mardi 24 avril 2012

François Hollande : Après le 1er tour de la présidentielle, la fonction suprême lui tend les bras





En virant en tête au premier tour de la présidentielle de 2012, avec 28.6% des suffrages, François Hollande a réalisé le meilleur score jamais obtenu par un candidat socialiste depuis 1988 et les français lui ont accordé une option très sérieuse sur la victoire finale.
Quant au président sortant Nicolas Sarkozy, qui n'a recueilli que 27.2% des voix, il devient le premier chef de l'état dans l'histoire de la Ve République à ne pas sortir vainqueur d'un premier tour d'une présidentielle, après avoir sollicité un second mandat.
En réunissant 17.9% de l'électorat, Marine Le Pen a obtenu le meilleur résultat depuis la création du FN et s’adjuge une solide troisième place, confirmant de fait que son parti reste incontournable dans la sphère politique française.
Le tribun du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, non sans une certaine surprise, n'a décroché  que 11.1% des voix au lieu des 14 ou 15% escomptés, perdant ainsi largement son pari de passer devant son plus farouche adversaire, la candidate du FN.
Quant à François Bayrou du Modem, son faible score de 9.1% démontre qu'il est bien difficile de mener une campagne électorale en quasi solitaire, sans des appuies politiques importants.
Les 2.3% des suffrages obtenus pas Eva Joly, auront prouvé qu'elle n'était pas la meilleure candidate pour le parti de l'écologie puisque, à part occuper son temps à taper sur la tête de Nicolas Sarkozy pour tenter d'exister, elle n'aura rien proposé qui puisse sensibiliser l'électorat.
Le bon taux de participation des électeurs, qui se monte à 80.4%, révèle toute la volonté de mobilisation des français et leur intérêt pour cette présidentielle dont beaucoup aspirent au changement.
 Il y a naturellement plusieurs enseignements majeurs à tirer de cette première manche remportée par François Hollande.

La confirmation du fort rejet de la politique et de la personne de Nicolas Sarkozy est incontestable et son quinquennat a été clairement désavoué.
Ce rejet, qui s’est traduit en véritable vote sanction, paraît bien plus fort que l'adhésion réelle des français au projet de François Hollande, confirmant si besoin était, que n'importe quel candidat socialiste à sa place aurait certainement obtenu un score pratiquement semblable le 22 avril.
Il est difficile de croire, que seule la qualité intrinsèque du programme du candidat socialiste lui a permis de remporter la première manche de cette présidentielle 2012.
Les français veulent "dégager" Nicolas Sarkozy, il n'y a plus aucune doute à ce sujet.
L'accroissement du chômage, la perte du pouvoir d'achat et l’appauvrissement de la classe moyenne, qui ont exacerbé les inégalités sociales, en pleine crise économique mondiale, pèseront surement bien lourd au soir du 6 mai prochain.
Faut-il rappeler qu'aucun dirigeant, de droite comme de gauche, n'a résisté à cette terrible crise lorsqu'il s'est agi d'affronter la loi des urnes ces dernières années ?

L'ampleur des suffrages recueillis par Marine Le Pen est l'expression d'un profond mal être d'une forte minorité de français, dont l'inquiétude dans le domaine sécuritaire et sur l'avenir de la nation, dans une société multiculturelle, devient de plus en plus vive.
Le 22 avril, 1 français sur 5 aura donc voté pour la candidate du FN.
Je ne vais pas m'attarder sur le thème principal de la campagne de Marine Le Pen qui est récurrent et que tout le monde connait, l'insécurité régulièrement associée à l'immigration et à la montée de l’intégrisme.
Celle-ci sera indubitablement parvenue à "dédiaboliser" son parti en employant un discours généralement plus policé que son père, tout en maintenant la stratégie de base du FN.
Le mini raz-de-marée provoqué par le Front National fait donc trembler l'édifice politique de la France dont les dirigeants n'ont pas su trouver les bonnes solutions pour apaiser les peurs et rassurer une certaine catégorie de l'électorat qui ne se retrouve pas ou plus dans les actions et les projets de Nicolas Sarkozy.
Il ne fait cependant aucun doute que dans cette seconde manche de la présidentielle, Nicolas Sarkozy va prendre tous les risques en pratiquant une campagne totalement décomplexée en direction des électeurs de Marine Le Pen.
Il faudra qu'il se montre extrêmement persuasif car, même dans ce parti, le rejet du président sortant est bien présent.
Il est donc probable qu'un pourcentage non négligeable des partisans de Marine Le Pen refusera de s'exprimer au second tour, même s'il y aura certainement plus d’électeurs du FN qui voteront pour Nicolas Sarkozy que pour François Hollande.
D'autre part, dans le contexte actuel, en vue des prochaines élections législatives de juin 2012, Marine le Pen a tout intérêt à souhaiter la défaite de Nicolas Sarkozy qui affaiblirait considérablement la droite et qui devrait alors lui permettre de peser lourdement sur ce nouveau scrutin à 2 tours.

