samedi 24 décembre 2011

France - Turquie : Brouille sur fond de génocide


L’Assemblée nationale française a adopté ce 22 décembre 2011 la proposition de loi visant à pénaliser la négation de tous les génocides, dont celui perpétré contre les arméniens.
Cette proposition de loi, qui doit encore être entérinée par le Sénat en janvier 2012, prévoit un an d’emprisonnement et 45 000 euros d'amende à l'encontre de toute personne qui nierait de manière "outrancière" tout génocide reconnu par la France.
Actuellement, seule la négation du génocide juif était considérée comme un délit, donc réprimée.
La France affirme ainsi vouloir créer une loi plus cohérente, où tous les génocides seraient considérés sur un même pied d'égalité.
Mais au-delà d'un débat éminemment sensible et profondément douloureux, je n'ai jamais compris la nécessité de réprimer des individus pour négation de génocide et je conteste vivement cette démarche comme j'ai réfuté celle qui concernait la Shoah.
Je traduis cette proposition de loi comme une nouvelle tentative de restreindre la liberté d'expression qui, de ce fait, porte atteinte à l'article 4 de la constitution de 1958 qui garantit les expressions pluralistes des opinions.
Certes, la Cour européenne des droits de l'homme a rappelé récemment qu'on ne pouvait se prévaloir de la liberté d'expression, pour détruire les droits de l'homme et saper les fondements de la démocratie.
Il y a tout de même une différence énorme entre le fait d'approuver un génocide qui est condamnable avec la plus extrême sévérité et celui de le nier.
D'autre part, la proximité de cette proposition de loi avec l'échéance des élections présidentielles en avril 2012 n'est certainement pas une simple coïncidence.
La France ayant reconnu officiellement et fort justement le génocide arménien en janvier 2001, l'adoption de cette proposition de loi ne revêtait aucun caractère d'urgence.
Dans le cas contraire, pourquoi n'avoir pas procédé à ce vote au cours des 4 dernières années mais seulement à 5 mois du scrutin présidentiel ?
En effet, comment ne pas soupçonner la droite, majoritaire à l'Assemblée nationale, d'avoir cherché ici à s’attirer les faveurs des 500 000 français d'origine arménienne ?
Cela dit, chacun sait que si la gauche était à la place de la droite en ce mois de décembre 2011, elle aurait agi exactement de la même manière.
Aussi, les circonstances de ce vote, malgré les drames de l'histoire, me paraissent assez rocambolesques.
Peut-on véritablement prendre au sérieux le résultat d'un scrutin alors que plus de 90% des députés étaient absents, la plupart pour cause de vacances de Noël ?
En effet, ceux-ci n'étaient pas plus de cinquante au moment du vote à l'Assemblée nationale qui regroupe 577 députés.
Et si cette proposition de loi a été véritablement plébiscitée par une très large majorité des politiques présents dans l'hémicycle, de droite comme de gauche, moins de 10% des représentants du peuple auront donc entraîné la France dans une crise diplomatique majeure avec la Turquie.
Tant qu'à s'attirer les foudres d'un grand pays comme la Turquie, il aurait été plus crédible de le faire en s'assurant au moins la présence de 50% des membres de l'Assemblée nationale.
Il faut cependant admettre que quelque soit la période à laquelle cette proposition de loi aurait été votée, quelque soit le nombre de députés présents à l'Assemblée nationale, l'issu du scrutin ne faisant aucun doute, une nouvelle crise avec les turcs était inévitable. 
Les relations entre le premier ministre turque Erdogan et Monsieur Sarkozy sont exécrables depuis que ce dernier, en 2007, s'est ouvertement montré hostile à l'intégration de la Turquie dans l'Union européenne.
La Turquie ne se prive donc pas pour entretenir, quasi religieusement, une susceptibilité à fleure de peau dès qu'un litige intervient avec la France.
Monsieur Erdogan, qui n'a eu de cesse d’œuvrer pendant le conflit Libyen pour tenter de briser la dynamique française, a parfaitement fait comprendre à Monsieur Sarkozy que la Turquie ne devait plus être systématiquement considérée comme un pays allié, ni ami mais également comme un potentiel adversaire qu'il faudra se préparer à affronter sur la scène internationale.
Le conflit libyen a donc considérablement accru la méfiance qui prévalait déjà entre les 2 hommes qui n'ont aucune estime l'un pour l'autre.
Et si Monsieur Sarkozy a commis parfois quelques maladresses incontestables, le consternant Monsieur Erdogan vient une nouvelle fois de prouver au monde qu'il n'a jamais brillé pour sa finesse d'esprit mais plutôt pour la brutalité excessive de ses actes et de son langage, pour le moins incompatibles avec les usages diplomatiques.
Et bien qu'on puisse comprendre la sensibilité de la Turquie dès lors que le sujet sur le génocide arménien revient à l’ordre du jour, à trop vouloir sur-réagir, de manière disproportionnée, celle-ci en devient suspecte et on aurait plutôt tendance à vouloir creuser plus profondément dans les annales de l’histoire pour en savoir encore plus sur les circonstance du génocide arménien.
