mercredi 28 mars 2012

Présidentielle Sénégalaise : Une grande victoire pour la démocratie en Afrique

 
Macky Sall, le nouveau président du Sénégal

Les violences qui ont précédé le premier tour de l’élection présidentielle sénégalaise de février dernier, où plusieurs personnes ont trouvé la mort, après des heurts violents avec les forces de l’ordre, laissaient présager le pire pour l’avenir immédiat du Sénégal.
Heureusement, il n’en a rien été, et face à la pression populaire la sagesse a fini par s'imposer sur les égoïsmes et les ambitions politiques personnelles.
Plusieurs mois avant le début de cette élection, le peuple sénégalais a montré son courage et sa très grande détermination à forcer son destin pour empêcher toutes les magouilles habituelles que nous voyons encore trop souvent dans le reste de l’Afrique, avec les changements de constitution de dernière minute et surtout ces mascarades d’élections à un seul tour, où un candidat peut être élu avec 30% des voix et remporter ainsi la mise face à une dizaine d’autres prétendants qui représentent 70% de l’électorat.
Le soulèvement populaire des sénégalais, en juin 2011, pour s’opposer aux tentatives douteuses d'Abdoulaye Wade qui, en pleine dérive monarchique, souhaitait supprimer le second tour de la prochaine élection présidentielle de février 2012, aura été absolument déterminant.
La preuve en est que ce dernier, qui était en tête au premier tour du scrutin présidentiel voici un mois, a subi dimanche dernier un véritable camouflet au second tour de l'élection avec plus de 65% des voix qui se sont reportées sur Macky Sall, le nouveau président élu de la République du Sénégal.
L’union sacrée de l’opposition, pour écarter Abdoulaye Wade du pouvoir, aura donc fonctionné à merveille alors que la défaite était quasiment promise à Macky Sall si le second tour avait été supprimé.
Cette volonté farouche du peuple sénégalais, en tout point admirable, aura donc forcé Abdoulaye Wade à plier l’échine et à se conformer à des règles strictement démocratiques.
Ce dernier n’aura donc pas eu d’autre choix que de reconnaître rapidement sa défaite et de féliciter le nouveau président élu démocratiquement.
Tout autre réaction de sa part aurait plongé l’ensemble du pays dans une violence à l'issue incertaine et on peut à cet égard le remercier pour ne pas avoir tenté un très aventureux passage en force dont les conséquences pour la paix sociale risquaient d'être catastrophiques.
La démocratie est une valeur qui est profondément ancrée dans l'esprit du peuple sénégalais, dont la maturité politique élevée n’a jamais rendu facile les manipulations de toute sorte comme il en existe tant ailleurs.
Abdoulaye Wade l’aura appris à ses dépends et j’ose espérer que Macky Sall ne l’oubliera pas lorsque le peuple sénégalais devra une nouvelle fois choisir son prochain président.
Dans les jours à venir, les défis du nouveau chef de l'état seront nombreux, voire périlleux, et il n’aura donc que très peu de temps pour profiter de sa large victoire.
Le pays est gangrené par le chômage dont le taux s'élève à 49%.
Les prix des denrées alimentaires de première nécessité, qu’il a promis de baisser au cours de sa campagne électorale, sont très élevés et ne permettent plus à la population de se nourrir décemment.
Les coupures d’électricité quotidiennes sont devenues insupportables et causent un immense préjudice à l’économie locale qui est dans l'impossibilité de fonctionner normalement.
Pour que cette situation lamentable ne perdure pas, il est obligatoire de moderniser les infrastructures électriques dans les plus brefs délais.
Au niveau de l’éducation, la situation est très préoccupante puisque la grève interminable des enseignants, depuis le mois de décembre 2011, liée à des revendications financières, a plombé l’année scolaire.
Des solutions doivent être trouvées d’urgence pour permettre le redémarrage des écoles du pays avant qu'une année blanche ne soit constatée, empêchant de surcroît la tenue des examens de fin d'année scolaire.
Pour réaliser des réformes et procéder à des changements importants, il est nécessaire de faire appel aux réserves financières de l'état.
Or, les caisses sont désespérément vides et il va bien falloir trouver des fonds quelque part.
Le problème de la Casamance, au sud du pays, avec cette rébellion qui revendique son indépendance, est récurrent et les solutions ne sont pas légions.
On peut aisément comprendre que le Sénégal n'ait pas l'intention d'abandonner une partie de son territoire qui regorge de terres fertiles pour l'agriculture alors que le désert gagne chaque jour du terrain au nord.
Et lorsqu'on sait que la Casamance est une région très touristique, bien équipée en infrastructures, le Sénégal n'acceptera jamais de se priver d'une manne financière unique.
La tâche qui attend Macky Sall est donc colossale, à la limite de la mission impossible, et l'état de grâce dont il bénéficie logiquement aujourd’hui risque d'être de courte durée.
Il est ainsi bien compliqué de se projeter vers l'avenir, au regard de la situation économique terriblement délicate du Sénégal.
Les rares démocraties africaines demeurent très fragiles et les dernières mésaventures du Mali, qui ont vu son président, élu démocratiquement, être renversé par un coup d'état, conduisent à afficher la plus grande prudence.
Cependant, une chose reste certaine :
L'élection présidentielle qui vient de se dérouler au Sénégal, sur 2 tours de scrutin, est à mon sens l'exemple type de ce que les autres pays d'Afrique noire doivent suivre pour éviter l'avènement de présidents mal élus, qui ne représentent qu'une minorité de la population et qui, de ce fait, ne peuvent se prévaloir d'une quelconque légitimité qu'en imposant un régime autoritaire et propagandiste.
Il faut espérer que les peuples africains poursuivront cette émergence des esprits qui mène à la maturité politique et sauront tous un jour se donner pacifiquement les moyens de choisir l'homme qu'ils désirent réellement à leur tête pour présider aux destinées de leur pays.
Et pour l'instant, le Sénégal qui a montré comment emprunter le chemin de l'honneur, apparaît comme la nouvelle illustration de l'Afrique qui gagne.