La relative modestie des suffrages obtenus par Jean-Luc Mélenchon, qui aura été la grande révélation de cette campagne électorale, est la preuve flagrante que l’éloquence, les discours grandiloquents et révolutionnaires, alliés à la démagogie tous azimuts, s'ils ont rassemblé, ne semblent pas de nature à tromper durablement un peuple, même frondeur et imprévisible.
Et si Jean-Luc Mélenchon s’est rapidement rallié à François Hollande, le report de voix des électeurs du Front de Gauche se fera naturellement sur le candidat socialiste, avec ou sans son aval.
Jean-Luc Mélenchon, qui est un homme intelligent et rusé, a parfaitement conscience de cela et il sait de surcroît que les 11% de suffrages obtenus, qui constituent une déception certaine par rapport aux espoirs formulés, ne le placent pas en situation de poser des conditions à son ralliement au PS.
Il n'en reste pas moins que l'homme sera remarquablement parvenu à sortir le PCF du gouffre profond et poussiéreux dans lequel il se trouvait depuis de nombreuses années et que sa verve devrait désormais continuer à briller à gauche, chaque fois que la situation l'exigera.

Quant à François Bayrou, malgré les 9% de voix engrangées, qui représentent quand même plus de 3 millions d'électeurs, son rôle d'arbitre sera déterminant.
Son électorat sera donc très courtisé par Nicolas Sarkozy qui ne dispose d'aucune réserve de voix naturelles mais aussi, dans une moindre mesure, par François Hollande qui n’est pas automatiquement assuré de l’emporter s'il venait à trop dédaigner les sympathisants du Modem.
Nicolas Sarkozy va devoir lutter bec et ongle et avec acharnement pour s'attirer les faveurs de la majorité de l’électorat du Modem et du FN.

Eva Joly, qui récolte un peu plus de 2% des voix, n'aura pas réussi à rassembler les adeptes de l'écologie qui sont pourtant de plus en plus nombreux en France.
Son manque de charisme, la qualité médiocre de ses discours et ses projets peu convaincants n'ont pas mobilisé les foules.
Ceux qui l'ont préférée à l'emblématique Nicolas Hulot, lors de la primaire présidentielle écologiste en 2011, n'ont certainement pas été bien inspirés et doivent amèrement regretter leur choix.

Mais quoi qu'il se passe, une victoire du président sortant au second tour, relèverait d’un extraordinaire concours de circonstance, car il souffle déjà dans sa direction un vent très fort, qui transporte les relents de la défaite.
François Hollande, discrètement, a déjà revêtu une partie du costume présidentiel.
Le 6 mai prochain, il lui faudra seulement récupérer la veste pour conclure la partie d'un retentissant échec et mat.
Le candidat socialiste dispose d’une réserve de voix importante qui lui permet d’avancer sans trop de crainte en direction de la fonction suprême.
Aussi, la proposition pour le moins surprenante et maladroite de Nicolas Sarkozy pour l’organisation de 3 débats entre les deux tours avec François Hollande, dévoile de manière explicite la situation de tension interne dans laquelle se trouve le président sortant.
François Hollande a repoussé très fermement cette proposition et L’UMP a beau jeu d’affirmer que le candidat socialiste refuse le débat alors que, depuis 1974, année de la première confrontation des candidats entre les deux tours, il n'y a toujours eu qu'un seul face-à-face dans une élection présidentielle.
Or, on ne peut pas subitement changer ce fameux rituel du second tour sous le prétexte que Nicolas Sarkozy se trouve en grave difficulté.
François Hollande, qui connait les grandes qualités d’orateur de Nicolas Sarkozy, et qui sait qu'il est très compliqué de sortit vainqueur d’un débat contre une telle bête politique, ne commettra pas l’erreur infantile d’ouvrir les portes à une possible relance de son adversaire dans la course à la présidentielle.
Le piège est tout simplement grotesque !
Je terminerai en évoquant le discours de Nicolas Sarkozy le 22 avril dernier, après les résultats du scrutin.
Devant les caméras, plus combatif que jamais, il paraissait serein et détendu, ne montrant pas le moindre abattement, le plus petit doute, alors qu'au fond de lui, il sait que la victoire finale a de grandes chances de lui échapper.
Bien-sûr, son rôle est de continuer à entretenir l’espoir car la campagne du second tour est une autre manche, une autre stratégie mais j’ai cependant été impressionné par ce dynamisme, décidément légendaire, au moment où se dessine probablement un tournant crucial de l’histoire politique de la France.

