samedi 20 août 2011

Libye : La bataille décisive de Tripoli est enfin lancée


Alors qu'on annonce un peu partout le retrait général des forces de Kadhafi face aux offensives des rebelles qui seraient  parvenus aux portes de Tripoli, que les défections se multiplient, dont certaines ont une valeur symbolique importante, il me semble intéressant de revenir sur les raisons pour lesquelles cette guerre, qui n'aurait jamais dû excéder une période de 2 mois, perdure encore aujourd'hui.
On peut éprouver une haine viscérale envers l'immonde Kadhafi, souhaiter qu'il finisse de la même manière que Saddam Hussein et reconnaître malgré tout que le personnage a fait montre d'une farouche volonté de résistance que personne n'aurait imaginé en mars dernier.
Les alliés auront en fait commis trois erreurs d'appréciation fondamentales dans cette guerre qui s'éternise, même si on peut envisager, avec toutes les précautions d'usage, un dénouement désormais rapide.
La première faute aura consisté à sous-estimer les capacités tactiques de l'armée libyenne.
Il est vrai que le matériel, en grande partie obsolète, dont elle disposait et le niveau médiocre d'entrainement du plus gros des troupes libyennes, permettaient de considérer que les rebelles, aidés par les frappes aériennes de la coalition parviendraient rapidement à bout des troupes de Kadhafi.
Mais la stratégie des forces loyalistes qui a consisté à se fondre systématiquement dans la population pour échapper aux bombardements aériens, aura limité l'efficacité des frappes de l'Otan qui voulait éviter le plus possible les pertes en vies humaines au sein de la population civile.
La seconde erreur d'appréciation aura été de surestimer les compétences des rebelles à organiser seuls des offensives contre les troupes libyennes.
Il était difficile de demander à de simples civiles, mal armés, peu encadrés, de se comporter sur le terrain comme des soldats aguerris.
L'indiscipline et la pagaille qui ont sévi dans les rangs de ces "soldats du dimanche" auront permis aux troupes de Kadhafi de mieux contrer l'avancée des rebelles et ce, malgré le soutien de l'Otan. 
Certes, les armes fournies en catimini par la France et par certains pays arabes auront certainement permis de progresser sur le terrain mais le meilleur matériel aux mains d'hommes qui ne disposent pas de l'entrainement suffisant pour l'utiliser n'aura jamais l'efficacité attendue.
Et la troisième erreur est d'avoir pensé que Kadhafi finirait par réagir exactement comme le tunisien Ben Ali ou l'égyptien Moubarak devant la pression populaire.
Le problème est que, contrairement à Tunis et au Caire, il n'y aura jamais eu de réelle pression populaire à Tripoli.
Les premières manifestations ont été rapidement réprimées avec la plus extrême des violences.
Le peuple de la capitale, apeuré par les méthodes répressives du régime, ne s'est donc pas révolté en masse mais au contraire a laissé la place libre aux pro-kadhafi et à leur propagande de bas étage.
Quarante deux années d'exactions quotidiennes d'un individu avant tout amoureux de sa propre image, font tout de même réfléchir avant de jouer les va-t-en-guerre à deux pas de son palais présidentiel.
Quant à L'Onu, d'où est sortie cette résolution bâtarde qui aura permis l'intervention de l'Otan, les gens un tant soit peu au fait de la stratégie militaire moderne savent parfaitement qu'aucune guerre ne peut être gagnée rapidement avec le seul emploi de la force aérienne sans le déclenchement d'une solide intervention terrestre pour finir le travail.
Sans doute que les principaux pays participant aux bombardements aériens, une fois la résolution de l'Onu obtenue, ont cru qu'au fil des jours, cette intervention au sol serait acceptée par la communauté internationale qui, entre temps, aurait mieux appréhendé les réalités sur le terrain.
Mais cette résolution que la coalition a quelque peu arrangé à sa sauce, sans toutefois dépasser les limites acceptables, n'aura donc jamais accouché d'un débarquement de troupes sur les plages libyennes qui aurait été incontestablement décisif pour précipiter la chute du régime en place en seulement quelques semaines.
