l'échec politique qui se dessine est inéluctable. Ce bilan va confirmer le sentiment général que nos soldats sont morts pour rien même s'ils ont servi la France. Dans quelques années nos morts seront passés dans les pertes et profits des diverses interventions militaires de la France et on oubliera bien vite l'Afghanistan qui n'avait d'intérêt que tant qu'on pensait que Ben Laden s'y cachait.
    Comme le dit Jebang, cette guerre est l'exemple type du gâchis et de l'inutile.
    Cela rappelle à une autre échelle la guerre du Vietnam. Les américains s'y étaient retirés la tête basse et on ne devrait pas faire tellement mieux dans 3 ans. Donc, désolé mais quitte à partir la tête basse autant que ce soit dans les prochaines semaines. On évitera au moins à des jeunes de se faire tuer pour une cause qui n'est pas la leur.

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  8. Le remake de la retraite de Russie n'est pas loin.
    Pour peu qu'il se passe pendant l'hiver on jurera qu'on a déjà vu ça quelque part dans les livres d'histoire.
    Heureusement, ce coup-ci il n'y aura pas de rivière à traverser qui pourrait mettre en péril la grande armée.
    Donc pas de Bérézina en vue. Ouf!!
    J'aime bien votre blog Phemga. Jamais de vulgarité, jamais d'insultes et une belle plume. Les commentaires sont d'ailleurs à l'image de votre blog. C'est un plaisir de vous lire.

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  9. Pour les occidentaux, c'est la valise ou le cercueil.

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