dimanche 8 janvier 2012

Gabon : La nouvelle bravade d’André Mba Obame et les limites de la liberté d'expression

En présentant sur sa propre chaîne de télévision, TV+, ses vœux au peuple gabonais, alors que cet exercice est une prérogative du chef de l'état, Monsieur Mba Obame, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2009, continue de provoquer les plus hautes instances de la République gabonaise.
On pourrait dire que sa démarche suit un semblant de logique puisque ce dernier, en janvier 2011, s’était déjà autoproclamé président de la République, avait prêté serment à la Constitution et formé son gouvernement, affirmant qu'il était le seul vainqueur de l'élection présidentielle intervenue en août 2009.
Les conséquences qui en ont découlé à l'époque, une accusation de crime de haute trahison, la dissolution de son parti politique l’Union National et la perte de son immunité parlementaire le rendant justiciable à tout moment, ne l’auront donc pas découragé, bien au contraire.
Cependant, si s'autoproclamer Président de le République et former un gouvernement parallèle est logiquement considéré comme une violation grave de la Constitution, rien n'interdit à un homme politique de présenter ses vœux à la nation par l'intermédiaire de la télévision dont il est le propriétaire.
On conviendra toutefois que cette nouvelle fanfaronnade de Monsieur Mba Obame n'est qu'un défit supplémentaire lancé à son ex grand ami, le président de la République gabonaise actuellement en fonction, avec lequel il a œuvré, main dans la main, dans le même gouvernement voici moins de 3 ans.
A l'heure actuelle, sa dernière frasque ne lui a valu que la fermeture temporaire de TV+.
Elle pourrait fort bien cependant être la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et qui l’enverra, à court terme, directement dans les geôles de l’état gabonais.
Le couperet pourrait s’abattre en février prochain, après la fin de la CAN, la fameuse Coupe d’Afrique des Nations, organisée conjointement par le Gabon et la Guinée Equatoriale, qui débutera le 21 janvier.
Actuellement, à 3 semaines de cette échéance capitale pour le Gabon qui en a fait la plus grande affaire d'état de toute l'histoire du pays, cela ferait véritablement désordre d’envoyer croupir en prison le principal opposant au régime.
En effet, les médias internationaux préparent en ce moment leur séjour dans le pays et ils seront nombreux au cours de la compétition qui s'achèvera le 12 février prochain.
Le moment n'est donc pas opportun, pour l'image du Gabon, de réprimer trop durement Monsieur Mba Obame qui, sans doute, d'une façon ou d'une autre, devra payer cher ce qui est considéré en haut lieu comme de graves humiliations.
Et malgré le fait que je n'apprécie pas véritablement l'homme politique qui, à l'instar des autres prétendus cadors de l'opposition, a lamentablement échoué à former une alliance solide, en mesure de lutter à armes égales contre la redoutable machine du parti présidentiel, il faut lui reconnaître, après son dernier "coup d'éclat", un certain panache.
Alors que d'autres soi-disant opposants, irresponsables, cachés au fin fond des Etats-Unis, qui se prétendent docteur en telle ou telle spécialité, qui appellent lâchement via le web, le peuple gabonais à la violence et à la haine et qui n'ont pas les tripes de mettre les pieds dans leur propre pays, Monsieur Mba Obame possède au moins le courage de poursuivre le combat politique sur le terrain de son adversaire.
Aussi, quelque soit les graves entorses à la Constitution dont il se serait rendu coupable, l'homme fait preuve d'une détermination et d'un tempérament qui ne laissent pas indifférent.
Mais Monsieur Mba Obame, au cours de ces 12 derniers mois, a certainement dépassé la mesure dans le domaine de la liberté d'expression.