L'Otan a donc dû se contenter de soutenir les offensives rebelles, souvent désordonnées, en bombardant chaque jour les troupes de kadhafi et les points névralgiques libyens.
Le temps perdu à attendre que les rebelles parviennent à un minimum d'organisation, sans doute avec l'aide de quelques éléments des forces spéciales françaises et britanniques, aura donné tout le loisir à Kadhafi d'organiser sa défense pour durer dans le temps et de préparer sa propagande pour manipuler les foules.
Tous les facteurs étaient donc réunis pour que l'Otan s'enlise en Libye.
Mais plus de cinq interminables mois après les premières frappes aériennes, il semble enfin que les forces loyalistes, harcelées de toute part par des rebelles bien mieux organisés qu'en février dernier et fortement soutenus par l'Otan, se replient vers Tripoli, le dernier bastion d'un régime dont l'épilogue semble imminent.
Tous les indicateurs montrent que Kadhafi fait face actuellement à de très grosses difficultés qui laisseraient penser que son emprise sur la Libye est en passe de se dissoudre.
Il convient bien-sûr de demeurer prudent sur les prochaines opérations à venir car les victoires récentes des rebelles sont fragiles, parfois incertaines, voire issues d'une pure propagande.
Avec certainement plus de 3 mois de retard, l'encerclement de Tripoli paraît donc se dessiner pour enfin sonner le glas d'un régime sanguinaire qui aura basé sa politique de survie sur la terreur et le terrorisme.
La bataille finale et décisive pour le contrôle de Tripoli pourrait s'avérer sanglante pour les combattants des deux bords mais surtout pour la population civile si Kadhafi, comme cela est possible, allait jusqu'au bout de sa logique qui est de vaincre ou de mourir.
Il serait ainsi fort souhaitable que l'armée libyenne, sans doute découragée par l'avancée des rebelles, dépose rapidement les armes.
Dans le cas contraire, Kadahfi, s'il était toutefois encore présent à Tripoli, n'ayant  plus aucune échappatoire, n'aurait pas d'autre alternative que de continuer d'appeler au combat et de résister jusqu'à la mort pour ne pas subir une capture humiliante, à la Saddam Hussein.
Et si l'armée loyaliste persistait à le soutenir, pour éviter un bain de sang et des souffrances inutiles, il serait malheureusement peut-être plus sage de lui laisser une porte de sortie qui lui permettrait de s'échapper, sous le contrôle de l'Otan, et de se diriger, sous surveillance étroite, vers un pays arabe ou africain susceptible de l'accueillir en résidence surveillée.
Son départ mettrait ainsi fin automatiquement aux combats, faute de chef, faute de guide suprême.
Mais le Néron de Libye accepterait-il une telle proposition pour épargner des souffrances supplémentaires à un peuple qu'il n'a jamais cessé de martyriser implacablement, sans la moindre pitié ?
Je reconnais que la perspective, même infime, de savoir Kadhafi impuni pour ses crimes, bien en sécurité dans un autre pays, me donne la nausée et me hérisse tout le corps.
Si c'était cependant le prix à payer pour qu'un massacre soit évité au peuple libyen qui  n'a déjà  que trop souffert, cette solution mériterait d'être considérée.
Pour ma part, sur le plan strictement personnel, une telle issue me remplirait d'une énorme frustration, d'une déception à la mesure de mes 22 ans d'espoir où j'ai rêvé de voir un jour ce bouffon criminel pendu à une corde devant toutes les télévisions du monde.
A la rigueur, je me contenterai d'une éventuelle mort au combat ou d'un suicide.
Ainsi, JUSTICE serait enfin rendue aux victimes de l'attentat du 19 septembre 1989, sur le vol 772 d'UTA. 
Des amis, trop vite disparus, attendent encore dans les sables du désert du Ténéré, qu'un monstre s'acquitte de sa dette plus de deux décennies après son crime.
Mais quoiqu'il arrive, les images absolument insoutenables de Kadhafi reçu en grande pompe à l'Elysée, en décembre 2007, resteront gravées à jamais dans ma mémoire.
La raison d'état est parfois la cause de hurlements de douleur et de larmes de rage incontrôlables qui ne trouvent un apaisement momentané que dans des rêves sanguinaires sordides et des fantasmes où on peut donner libre cours à ses instincts les plus bestiaux.