11 commentaires:

  1. Un bel exemple de démocratie a été donné par les Sénégalais. Si les autres peuples africains pouvaient prendre exemple sur le Sénégal, les dirigeants de certains pays réfléchiraient à 2 fois avant d'imposer leurs magouilles habituelles.
    Abdoulaye Wade a cherché à se comporter comme ses collègues mais la volonté du peuple l'en a dissuadé. Cela signifie bien que si un peuple a suffisamment de courage pour dire non, qui que ce soit qui est au pouvoir finira par s'incliner. Il est à souhaiter que l'exemple Sénégalais fera réfléchir les gens dans les autres pays. Maintenant la situation au Sénégal comme vous le soulignez Phemga est précaire et si le nouveau président ne règle pas les principaux problèmes, sa victoire va se transformer en cauchemar.

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  2. Ho là Phemga, 2 articles en 48 heures,ce n'est pas un peu trop pour toi? J'espère que tu n'es pas trop épuisé par tout ce travail. Surtout repose toi bien maintenant et récupère vite.
    Ha ces Sénégalais!
    Ils ont un sacré caractère et ce ne sont pas des gens à qui on en impose. Ils l'ont montré avec cette élection. L'exemple est à suivre mais je doute qu'il le sera vraiment.
    Tous les peuples ne descendent pas des fameux tirailleurs.

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  3. La victoire de Macky Sall est formidable et prouve la très bonne santé de la démocratie au Sénégal malgré les incidents graves avant les élections. Malheureusement une démocratie en bonne santé ne fait pas une économie en bonne santé. Pour Macky Sall le plus dur commence c'est à dire redresser le pays qui est dans une situation grave.
    Tout le monde l'attend au tournant. On verra donc ce qu'il fera de mieux par rapport à Abdoulaye Wade.

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  4. L'élection présidentielle au Sénégal a quelque chose de rafraîchissant qui permet d'entretenir tous les espoirs pour les autres pays africains. Il est évident qu'il faut rester prudent car on sait ce qu'il est advenu d'un président élu démocratiquement au Mali.
    On s'explique mieux pourquoi la plupart des chefs d'états africains prennent bien soin de placer les hommes qu'il faut aux principaux postes de l'armée car qui tient l'armée minimise le risque de se faire évincer de son poste. J'ai vu sur le net que le président Sall allait avoir beaucoup de travail pour remettre le pays sur les bons rails. Abdoulaye Wade n'a pas fait que des mauvaises choses mais je me demande si son vieil âge ne l'a pas empêché d'apprécier comme il se devait la gravité de la situation dans laquelle se trouve son pays.