Cette fameuse liberté d'expression, dont je ne peux m'empêcher de me poser quelques questions, en ce début d'année 2012, sur la manière dont celle-ci est réellement perçue par ceux qui tiennent les rênes du Gabon.
Le dernier discours du Président de la République, lors de sa présentation des vœux 2012 à la nation n'envoie malheureusement pas de bons signaux mais au contraire, suscite quelques lourdes inquiétudes pour l'avenir.
Lorsqu'il évoque et fustige les nombreux dérapages quotidiens dont une certaine presse se ferait la spécialité, on peut s'interroger sérieusement sur sa conception de la liberté d'expression dont il affirme être attaché.
Que cela plaise ou contrarie, une presse d'opposition reste dans son rôle le plus élémentaire en critiquant le pouvoir en place même si elle le fait de manière cinglante.
Si celle-ci ne peut exprimer librement et fermement son désaccord sur les actions de l'état, sans risquer automatiquement une condamnation, elle n'a plus aucune raison d'exister, ou alors seulement sous la forme d'une organisation de scribouillards qui publierait ce qu'on lui demanderait d'écrire pour donner le change et faire bonne figure.
Si le mot "dérapage" est systématiquement assimilé à tout commentaire négatif ayant trait aux décisions du régime, le principe même de la liberté d'expression est gravement remis en cause.
Régulièrement, des médias sont suspendus au Gabon pour ce qu'on qualifie trop aisément de dérapage, alors qu'il ne s'agit bien souvent que d'une censure politique inavouée.
Je ne nie pas qu'il existe des journalistes peu scrupuleux ou mal formés qui s'adonnent à des procédés plus ou moins douteux. 
Je conçois donc parfaitement qu'il faille des règles pour limiter les débordements inhérents à la nature humaine.
On a cependant trop facilement tendance à utiliser quelques bavures par ci et là pour placer l'ensemble de la presse d'opposition sous pression et lui interdire de paraître sous prétexte de diffusions d'informations qui seraient de nature à semer le trouble dans l'esprit des gabonais, ou qui véhiculaient la désinformation et l'intoxication.
D’autre part, toujours dans le discours des vœux 2012 à la nation, accuser implicitement le CNC (Conseil National de la Communication) d’une trop grande bienveillance envers certains médias est sans aucun fondement, cette dernière, sous influence permanente du gouvernement, ayant souvent plus brillé pour ses excès de zèle que pour la pertinence de ses sanctions.
Le CNC vient tout simplement d'obtenir toute latitude pour augmenter la pression auprès des médias et exercer une censure encore plus soutenue.
La véritable liberté d'expression au sein de la presse, ne peut se limiter à dire et à répéter à qui veut le croire ou l'entendre que : "Tout va bien Madame la marquise".
Si cette liberté signifie qu'il faille procéder sans cesse à des flatteries, émettre un avis favorable à toutes les décisions prises par le pouvoir et entretenir ce sacro-saint culte de l'image, l'avènement d'une presse libre et responsable n'est pas prêt de voir le jour au Gabon.
Certes, la non-application des libertés dites fondamentales, qui régissent les pays occidentaux, ne sera jamais un frein aux progrès économiques du Gabon.
Certaines grandes nations émergentes ont prouvé qu'on peut tenir un pays d'une main de fer, tout en l'amenant à se développer considérablement sur le plan économique. 
Mais de grâce, qu'on cesse de nous parler, avec autant de légèreté, d'attachement à l’exercice de la liberté d'expression.
Cette liberté là, si elle doit respecter les limites que lui impose un véritable état de droit, ne saurait s’accommoder d'une interprétation personnelle ou d'une pensée unique, chaque fois que le vent médiatique ne souffle pas dans sens souhaité.

 

10 commentaires:

  1. Ho là là Phemga, toi tu vas encore dérouiller.
    Tu vas voir ta gueule à la récréation.
    Le vent qui souffle tu vas le sentir bien passer...à contre sens.
    J'en ai déjà mal pour toi.
    LA FOSSE AUX LIONS je te dis!!!!!!!!!!!!!!!!

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  2. Vous commencez l'année très fort Phemga.
    J'ai surfé sur quelques blogs qui parlent de la vie politique économique et sociale au Gabon.
    Entre les articles qui sont totalement dévoués au président Ali Bongo, au point qu'on pourrait croire qu'il est le messie que tout un pays attendait et ceux qui appellent carrément à l’insurrection, il est très difficile de trouver un juste milieu. Votre présent article qui dit les choses très clairement, manie avec tact un étonnant mélange de critiques, de respect, de fermeté et de sincérité sans concessions. J'aime beaucoup votre souci permanent de garder une certaine mesure dans la critique qui donne l'impression que vous souhaitez toujours laisser la porte ouverte au débat d'idées. Le débat d'idées, c'est la confrontation loyale d'opinions différentes dans le respect de tous.
    Rogange, comme à son habitude vous prédit bien des malheurs à la récréation.
    Il a tort car rien dans votre article ne peut susciter la colère de gens qui souhaitent sincèrement garantir la liberté d'expression au Gabon. Bien sûr entre ce qui est dit officiellement et ce qui est fait en coulisse, il y a parfois un monde d'écart.

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  3. Je serais assez de l'avis de Rogange; Consolide ta porte d'entrée !!!! Et prévois quelques kilos d'oranges et de bananes ou appelle à l'aide : Tu vois de qui je veux parler.
    Bon courage : Souviens-toi du journaliste qui a disparu en Côte d'Ivoire et dont on vient seulement de retrouver le corps.
    Tu me fais peur.

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  4. Votre article est très intéressant, même si on se demande si vous ne prendriez pas un peu trop de risques par le sujet que vous traitez.
    J'ai constaté comme Aurore que les blogs consacrés à l'actualité politique gabonaise passaient trop souvent d'une extrémité à l'autre. D'un côté, on encense un véritable dieu et de l'autre on encourage à la violence. On ne peut donc apporter aucun crédit à ce genre de blogs qui sont plus ou moins manipulés ou tout simplement manipulateurs.
    Quant à vous, vous décrivez les choses fermement mais sans jamais aller trop loin dans la critique, tout en véhiculant sans la moindre ambiguïté votre opinion personnelle sur la bonne santé de la liberté d’expression au Gabon.
    On peut être d’accord ou pas d’accord avec votre analyse mais on ne peut vous reprocher un quelconque manque de respect à l’égard de qui ce soit et je crois que cela est bien l’essentiel.