11 commentaires:

  1. Votre proposition de permettre à Kadhafi de s'enfuir pour éviter un bain de sang à Tripoli vous honore compte tenu de l'aversion que vous ressentez pour cet homme qui a fait tant de mal.
    Sachez, que j'ai perdu un fils dans l'attentat du dc10 d'UTA et que jamais je ne pourrai accepter que ce criminel s'en sorte à si bon compte même pour éviter un massacre à Tripoli.
    Les rêves sanguinaires dont vous faites allusion, je les ai fait des centaines de fois.
    Et chaque réveil m'aura brisé un peu plus tant la frustration était immense de m'apercevoir que justement ce n'était que des rêves.
    Aujourd'hui une chance se présente enfin pour que justice soit faite. Pardonnez mon égoïsme mais le massacre éventuel de centaines ou de milliers de Libyens ne pourra jamais me persuader qu'une autre issue que la mort soit possible pour Kadhafi.
    J'ai accumulé trop de haine pour qu'il en soit autrement.

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  2. Ca sent la fin pour le tortionnaire de Tripoli et le mieux pour tout le monde serait qu'il se suicide. Comme ça on passerait rapidement à autre chose. Je ne crois pas que ce gars là se laissera prendre vivant par les rebelles. Il connait le sort qui lui sera réservé et les humiliations qu'il devra subir avant d'être exécuté.
    Pour ce qui est d'une porte de sortie pour Kadhafi, je ne suis pas d'accord. Peu importe les pertes à venir, il faut qu'il paie pour ses nombreux crimes.

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  3. Phemga, vous semblez émettre brièvement le doute dans votre article que Kadhafi ne serait peut-être plus à Tripoli. Cela est très probable car contrairement à ce qui se dit, Kadhafi n'est pas un homme courageux. Le plus grand courage dont il pourrait faire preuve serait de se mettre une balle dans la tête mais je n'en crois rien. Si ça se trouve, il s'est enfui depuis plusieurs jours et il s'est réfugié chez ses amis algériens qui ont tenté de lui livrer des armes à plusieurs reprises.
    Je crois qu'il ne sera pas nécessaire de lui proposer une porte de sortie pour éviter un massacre général. La porte de sortie, il l'a peut-être déjà prise sans demander son reste.

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  4. Très bonne analyse de votre part sur les raisons pour lesquelles l'Otan n'a pas su et pas pu apporter une victoire rapide en Libye.
    En tout cas, les évènements se bousculent ce dimanche soir puisque les rebelles auraient atteint le centre de Tripoli et qu'un des fils de Kadhafi aurait été capturé. On dit que même la garde rapprochée de Kadhafi se serait rendue. C'est l'hallali.

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  5. Bouffon criminel vous dites?
    Le terme caractérise parfaitement Kadhafi qui vit ses dernières heures à la tête de la Libye.
    Enfin, il faut l'espérer.

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  6. Effectivement, une victoire rapide avec seulement des bombardements aériens, ça ne s'est jamais vu.
    L'Otan a fini par user Kadhafi et les rebelles par s'adapter à l'art de la guerre.
    Mais pour l'instant pas de trace du guide libyen donc prudence. Tant qu'il ne sera pas capturé, il restera dangereux pour tout le monde.

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  7. J'en connais un qui va rouler des mécaniques.
    Je pense à Sarkozy qui va bien dormir à partir de ce lundi soir.
    Il a pris des risques qui ont fini par être payants malgré un début d'enlisement dont vous expliquez les causes dans votre article Phemga.
    Le petit Napoléon doit avoir les chevilles qui enflent avec les heures qui passent.
    Pour les rebelles libyens le triomphe ne sera total que lorsqu'ils auront capturé Kadhafi qui si ça se trouve n'est plus à Tripoli depuis longtemps.

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  8. Quand même la prise de Tripoli qui arrive comme cela aussi rapidement moi ça me surprend trop. Après tous ces mois d'incertitudes soudain les rebelles se retrouvent au centre ville.
    Comme je ne crois pas au miracle, je dirai que les français et les anglais ont précipité les évènements en envoyant leurs forces spéciales sur le terrain pour manager l'affaire au nez et à la barbe de l'onu. Mais de ça on aura jamais la preuve. Les rebelles ne sont pas devenus en quelques jours des surdoués de la guerre du désert.

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  9. Certains ont parlé un peu vite car son fils Saïf al-Islam, que la rébellion affirmait avoir arrêté, est aussi libre que vous et moi.
    Et voilà un nouveau rebondissement qui prouve qu'il faut se méfier des déclarations des rebelles qui n'ont rien à apprendre de Kadhafi sur la propagande. C'est pourquoi il faut être très prudent sur ce qui se dit et sur ce qui se fait chez les rebelles.
    C'est d'ailleurs bien ce que phemga laisse entendre dans son article écrit avant l'entrée des rebelles dans Tripoli.

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  10. Mon cher Phemga, même pour épargner des centaines de vies et pour obtenir une paix plus rapide, on ne peut pas permettre à Kadhafi de s'échapper et de poursuivre une existence tranquille dans un exil doré. Ce bouffon criminel, (sobriquet venant de toi) doit payer pour ces très nombreux crimes et pas seulement pour l'attentat du vol d'Uta qui n'est qu'une partie infime des horreurs qu'il a commises.
    Et tant pis si le Néron de Libye (encore un de tes sobriquets) met le feu à toute la ville.
    Qui a dit qu'on ne faisait pas d'omelette sans casser des œufs?

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  11. Pour répondre en partie à ta question cher Rogange, Balzac aurait "démocratisé" l'expression qui est ainsi devenue à la mode.

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