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  5. Les Sénégalais ont montré qu'une élection présidentielle sans malversations était possible en Afrique comme l'ont fait avant eux les Maliens.
    Malheureusement beaucoup d'autres présidents africains retiendront plus le coup d'état militaire au Mali que l'exemple Sénégalais. L'exemple récent des Maliens a prouvé que la démocratie restait très très fragile sur le continent noir et que lorsqu'on ne sécurise pas suffisamment les postes clés comme sont ceux de l'armée, des petits capitaines sortis du néant peuvent donner un vrai coup de poignard à la démocratie. Il faut aussi tirer une réflexion sur ce type de mésaventure.

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  6. Et oui, l’Afrique s’éveille peu à peu et la démocratie fait son chemin.
    Elle reste fragile car nouvelle mais il faut encore donner du temps aux Africains pour en apprécier toutes les qualités.

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  7. Le peuple sénégalais a prouvé au monde sa grande maturité démocratique mais le plus dur reste à venir car nouveau président ne veut pas dire fin de la misère. On attend beaucoup de Macky Sall et la déception pourrait être à la hauteur des espoirs suscités. Un premier indicateur sera dans la tenue des promesses de Macky Sall sur la baisse des prix des produits alimentaires. Si le nouveau chef de l'état parvient à alléger les prix qui étouffent actuellement les sénégalais, sa côte va encore monter en flèche. Dans le cas contraire, les désillusions vont apporter les conflits sociaux avec toutes les incertitudes que cela comporte.
    Je viens juste de connaître votre blog et je vous félicite pour sa qualité.

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  8. La démocratie n'a pas que des qualités mais aussi quelques travers surtout lorsqu'elle est fragile comme c'est le cas en Afrique quand elle existe.
    L'idéal pour l'Afrique serait de trouver un compromis entre un régime autoritaire et libéral. Si le Sénégal vient de donner un bon exemple de démocratie, le Mali, lui, a fourni un contre exemple parfait de ce qui peut arriver lorsque les bases de la démocratie sont friables.
    Le risque de trop de libéralisme est de voir souvent la soldatesque changer la donne pour un oui ou pou un non.
    Je ne suis pas contre la démocratie en Afrique mais je reste très mesuré sur ses bienfaits. Tout le monde ne peut pas prétendre avoir la maturité politique pour pratiquer la démocratie qui est une sorte d'art de vivre.

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  9. Le Sénégal a envoyé un signal très fort à l'attention des autres pays mais la démocratie ne se résume pas seulement à des élections libres et sans magouilles politiques. Il faut aussi veiller à la liberté d'expression des médias, à la libre circulation des idées et au bon fonctionnement de l'opposition qui doit toujours avoir son mot à dire. Le Sénégal réunit tous ces paramètres et c'est cela qui fait que ce pays est une réelle démocratie.

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  10. C'est agréable d'entendre un peu de bien pour une fois de l'Afrique avec cette élection présidentielle qui s'est déroulée dans les meilleures conditions. La démocratie avance sur ce continent mais il reste encore beaucoup du chemin à parcourir. L'exemple du Cameroun où on a assisté à un simulacre d'élection présidentielle est flagrant. L'influence du printemps arabe n'est visiblement pas encore descendue jusque là. Je crois que l'Afrique aura vraiment évolué le jour où des régimes comme celui qui sévit en Guinée Equatoriale auront disparu.

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  11. Donc, voici le nouvel exemple politique à suivre en Afrique dans le domaine des élections présidentielles.
    On va donc toucher du bois pour que tout continue à bien se passer dans les mois à venir. Si j'ai bien compris ils seront déterminants.
    J'ai lu que la Casamance était une région très prisée des touristes.
    C'est étonnant vue l'insécurité qui y règne en permanence.

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