lundi 19 décembre 2011

Législatives gabonaises de 2011 : Les élections sans la démocratie


Les élections législatives gabonaises du 17 décembre dont le résultat officiel n’est pas attendu avant jeudi prochain vont, comme prévu, confirmer la toute puissance du parti présidentiel, le PDG (Parti Démocratique Gabonais) qui va s’offrir une très confortable majorité absolue à l’assemblée nationale en raflant certainement plus de 90% des sièges.
Cela sera sans aucun doute un raz-de-marée tant le pourcentage d’électeurs ayant voté pour le PDG sera élevé.
Ainsi, aux yeux de la communauté internationale, le chef de l’état aura légalement et officiellement toute latitude pour asseoir sa politique économique et sociale.
Certes, il n’était pas nécessaire de connaître le résultat de ces législatives pour confirmer l'omnipotence du PDG qui n’a jamais eu véritablement de rival politique crédible et sérieux, que ce soit depuis l’élection du nouveau président en 2009 ou lors du règne du précédent chef de l’état disparu.
Cependant, comme le taux d’abstention sera certainement très important, suite à la demande de boycott des urnes par les divers opposants au régime, on est tout de même en droit de se demander si ces élections législatives revêtent une quelconque signification quand à la sensibilité politique réelle du peuple gabonais en cette fin d’année 2011.
Les futurs vainqueurs affirment déjà que si les électeurs de l’opposition n’ont pas cru bon de participer au scrutin, cela est de leur seule responsabilité et qu’ils ont agi en totale liberté de conscience.
Effectivement, il me paraît difficile de contredire de tels arguments dont la logique ne se discute pas.
Néanmoins, cela n’enlève rien au fait que le résultat final ne pourra être que tronqué et ne correspondra en aucune manière aux différents courants de pensée qui jalonnent les terrains politiques et socio-culturels du pays.
Imaginez, demain, qu’au cours des prochaines élections présidentielles en France en 2012, Monsieur Sarkozy et l’UMP, Madame Le Pen et le FN décident de ne pas être candidats, de ne désigner personne d'autre, et donnent pour instructions à leurs électeurs de boycotter les bureaux de vote.
En admettant que les électeurs obtempèrent, nous verrions sans doute une déferlante socialiste s’emparer du pouvoir avec un score à la soviétique et ce, malgré une abstention très élevée.
C’est exactement ce qu’il vient de se produire au cours de ces dernières élections législatives au Gabon.
La seule victoire que l’opposition tentera donc de revendiquer est le taux d’abstention qui prouverait, selon elle, que les gabonais ne sont pas séniles et qu’ils savaient parfaitement que les dés étaient pipés bien avant le départ de la campagne électorale.
Faudrait-il encore que le véritable taux des abstentionnistes soit réellement communiqué par les instances gouvernementales...
Cela dit, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la crédibilité d’une opposition totalement déboussolée depuis l’élection présidentielle de 2009, désorganisée comme jamais et gangrenée par les luttes de clans.
Celle-ci n’a pas trouvé le courage politique d’affronter le "loup" dans sa tanière, de peur de recevoir des morsures trop acérées.
Qu’elle perception pouvons-nous avoir de chefs d’opposition qui refusent d’aller au feu pour tenter malgré tout de peser sur un scrutin qui n’était pas joué d’avance si ces derniers étaient parvenus à mettre en place une sorte d’union sacrée ?
On pensait que les erreurs pitoyables commises lors de la dernière élection présidentielle de 2009, qui a vu des dizaines de prétendus leaders de l’opposition défendre uniquement leur intérêt personnel au lieu de s’unir autour d’un seul homme pour le bien du pays, n’allaient pas se renouveler.
On imaginait qu’un consensus serait enfin trouvé pour ne pas rater une nouvelle fois un épisode historique de l’histoire politique du Gabon.
Mais au lieu de cela, nous avons vu une pseudo opposition, plus ou moins réunie autour de quelques anciens barons du parti présidentiel le PDG, conditionner sa participation aux élections législatives à l’introduction de la biométrie censée sécuriser la bonne tenue du vote.
L'absence de la biométrie, même si elle est regrettable, n'a certainement pas entaché sérieusement les résultats du scrutin, et elle ne peut expliquer la lâcheté et le manque flagrant d’ardeur de ces soi-disant cadors dans un duel politique qui n'a jamais eu lieu faute de combattants.
