samedi 3 septembre 2011

L'euthanasie en question en France

 
Alors que nous avons pour habitude d’accorder toute notre attention au droit de vivre dans la dignité, ceux qui nous gouvernent, pour des raisons éthiques, continuent de refuser à un patient, atteint d’une maladie incurable ou en phase terminale, le droit de mourir dignement, en sollicitant légalement l’assistance d’un médecin ou d’un proche.
Les progrès incessants de la médecine qui permettent de plus en plus souvent de maintenir artificiellement en vie des malades dans un état de coma profond, ont contribué à multiplier les cas douloureux où se pose ce terrible dilemme qui consiste à accepter illégalement ou à refuser dans le cadre de la loi, de mettre un terme à la vie, par la dispense d'une aide active à mourir.
Il faut savoir que plus de 90% des français seraient favorables à l'euthanasie, à partir du moment où celle-ci serait strictement encadrée, en accord avec le patient, si cela est encore possible, les familles et les médecins.
Mais le courant de pensée des politiques qui affirment tenir par-dessus tout au strict respect de la vie humaine, demeure hostile à une législation sur l’euthanasie.
Bien-sûr, la question qui se pose est de savoir si notre société moderne, même dans un cadre purement médical,  peut s’arroger le droit de donner volontairement la mort.
Je crois qu'il n'appartient pas aux seuls responsables politiques de répondre à cette question et de décider à la place des français, au regard de l'extrême sensibilité d'un sujet qui fait régulièrement débat chaque année.
L'organisation d'un référendum, dont le résultat est connu d'avance, dédouanerait  les  pouvoirs publics d'une décision qu'ils n'auraient plus à prendre de leur propre chef.
Tant que ces derniers n’auront pas le courage, ni la volonté politique de poser le problème directement dans les urnes, l’euthanasie continuera donc d’évoluer dans la stricte clandestinité, comme ce fut le cas à une certaine époque pour l'avortement.
Et la justice, souvent désappointée devant un cas d'euthanasie, restera  toujours confrontée à des conflits de conscience entre le devoir de punir un acte hors la loi, que l'on pourrait qualifier de meurtre compassionnel et la nécessité intellectuelle de reconnaître, après enquête, que la démarche qui a consisté à octroyer la mort, n’avait pour seul but que d’abréger la déchéance insoutenable d’une vie, où la souffrance confinant à l’indécence était insupportable.
Certes, la loi Leonetti de 2005, insuffisamment connue des français, qui donne accès aux soins palliatifs pour  tous les malades en situation désespérée et qui autorise la limitation des traitements actifs et leur arrêt définitif  lorsque cela est devenu inutile, est somme toute un compromis non négligeable entre l’euthanasie pure et dure et un accompagnement plus mesuré vers la cessation de la vie.
Mais cette loi, incontestablement novatrice et fort louable, n’autorise en aucune manière le fait de donner, de manière active, la mort à un patient qui, dans une situation médicale reconnue sans issue, formulerait une demande explicite, volontaire et répétée pour qu’il soit mis un terme à son existence.
Au nom du respect absolu de la vie, peut-on continuer de refuser qu’un homme ou une femme qui n’accepterait plus la dégradation physique progressive et inéluctable de son état, puisse décider humblement et dignement de partir à une heure choisie, en concertation étroite avec sa famille et les médecins ?
Au nom de la bonne conscience de certains esprits dont l’éthique s’avère parfois trop restrictive, est-il toujours réellement fondé d'attendre une situation de coma irréversible, autorisant l'application des règles de la loi Leonetti, pour abréger un semblant de vie qui n'a plus aucune raison d'être ?
Le fait que de plus en plus de patients, condamnés par la maladie, se tournent discrètement vers certains pays étrangers qui autorisent l'euthanasie ou le suicide assisté, démontre si besoin était, que les réponses apportées par la loi Leonetti ne sont pas suffisantes, même si elles constituent un indéniable progrès dans l'accompagnement de la fin de vie.
Si une étape a été franchie en mettant un terme à l'acharnement thérapeutique, le temps est venu de fixer la barre encore plus haut, de passer enfin cette frontière que l'on a trop longtemps jugé infranchissable, où le choix de mourir effectué par un patient ou celui d'arrêter la vie par décision familiale, doit être pris en considération par une assemblée de médecins qui serait à même d'évaluer le bien fondé de la demande.
Car si le mot "euthanasie" effraie le plus souvent, il n'en demeure pas moins un acte d'humanité quand ce n'est pas tout simplement un ultime geste d'amour.

