mardi 14 février 2012

"Tintin au Congo" ou la victoire du bon sens sur la bêtise humaine


En saisissant la justice belge en 2007, pour interdire la vente de la bande dessinée, "Tintin au Congo", qu'il accuse d’œuvre raciste, Monsieur Bienvenu Mbutu Mondondo se sera octroyé, pendant quelques années, un bon coup de publicité à moindre frais.
Le repos sacré du regretté Hergé, l'auteur de cet album publié pour la première fois en 1931 et remanié en 1946, a certainement dû se trouver fort troublé.
Si le ridicule et l'idiotie étaient des disciplines olympiques, il ne fait pas de doute que Bienvenu Mbutu Mondondo serait couvert d'or.
Nous vivons décidément dans une société bien surprenante, où l'absurdité, lorsqu'elle atteint un paroxysme, constitue de plus en plus une qualité reconnue, susceptible de mener à la médiatisation et à la notoriété.
Aussi, même si le tribunal de 1ère instance de Bruxelles a refusé, le 10 février dernier, d'interdire la vente de ce célèbre album en déclarant que les éditions Casterman et la société Moulinsart qui gère les droits des bandes dessinées d'Hergé, ne s'étaient pas rendues coupables de racisme ou de xénophobie, ce Monsieur, sorti de nulle part, qui aura tenté de se couvrir de gloire sur le dos de Tintin, aura réalisé l'exploit de concentrer l'attention sur sa petite personne, régulièrement pendant 5 ans, de tous les médias du monde.
Je constate amèrement, qu'à notre époque où les repères sont devenus indéfinissables, n'importe quel individu, en mal de popularité, peut sortir de l'anonymat pour se trouver sous les feux de la rampe dès lors qu'il décide de s'attaquer à une œuvre mondialement connue et appréciée, en l'accusant de racisme, ce mot si magique pour certains.
Mais plus grave encore, le simple fait qu'un tribunal accorde de l'importance aux élucubrations d'un pauvre bougre, en se déclarant compétent pour statuer sur sa plainte qui remet en question l'existence d'une bande dessinée mythique, vieille de 77 ans, et lue avec délectation par des centaines de millions d'amateurs de Tintin, en dit long sur le déficit moral de la société, où il semble ne plus y avoir de limite à l’indécence.
Le tribunal, 5 années après le dépôt de plainte, s'il vous plait, aura tout de même fini par décider qu'il était nécessaire de replacer "Tintin au Congo" dans le contexte de l'époque où, dans les années 30, effectivement, les clichés sur l'homme noir n'étaient malheureusement pas des plus flatteurs, sans qu'il y ait pour autant matière à xénophobie.
Cependant, compte tenu des mentalités actuelles où le politiquement correct et l'hypocrisie sont considérés comme un art de vivre obligé pour se faire accepter dans la bonne société, je dois avouer ma surprise quant à la décision de la justice belge de ne pas se prononcer favorablement sur la demande de  Monsieur Mbutu Mondondo.
A défaut de courage, j'y vois ici une forme de bon sens de la part d'une justice qui a miraculeusement décidé que la bouffonnerie n'avait pas systématiquement sa place dans les prétoires.
Monsieur Mbutu Mondondo était pourtant soutenu discrètement mais fermement par certaines associations antiracistes qui essaient continuellement d'entretenir dans l'opinion publique les culpabilités venues de la sinistre époque du colonialisme et de travestir la vérité en tentant d'imposer la thèse qui voudrait que le racisme soit un sentiment dont l'homme blanc aurait le strict monopole.
Si ces "grands redresseurs de torts", qui excellent plus dans la "commedia dell'arte" que dans la défense des intérêts des opprimés et qui jouent à merveille les vierges outragées dès que le mot "noir" est prononcé, quittaient leurs beaux quartiers de Bruxelles ou de Paris pour se rendre en Afrique, ils sauraient que le racisme n'est pas seulement une histoire de blanc contre le pauvre noir enchaîné et martyrisé, mais qu'il sévit dans tous les pays du continent, au sein même des différentes ethnies locales où tel ou tel individu est rejeté, discriminé, voire humilié pour le simple fait qu'il n'appartient pas à la tribut majoritaire où à celle qui domine le pays.
Il est naturellement plus facile de manipuler un guignol qui a reconnu avoir lu "Tintin au Congo" dans sa jeunesse, donc bien des années avant de penser subitement à porter plainte contre un album qui ferait l'apologie du colonialisme.
Même les illustres Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouët-Boigny, grands défenseurs de la cause de l'homme noir par excellence, n'ont jamais imaginé porter une telle accusation.
Ce brave Monsieur Mbutu Mondondo, qui vient de perdre son si "prestigieux" combat contre le supposé racisme de Hergé, se serait montré bien plus avisé si l'idée lui était venue d'engager une procédure judiciaire contre les dirigeants de son propre pays, la République Démocratique du Congo, où chaque jour les libertés sont bafouées, les opposants surveillés, emprisonnés et torturés, les élections continuellement truquées, au bénéfice d'une infime minorité de privilégiés.
Je l'invite donc vivement à laisser définitivement "Tintin au Congo" aux enfants et aux fans de bandes dessinées pour défendre vaillamment les vraies valeurs d'une société libre dont les dirigeants de son pays, corrompus jusqu'à la moelle, ont une conception si particulière.
Sa guerre sordide contre une célèbre bande dessinée qui, en 2012, a dépassé les 80 années d'existence, et dont je suis fier d'affirmer qu'elle aura bercé mes rêves d'enfant, me parait aux antipodes du climat qui règne en République Démocratique du Congo.
En s'intéressant un peu plus à la misère interminable de son peuple, alors que l'état congolais dispose de richesses faramineuses en matières premières, peut-être y découvrira t'il le sens de l'honneur.
J'ose croire, sans toutefois grand espoir, que ce Monsieur saura un jour établir une différence marquée entre la dignité et la honte.
Mais comme l'affirmait, non sans malice, Pierre Desproges : "Dieu est peut-être éternel, mais pas autant que la connerie humaine".
Quant à moi, je m'en vais de ce pas relire pour la énième fois les passionnantes aventures de "Tintin au Congo".