Pour rappel, l'article 301 du nouveau code pénal turc, qui réprime les insultes aux institutions et à l'identité turques, a servi de base au lancement de poursuites à l'encontre de plusieurs intellectuels qui ont dénoncé les massacres contre les arméniens.
Je pense particulièrement au prix Nobel de littérature 2006, l'écrivain Orhan Pamuk, qui a été poursuivi dans son propre pays pour atteinte ouverte à l'image de l'armée après avoir déclaré dans un magasine :
" Un million d'arméniens et 30 000 kurdes ont été tués sur ces terres, mais personne d'autre que moi n'ose le dire." 
Heureusement pour lui, un procureur d'Istanbul a fini par classer l'affaire.
Le fait d'avoir constitué un article de loi qui ouvre la porte à des poursuites de ce genre démontre bien que l'état turc ne souhaite pas remuer les poubelles de son histoire et entend punir quiconque le fera.
En attendant, cette nouvelle crise franco-turque va causer des dégâts sans doute importants auprès des entreprises hexagonales fortement implantées dans ce pays.
Ces dernières peuvent donc émettre de sérieuses craintes pour la pérennité de leurs contrats en cours et à venir.
Je fais allusion aux grands groupes que sont Alstom, Areva, Axa, Carrefour, Gdf/Suez, Psa, Renaud et Vinci qui ont des intérêts importants en Turquie et qui seront très probablement éloignés de tous les marchés potentiels ou en cours de négociation.
D'autres entreprises françaises, de moindre importance, subiront également des dégâts collatéraux non négligeables, assortis de tracasseries administratives de toute sorte.
Nous connaissons parfaitement les méthodes de rétorsions turques qui ne changent jamais.
Cependant, la France étant le troisième investisseur dans le pays et ses entreprises employant plus de 100 000 personnes, les représailles de la Turquie auront donc également des répercutions sur sa propre économie qui, il est vrai, avec un taux de croissance enviable de 8%, peut s'offrir le luxe de bouter hors de son marché local un certain nombre d'entreprises tricolores.
Il va cependant falloir que la Turquie si fière, si arrogante et si imbus d'elle même, modère quelque peu son désir ardant de punir trop sévèrement son cinquième partenaire économique.
Dans un monde où les grandes économies sont devenues interdépendantes et sont imbriquées les unes dans les autres, sanctionner trop lourdement un état avec lequel on entretien d'étroites relations commerciales revient souvent à se tirer une balle dans le pied.
Et si le divorce entre la France et la Turquie est peut probable, il appartiendra tout de même à l’hexagone d'étudier très rigoureusement les conséquences, pour ses entreprises, des sanctions inévitables que Monsieur Erdogan va se faire une joie non dissimulée d'appliquer rapidement.
J'ose espérer que Monsieur Sarkozy, dans le cadre de la réciprocité, n'hésitera pas de son côté à étudier toutes les solutions possibles pour rendre à la Turquie coup pour coup et ce, même si cela doit égratigner sérieusement les relations diplomatiques, économiques et commerciales entre les deux pays.
La Turquie doit comprendre définitivement que la France définit souverainement sa politique et que le chantage économique ne saurait constituer un moyen de pression qui viserait à manipuler l'histoire à sa guise.
Après tout, rien n'empêche l'ancien empire Ottoman de promulguer une loi condamnant tous les génocides et crimes commis depuis la nuit des temps, qu'il jugera opportun de mettre sur le dos de la France.
La Turquie semble d'ailleurs s'atteler à cette tâche afin de bien lui mettre la tête dans ses propres immondices historiques.
Il faut en convenir, cela est de bonne guerre.
Il est fort possible que Monsieur Erdogan, qui paraît être un grand connaisseur en matière de génocide, nous sorte prochainement une liste exhaustive de tous les crimes contre l'humanité perpétrés par la France.
Je ne serais d'ailleurs pas étonné si ce Monsieur trouvait le moyen, tout compte fait, d'imputer à la France une partie importante des responsabilités turques dans le génocide arménien.
Quoi qu'il en soit, la France ne gagnera rien dans sa brouille avec la Turquie et a beaucoup à perdre.
Cette proposition de loi, qui a mis le feu aux poudres, ne vaut pas une rupture avec un pays qui, même si à mon sens n'a pas vocation à entrer dans l'Union européenne, n'en demeure pas moins un acteur qui compte sur la scène internationale et spécialement au moyen orient.
Cela n'implique pas pour autant qu'il faille recevoir des gifles sans asséner en retour des coups de pieds dans le derrière. 
Et les problèmes ne sont pas terminés car il semble certain que le Sénat, dans quelques semaines, entérinera cette loi.
Il reviendra alors au Conseil constitutionnel de statuer définitivement, en déclarant la loi conforme ou non conforme à la constitution.