6 commentaires:

  1. Sujet très difficile que l'euthanasie.
    Que l'on soit pour ou contre, des 2 côtés les arguments se respectent. J'ai toujours pensé que l'euthanasie était le seul moyen de stopper la souffrance et par conséquent je ne pouvais être que pour. Je ne savais pas que le loi Leonetti existait. J'ai fait quelques recherches sur le net et effectivement elle est considérée comme une alternative à la souffrance et surtout un obstacle à l'acharnement thérapeutique. Du coup, ma position sur l'euthanasie est beaucoup plus hésitante contrairement à vous Phemga qui n'en démordez pas.

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  2. Je n'aurais jamais osé traité par écrit un tel sujet car j'aurais eu trop peur de dire des bêtises. En tous cas, on peut toujours se poser la question qui serait de se demander ce que nous ferions si nous avions un être aimé mourant qui nous demanderait de l'aider à mourir. La souffrance peut-être insupportable pour celui qui l'a subit et la plus grande preuve d'amour serait d'accéder à sa demande. C'est en tout cas mon avis très personnel même s'il doit falloir une bonne dose de courage pour faire le geste qui tue.

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  3. Oui, c'est sûr qu'un référendum serait le bienvenu pour statuer définitivement sur ce problème. Personnellement, je voterai pour la légalisation de l'euthanasie mais sous conditions qu'elle soit très rigoureusement encadrée et réglementée. Dans le cas contraire, on finirait par voir surgir des abus de toute sorte.
    Comme Solenza, je n'ai jamais entendu parler de cette loi Léonetti ou alors je ne m'en souviens plus. Si peu de français la connaisse c'est peut-être parce que le sujet est tellement sensible qu'on n'en a pas fait grand bruit.

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  4. Je pense que la loi Léonetti est une très bonne alternative à l'euthanasie et il n'est pas nécessaire d'employer des moyens plus radicaux.
    De toute manière l'euthanasie est pratiquée tous les jours en France, comme vous le dites Phemga de manière clandestine. Il suffit de donner à un malade qui souffre trop et dont les jours sont comptés une dose de sédatifs supérieure à ce que son organisme pourrait supporter et le tour est joué, ni vu ni connu.

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  5. Je lis souvent vos articles et je vous félicite pour votre style, toujours très clair et compréhensible.
    La dernière phrase de votre article est délicieuse, très émouvante et tellement vraie.
    J'ai pleuré en la lisant parce qu'elle m'a rappelée de douloureux souvenirs.
    Je suis de votre avis au sujet de la loi Leonetti. Elle est un progrès important mais ne va pas jusqu'au fond des choses.

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  6. Bel article Phemga.
    Je me pose une autre question au sujet de l'euthanasie. On peut être favorable à l'euthanasie mais combien d'entre nous aurait le courage de mettre un terme à une vie, si cette vie appartenait à un père, une mère ou à l'un de nos enfants ?
    Devant une telle situation aucun d'entre nous ne peut savoir à l'avance comment il réagira.
    C'est pourquoi on peut toujours affirmer qu'on est pour ou contre l'euthanasie mais le moment venu, notre décision pourrait très bien être contraire à nos convictions de départ. L'émotion ne se calcule pas, ne se prédit pas.

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