17 commentaires:

  1. Et oui, ce n'est pas donné à tout le monde de vouloir jouer les Emile Zola.

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  2. Tout ça sent la manipulation à plein nez. Ca rappelle un peu les américains qui portent plainte contre tout et n'importe quoi, histoire de se faire un peu d'argent. Et comme prévu, on assiste à tous les abus possibles.
    L'affirmation de Pierre Desproges est loin d'être erronée.

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  3. Ho là là Phemga. Tu oses t'attaquer au pauvre petit africain démuni de tout!!!
    Tu vas déguster grave mon frère, très grave même. Tu as intérêt à te repentir rapidement si tu ne veux pas que toutes les associations contre le racisme primaire et secondaire te tombent dessus comme la petite vérole sur le clergé. Bon, moi je préfère Tintin en Amérique qui n'est pas très flatteur pour les cow-boys mais je vais quand même relire les aventures congolaises du l'immortel reporter.

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  4. On vit une drôle d'époque où effectivement la sottise est une vertu qui peut faire de n'importe qui une vedette médiatique sans que personne ne s'en émeuve. En acceptant de statuer sur une plainte sans fondement, la justice a ouvert les portes à de prochains et nombreux abus qui ne manqueront pas d'arriver comme c'est déjà souvent le cas aux Usa. On peut encore s'estimer heureux que finalement aucune suite n'ait été donnée à cette plainte rocambolesque. Avec le temps, on finira peut-être par envoyer devant un tribunal une personne qui aura regardé avec un peu d'insistance un individu mal embouché ou amateur de procédures judiciaires.

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  5. Aujourd'hui, c'est une plainte contre une simple bande dessinée. Demain ce sera contre un film sorti dans toutes les salles de France.
    Puis un jour, on ne pourra même plus s'adresser à son voisin sans qu'il porte plainte à son tour pour un mot qui lui aura déplu.
    Il appartient à la justice de mieux encadrer certaines plaintes afin qu'on n'assiste pas à des abus de toute sorte au point qu'on n'osera même plus sortir de chez soi.
    Le monde devient fou.

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  6. Comme souvent Phemga, vous avez un discours direct, ferme et sans complaisance. J'adhère en tous les cas sans réserve à votre opinion sur cette affaire dont le rocambolesque semble sortir justement d'une mauvaise bande dessinée.
    Heureusement, le ridicule ne tue pas mais il permet de se faire une idée bien précise sur une certaine dégénérescence de la nature humaine.

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  7. Phemga, on sent que vous avez envie de tacler très durement la bêtise humaine mais quoique que vous fassiez ou écriviez vous ne pourrez jamais rien contre. On ne lutte pas contre la sottise, on la subit et on s'en désole. La dénoncer permet seulement de se soulager moralement. Dommage que le soulagement soit trop souvent de courte durée.

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  8. Désolé pour mon inculture mais je n'avais jamais lu Tintin au Congo avant de lire votre article. Je suis donc allé à la Fnac hier soir, à 2 pas de chez moi, pour acheter la fameuse bande dessinée. C'est vrai qu'il y des clichés et des caricatures sur l'homme noir en particulier et l'Afrique en général. Perso, j'ai trouvé tout cela très drôle et un peu niais mais il ne me viendrait jamais à l'idée de parler de racisme ou d'apologie du colonialisme. Il faut surtout savoir se remettre dans le contexte de l'époque. Comme je ne suis pas un homme de couleur, je ne ressens donc pas forcément la même chose que le plaignant.