En effets, toutes les forces vives de l’opposition se sont couchées pour éviter les coups, donnant ainsi à la victoire du PDG des allures de triomphe éclatant.
Et si, à vaincre sans péril on triomphe sans gloire, lorsque l'adversaire fuit le "champ de bataille" sans même tirer un seul "coup de fusil", le triomphe du vainqueur gagnerait à demeurer modeste.
Je crois que le combat pour l’obtention de plus de liberté en Afrique est une lutte de très longue haleine et ce n’est pas en déposant les armes ou en pratiquant la politique de la chaise vide, comme l’opposition gabonaise vient de le faire, qu’elle permettra au pays de devenir une véritable démocratie.
L’abstention, même massive lors d’une élection, fait toujours le jeu de ceux qui l’ont gagnée et les conforte on ne peut plus dans leur rôle et dans leurs ambitions.
En politique, les absents ont toujours tort et leurs revendications n’offrent plus aucune crédibilité dès lors qu’ils n’ont pas su ou voulu rassembler pour peser sur le cours des évènements.
Aujourd’hui, on peut affirmer sans risque que l’opposition gabonaise, déjà moribonde, n’existe plus et n’a plus aucune raison de perdurer dans son organisation actuelle.
En refusant la confrontation, celle-ci aura porté un coup fatal à l'avènement d'une démocratie naissante au Gabon.
Les seuls responsables de ce pitoyable fiasco sont les Mba Obame, Eyéghé Ndong et Oyé Mba qui avaient mis en œuvre la stratégie du régime précédent avant d’entrer en dissidence et qui, de ce fait, connaissaient parfaitement les méandres et les ficelles du jeu politique pratiqué par le chef de l'état à l'époque en fonction, et aussi par l'homme qui actuellement est à la tête du pays.
De nombreux gabonais pensaient donc, à juste titre, que ces hommes politiques, de grande expérience, passés dans le camp de l'opposition, allaient engager dans leur combat leurs solides connaissances de l'adversaire pour mieux le contrer sur son propre terrain.
Ce fut un clash retentissant dans le néant des ambitions personnelles de roitelets insignifiants, incapables de se trouver un chef pour conduire un mouvement susceptible de changer la donne politique.
Les belles paroles pompeuses et inutiles se sont multipliées sans jamais apporter de solutions pour parvenir à une opposition unie, capable de faire vaciller par les urnes le pouvoir en place.
Les têtes pensantes du régime actuel ont donc de très beaux jours devant elles et toutes les portes sont désormais ouvertes pour qu’elles exercent une domination sans partage au sein d'un état où le mot ALTERNANCE n’a jamais eu la moindre signification depuis l’indépendance.
Et malheureusement, ce n’est pas la fameuse émergence du Gabon qui redonnera des couleurs à un paysage électoral dont le gris, terriblement déprimant, confine au désespoir.
Il reste seulement à espérer que le Gabon poursuivra son évolution sur le plan économique car, il faut le dire, il  progresse malgré l'absence de démocratie.
En effet, qu’on ne s’y trompe pas; S’il est difficile d'accepter qu’il n’y ait qu’un seul chemin possible à suivre au Gabon, celui d’un seul homme et de son parti, il serait malhonnête de nier que malgré des erreurs commises par excès de zèle et de brutalité, certaines bonnes choses ont été entreprises depuis 2009.
Le Gabon avance malgré tout à petits pas sur la voie de l’émergence dont la lumière, encore lointaine, est perceptible et il faut reconnaître qu’il a été fait en 2 années plus que ce qui a été réalisé lors de la dernière décennie, où le pays n'a pratiquement pas progressé au cours de cette période.
Cela n'explique et n’excuse en rien le fait que le peuple gabonais n’ait pas d’autres solutions envisageables, à l'aube de l'année 2012, que celles imposées par la volonté unique d'un homme, qui gouverne totalement seul, le plus souvent à la hussarde, et qui n’a jamais convaincu sur sa réelle légitimité à la tête de l'état.
 "Si le gabonais est servile et fort peu belliqueux, il n’est pas dupe."
 C'est sans doute la seule leçon que le PDG pourra tirer de l'abstention importante des électeurs au cours de ces élections législatives sans intérêt, dénuées de tout suspense et tellement orphelines de ce mot qu'on appelle DEMOCRATIE.