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  5. Sylvette aurait-elle des raisons particulières d'être inquiète?
    Il ne faut pas tout mélanger. Le Gabon n'est pas la Côte d'Ivoire pendant les évènements que nous avons connus. Phemga ne fait pas dans la dentelle mais il sait tourner les phrases pour qu'elles soient précises sans oublier le respect qui est dû aux très hautes fonctions. Lorsqu'on suit la presse française ou certains blogs qui parlent de Nicolas Sarkozy, on hallucine devant tant de mépris, de manque de respect ou d'accusations de toute sorte, fondées ou pas.
    Bon, c'est sûr que la majorité des journaux de gauche qui passent leur temps à clouer Mr Sarkozy au pilori, seraient suspendus depuis longtemps au Gabon mais il ne faut pas oublier une chose que même Phemga oublie. Les occidentaux ont mis des centaines d'années pour parvenir à la démocratie et pour garantir la liberté d'expression.
    Pourquoi faudrait-il exiger des africains qu'ils réalisent en 50 ans ce que les autres ont mis des siècles à créer.
    Je regrette que Phemga n'ait pas abordé ce problème si important.
    Il faut laisser le temps au temps et tout viendra bien un jour.

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  6. La démocratie et la liberté d'expression ne sont pas encore présents dans l'esprit des chefs d'état car leur premier souci est de consolider leur pouvoir souvent acquis de manière discutable. Et ce n'est pas en ouvrant les portes à la liberté d'expression telle qu'elle se conçoit en Europe que cette consolidation du pouvoir se fera. Si la fermeté n'est pas au rendez-vous, c'est comme laisser entrer le loup dans la bergerie avec toutes les conséquences qu'on imagine.
    Je comprends bien votre article Phemga qui décrit réellement la situation mais je préfèrerai le nuancer car il faut se replacer dans le contexte local en tenant compte des mentalités. Or, si on ne maitrise pas un peu les gens dans nos contrées, c'est le désordre assuré et il serait impossible de gérer le pays correctement et d'y maintenir la paix.

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  7. Edou a sans doute raison, gérer un pays africain est certainement très différent des pratiques en cours dans les vieilles démocraties et il faut remettre les choses dans leur contexte. Mais il faudrait aussi que certains politiques cessent de parler de la liberté d'expression comme si elle était appliquée de manière évidente dans leur pays. Les africains qui captent maintenant de nombreuses chaînes de télévision en provenance de France et d'ailleurs savent bien à quoi s'en tenir. Les comparaisons sont chaque jour possibles et chacun peut donc se faire sa propre idée sur la véracité des discours tenus par les grands d'Afrique.

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  8. Bon Phemga, heureusement que Louis XIV n'existe plus car je ne pense pas que vous feriez bon ménage.
    Heu...il n'existe plus n'est-ce pas??

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  9. Monsieur Phemga, je comprends vos inquiétudes sur les limites de la liberté d'expression au Gabon mais tout n'est pas aussi simple qu'en France. Ce type de liberté fait partie intégrante d'une culture, d'une éducation. Or, chez nous cette culture n'en est qu'à ses premiers balbutiements. Si trop de liberté est laissé aux gens, on obtient immédiatement des débordements qui peuvent être incontrôlables. J'ai lu des journaux à Libreville où le chef de l'état était insulté comme un vulgaire bandit et cela ne peut être accepté. Certains journaux en France sont très durs avec Nicolas Sarkozy mais on n'assiste pas à des insultes caractérisées du chef de l'état. Vous le dites vous mêmes à la fin de votre article, la liberté doit respecter des limites. Il est donc nécessaire de faire le ménage au Gabon dans ce domaine pour assainir et mieux réglementer la profession des journalistes où s'accumulent trop de débordements. Je voudrais dire que votre blog est très intéressant. La critique est parfois dure mais jamais insultante. Vous avez toujours le souci du respect et de la mesure qui dénote une grande responsabilité dans ce que vous écrivez. Ce n'est malheureusement pas le cas sur certains autres blogs qui ne sont que des torchons d'un niveau littéraire déprimant.
    Mes salutations à vous et à vos lecteurs.

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  10. Moi je voudrais savoir où se situe la sensibilité politique de Phemga que ce soit quand il parle de la politique en France ou au Gabon.
    J'ai cherché dans les différents articles mais il n'y a rien à faire, je ne vois rien. Il mélange trop souvent le vin avec l'eau et ça c'est volontaire, j'en suis sûr.
    Il y a embrouille sous roche là. Enfin anguille.

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