9 commentaires:

  1. Phemga, vous avez vraiment le don pour manipuler les mots entre le chaud et le froid.
    J'aime beaucoup votre façon de reconnaitre que la Turquie est puissante, qu'elle peut faire mal à la France mais qu'il ne faut pas hésiter à lui botter le train si nécessaire.
    Si avec ce genre de pays on ne montre pas une certaine détermination, on se fait facilement rouler dans la farine.

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  2. Je suis de votre avis Phemga, cette proposition de loi n'est pas une preuve de la bonne santé de notre démocratie. Il doit y avoir des limites à la liberté d'expression lorsqu'il y a des abus mais comme vous le dites, nier un génocide n'est pas l'approuver.
    Bon, on sait bien que la date de ce vote n'est pas fortuite et que les gens de gauche auraient appliqué la même méthode. Quant à nos supposés amis turcs, leur chantage n'a pas eu beaucoup d'effet sur les députés et cela est une très bonne chose.
    Le jour où la France prendra ses directives à Ankara, il faudra penser sérieusement à quitter le pays.
    Il vaut donc mieux subir les foudres des turcs plutôt que de se plier à leurs désirs.
    Quant à cet Erdogan, il est sûr qu'il ne brille pas par son intelligence. S'en prendre directement au père de Sarkozy est bien la preuve que ce type ne respecte rien. J'espère moi aussi que la France saura lui exprimer toute sa reconnaissance chaque fois qu'il nous enverra son venin.

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  3. Je pense que la France a commis une erreur en votant cette proposition de loi qui ne vaut pas le risque de perdre de nombreux marchés en Turquie.
    Légiférer sur l'histoire ne changera pas ce qui s'est passé et en ces temps difficiles, obtenir des marchés en Turquie était très important.
    Mais le premier ministre Erdogan se comporte vraiment comme un voyou en s'en prenant à la famille du président Sarkozy.
    Quelle basse vengeance d'un sale type dont l'arrogance est effarante!
    Il faudra donc s'attendre à tout de sa part même, comme vous l'écrivez Phemga, à ce qu'il parvienne à mettre effectivement sur le dos de la France le génocide arménien.

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  4. Que voulez vous, Sarkozy a semé le vent et il récolte la tempête.
    Heureusement pour lui, la France n'est pas Chypre et a du répondant.

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  5. Les relations avec la Turquie seront toujours très compliquées, d'autant plus si on n'arbore pas dans son sens. Il est sûr que cette proposition de loi tombe bien mal et que son adoption ne vaut pas une fâcherie avec ce pays. La France n'a pas forcément raison dans cette affaire mais avec son piteux chantage économique, la Turquie montre au monde son vrai visage. Et franchement, ces méthodes mafieuses sont indignes d'une grande civilisation comme la Turquie.

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  6. Et bien mon Phemga, tu ne l'as pas raté le Erdogan.
    Le fait de s'être attaqué au père de Sarkozy donne une très bonne idée de la mentalité de cet individu. C'est la première fois d'ailleurs que je vois un chef d'état s'en prendre directement à la famille d'un autre. Chose surprenante, tu n'as jamais parlé de cela dans ton article.

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  7. Rogange, Phemga n'a pas parlé de l'attaque du père de Mr Sarkozy ni même des accusations de génocide en Algérie mais son appréciation d'Erdogan et ce qu'il faut lire entre les lignes montrent bien qu'il en a largement tenu compte. Moi, ce qui m'étonne le plus dans cette affaire, c'est le calme olympien de Sarkozy après les envolées du turc. Certains diront qu'il a préféré ne pas en rajouter mais je pense au contraire qu'il est volontairement resté silencieux pour mieux montrer son indifférence aux propos de son grand ami Erdogan qui doit être très déçu que les attaques contre son père soient restées lettre morte. Le chien aboie, la caravane passe!

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  8. Visiblement, vous ne passerez pas vos vacances avec Mr Erdogan Phemga. Rassurez-vous, moi non plus. J'aime beaucoup la photo à la fin de votre article. Je présume qu'elle est un message dont chacun aura compris la teneur.

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  9. Bernardini, la photo à la fin de cette article n'est qu'une sordide provocation de l'auteur qui montre ici sa haine du peuple turc et qui prouve qu'il ne comprend rien à l'histoire de ce pays.

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