12 commentaires:

  1. Bon retour au Gabon Phemga.
    Donc quand tu es en vacances, tu n'écris plus d'articles? Dois-je encore te signaler que tu vas avoir encore des gros problèmes avec cet article mon frère?
    Fais attention à toi aux heures de récréation lol.
    Là, tu as tiré sur tout ce qui bouge à droite comme à gauche, devant comme derrière.
    Quel despérados tu fais!
    Attention quand même à la fessée et n'oublie où tu te trouves.
    Pense à ta famille.
    Et là, je ne plaisante plus.

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  2. Sacré Phemga, vous ne changerez donc jamais.
    Votre article est comme d'habitude bien écrit et va droit au but. J'y remarque quand même moins de diplomatie et de retenue pour ces élections législatives gabonaises. Restez prudent tout de même car il me semble que la liberté d'expression au Gabon ne soit pas dans le programme de l'émergence.
    Heureusement, tout le monde sans distinction en prend pour son grade et il n'y a donc pas de cible en particulier.

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  3. Et oui Phemga, élection est rarement synonyme de démocratie en Afrique et il reste encore bien du chemin à parcourir avant que toute suspicion de tricherie ou de manipulation soit écartée.
    Je suis de votre avis concernant l'opposition qui a préféré s'abstenir. On ne construit rien en se plaçant volontairement en marge des évènements majeurs de son pays et comme vous le dites, l'opposition gabonaise a cessé d'exister. Cette constatation est dramatique pour un pays qui prétend aller de l'avant alors qu'il est gouverné de manière dictatoriale avec toujours ce culte de la personnalité encore si cher à de nombreux dirigeants africains.

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  4. Je note qu'à aucun moment vous n'avez employé le mot dictature dans votre article.
    Pourtant certains de vos propos font bien comprendre la réalité de la situation.
    Vous avez fermement critiqué les divers acteurs de ces élections mais vous vous êtes bien gardés d'employer ce mot sans doute fort déplaisant localement.
    La peur du gendarme peut-être?

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  5. Ces élections ne sont qu'une mascarade qui aura servi à légitimer définitivement la politique du régime actuel. Le taux d'abstention sera très élevé même si le gouvernement essaiera de l'amoindrir et de le relativiser. Dans mon quartier très peu de gens sont allés voter même chez les pédégistes. A quoi bon perdre son temps pour un résultat connu depuis toujours. Je vous trouve très virulent avec les gens de l'opposition mais là où vous avez raison c'est lorsque vous affirmez qu'ils ont abandonné la place sans combattre. Même si tout a été organisé pour que les choses soient jouées d'avance ils n'auraient jamais dû pratiquer la politique de la chaise vide et cette situation ne les honore pas.
    Comme vous, je pense que l'opposition a cessé d'exister avec ces élections législatives. C'est bien triste pour le pays.