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  9. Rogange, pour la petite vérole c'était le bas Clergé.
    J'ai ressorti mon vieux tintin au Congo abandonné sur le coin d'une étagère depuis des lustres. Bon, c'est vrai que l'homme africain n'est pas spécialement à son avantage mais il faut prendre l'histoire au second degré même si dans les années 30 l'idée qu'on se faisait de l'homme noir était assez spéciale. Si on commence à s'attaquer à Tintin, bien d'autres bandes dessinées ou livres divers seront menacés. Et comme le dit Vero333, un jour on n'osera même plus sortir de chez soi de peur de faire l'objet d'un procès à la moindre rencontre. Je pense qu'il est nécessaire de décourager ce genre d'abus de plaintes qui n'apporte rien mais surtout qui pourraient discréditer d'autres plaintes qui elles seraient vraiment fondées.

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  10. Vous êtes très sévère Phemga avec un homme qui a eu un certain courage en s'attaquant à Tintin au Congo. L'histoire est remplie de clichés et de préjugés qui sont très moqueurs vis à vis des noirs. Je comprends la nécessite de se remettre dans le contexte de l'époque et je ne crois pas qu'il était nécessaire de porter plainte. Il y a des évènements beaucoup plus graves dans la vie que les aventures de Tintin au Congo mais en tirant la sonnette d'alarme, la personne nous rappelle qui faut toujours rester vigilent sur toute forme de racisme même si elle s'inscrit dans l'humour et la dérision. On ne peut pas rire de tout.

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  11. Attention Phemga. Le Monsieur qui aime tant les procédures judiciaires pourrait bien vous envoyer au tribunal pour diffamation.
    Les qualificatifs que vous employez à son égard sont très durs mais on ne peut qu'être affligé de constater qu'il existe des gens qui ont suffisamment de temps à perdre dans leur vie pour faire de la connerie humaine un véritable culte.

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  12. Mais c'est comment Phemga. Vous attaquez le pauvre noir comme ça?
    Bon moi aussi je suis noir mais votre noir là il a dépassé les limites même de la connerie. C'est vrai qu'il ferait mieux d'envoyer son venin dans son pays où on se moque en permanence du peuple. Les histoires de racisme là bas sont mille fois plus graves que les bêtes clichés de Tintin au Congo. Le type a perdu le sens des priorités.

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  13. L'album de tintin n'est qu'une photographie du regard des européens sur l'Afrique dans les années 30. Excepté le problème personnel que le plaignant semble avoir avec Tintin au Congo, aucun litige semblable n'a jamais été enregistré par qui que ce soit. Phemga, vous citez à juste titre Césaire, Senghor et Houphouët qui ont certainement lu l'album et qui n'ont jamais éprouvé le besoin de créer des histoires.
    Je crois qu'il ne faut pas trop blâmer Bienvenu Mbutu Mondondo.
    Le personnage, certainement manipulé, profite des droits et des lois qui sont à sa disposition et il en abuse comme il est dans la nature humaine d'abuser de tout sans discernement. Les principaux responsables de cette affaire sont ceux qui légifèrent pour ouvrir des portes à des processus invraisemblables. Et comme l'a si bien dit un lecteur dans un commentaire précédent, le jour où on évitera de sortir trop souvent de chez soi, par peur de se retrouver justiciable pour une peccadille, n'est plus très loin.
    A ce rythme là Phemga, dans quelques années, votre présent article pourrait bien vous valoir la prison

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  14. Et bien moi, je vais refroidir tout le monde car je vais aller à contre courant des précédents commentaires en affirmant que Tintin au Congo est totalement dégradant pour les africains et que je trouve Mr Mbutu Mondondo très courageux. Jamais je ne pourrai faire lire un tel album à mes enfants. Il véhicule des clichés honteux et scandaleux sur l'homme noir. On peut toujours argumenter qu'il faut revenir sur le contexte de l'époque pour juger cette bd mais cette excuse est lamentable et ne sert qu'à dissimuler des sentiments xénophobes. Inutile de vous dire Phemga que je trouve votre article très insultant et gravement irrespectueux des sentiments des autres. Je suis d'ailleurs très surprise car vos articles que j'ai lus en grande partie montrent plutôt un certain attachement aux peuples africains. Je ne comprends donc pas votre réaction si violente qui ne correspond pas à ce que vous sembliez être. Vous me décevez beaucoup.

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    1. Je regrette sincèrement de vous décevoir chère Hermine et je respecte naturellement votre point de vue sur ce sujet éminemment sensible.
      Avec mes cordiales salutations.

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    2. Purée Phemga, elle t'a détruit la Hermine. Cassé grave quoi.
      En plus tu restes un gentleman. Il faut croire que tu aimes les fessées, lol.

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    3. Merci Phemga pour votre réponse à mon commentaire.
      Je constate avec plaisir que les divergences d'opinions n'empêchent pas la courtoisie.

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