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  6. Je regrette d'avoir été dans l'obligation d'annuler certains commentaires de lecteurs qui se sont égarés dans des insultes d'une vulgarité inouïe envers tel ou tel parti, tel ou tel homme politique.
    Je rappelle que si on peut exprimer ses idées, même de manière très vive, il ne saurait être question de cautionner des dérives inacceptables en permettant dans ce modeste blog la parution de mots ou de phrases indignes d'un comportement raisonné.
    La déception provenant de la défaite ou les ardeurs de la victoire ne peuvent justifier d'aucune sorte les mots de haine et les injures à caractère raciste à l'encontre des différentes ethnies qui composent le Gabon.
    On peut critiquer, vilipender et même clouer au pilori sans jamais se départir de son honneur.

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  7. Dur dur pour les politiques Gabonais votre article.
    J'espère que vous avez mesuré les limites à ne pas dépasser dans la critique car si, comme le dit Solenza, la liberté d'expression au Gabon n'est pas dans le programme de l'émergence, vous allez vous faire tirer les oreilles.
    Heureusement si j'ose dire, vous ne ménagez pas l'opposition. l'équilibre est donc très finement maintenu dans les coups portés aux uns et aux autres.

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  8. Yes, ça décoiffe!
    Quelle verve! Phemga, vous êtes en forme c'est certain.
    Un petit article du même genre sur nos politiques français me ferait vraiment très plaisir.

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  9. Je suis allé au vote hier et je dois avouer qu'à Libreville les gens ne se bousculaient pas dans les urnes. Si les gars de l'opposition ont refusé de se présenter c'est leur problème. Cela ne doit pas gacher la victoire. Vous regrettez phemga qu'il n'y a qu'un seul chemin à suivre au Gabon. C'est exact ce que vous dites mais si les opposants n'ont pas été capables de proposer une autre voix est ce la faute du pdg?
    On ne peut pas tenir responsable le pdg parce que les autres là sont totalement incompétents. D'ailleurs en les qualifiants de roitelets insignifiants vous le reconnaissez vous mêmes.
    Oui, les têtes pensantes du régime ont encore de beaux jours devant elles et quand on observe le niveau des autres là, on se dit que ce n'est pas plus mal.

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  10. La victoire du pdg n'est pas très significative compte tenu du fait que beaucoup de gabonais se sont abstenus mais l'essentiel est que tout se soit passé dans le calme et sans incident particulier. Pour le reste, le résultat ne changera pas la vie des gabonais qui ont d'autres chats à fouetter en ces temps de crise que de s'occuper de la victoire des uns et de la défaite des autres. En attendant les problèmes d’électricité demeurent et continuent de pourrir la vie de milliers de gens.

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  11. Ca doit être frustrant finalement de voir que depuis l’indépendance c’est toujours la même famille et le même parti qui s’approprient le pouvoir et l’argent.
    Mais le Gabon a toujours connu la paix contrairement à certains de ses voisins et c’est bien là l’essentiel.
    Votre article est sans concession pour les différents protagonistes, surtout pour l’opposition qui semble vous révulser tant elle paraît incompétente. C'est sur qu'avec une opposition comme ça, le régime doit se frotter les mains et n'a pas beaucoup de soucis à se faire pour l'avenir.

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  12. Et oui, l'avenir en confiance comme on dit au pays.
    Le pdg c'est le seul parti qui est à même de préserver la paix. Si demain les autres passaient au pouvoir ils se boufferaient le nez et nous aurions droit à la même guerre que nous avons connue en Côte d'Ivoire récemment ou au Congo Brazza dans les années 90. Vous critiquez le manque d'alternance Phemga mais il faut éviter de penser qu'une telle chose se passerait comme en France. Je suis certain que l'alternance que vous attendez se traduirait par des luttes intestines qui ruineraient la paix du pays pour l'amener dans la misère. Pour comprendre le Gabon, il ne faut surtout pas penser comme un européen. Je ne suis pas un pdgiste par nature mais je pense d'abord à la tranquillité du pays. Comme vous l'écrivez, le Gabonais n'est pas dupe.
    Vous auriez pu ajouter qu'il est pragmatique.

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