19 commentaires:

  1. Et oui Phemga, ça sent de plus en plus mauvais pour l'ami Sarko. La vague qu'il sentait venir en sa faveur va l'envoyer contre les rochers et couler sa barque. Il faudrait un miracle pour renverser la tendance. La vraie gueule de bois est pour le 6 mai.

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  2. Sarko va tomber au champ d'honneur !
    Adieu, veau, vache, cochon, couvée...

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  3. Ho là, sortez d'ici oiseaux de mauvais augure.
    Sarko va l'emporter de justesse, coiffant le hollandais au poteau.
    J'en connais un qui disait : On a perdu une bataille mais pas la guerre.
    Il est où celui-là d'ailleurs ?

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    1. A Colombey-les-Deux-Eglises, Eratus !!

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    2. Non! je ne le savais pas. Depuis quand ?
      Qu'est-ce qu'il fiche là bas ?

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    3. C'est normal, c'est très récent.
      Depuis novembre 1970 seulement.
      Il se repose mais il n'aura pas de temps pour sauver le soldat Sarkozy.

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  4. Je pense comme Eratus : Sarko va l'emporter, de justesse c'est sûr ;
    il ne faut pas que ses partisans restent au lit le 6 mai, sous prétexte de neige ou de pluie : sinon çà sera la débâcle, et le grand Charles ni pourra rien : nous ne sommes plus en 194O.
    Vive la France Forte.

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  5. J'ai bien peur que vous n'ayez raison Phemga. Pour Nicolas Sarkozy, les carottes sont cuites. Seul un report massif des voix du FN pourrait le sauver mais il ne faut pas trop y compter.
    J'y croyais encore fermement pourtant avant le 22 avril 20h.
    Il reste en tout cas 12 jours pour espérer un miracle.
    Il peut se passer tant de choses en 12 jours.

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  6. Désolé mais Sarko va dégager, l'alternance va se produire et ça c'est une très bonne chose.
    On n'en peut plus de Sarko. Il a fait beaucoup de conneries et son arrogance est insupportable.
    La seule chose à sa décharge c'est qu'il a géré une très grave crise économique qui n'était pas de sa faute. Le bilan présenté est trop médiocre pour lui laisser une autre chance.
    Circulez, il n'y a plus rien à voir et bonjour Mr Hollande.

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  7. N'enterrons pas trop vite Nicolas Sarkozy.
    Eratus parlait d'une bataille perdue.
    Bien des choses vont se produire pendant 2 semaines et je crois encore qu'il va passer. D'extrême justesse mais il va passer.
    Je n'ai rien de spécial contre Hollande mais malgré ses tentatives d'imiter les intonations de Mitterrand dans ses discours, je n'arrive pas à voir en lui la carrure d'un chef d'état.

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  8. Sarkozy, c'est la continuité de la françafrique.
    Rien n'a changé de ce côté là pendant les 5 dernières années. Hollande lui n'a pratiquement aucune attache avec le continent africain. Il traitera les chefs d'états d'égal à égal et surtout il ne s'amusera pas à reconnaitre des présidents mal élus comme on l'a vu à plusieurs reprises. Je suis pressé que Sarkozy soit sorti et de tourner définitivement la page pour passer à autre chose à d'autres espoirs.

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  9. La victoire semble bien compromise pour Nicolas Sarkozy qui n'a désormais plus aucune marge de manœuvre. Il va devoir piocher un maximum dans les voix du front national et dans celles du modem en priant pour qu'il obtienne environ 60% d'entre elles pour espérer l'emporter.
    Pour les électeurs de Sarkozy, je leur suggère vivement de se rendre à Lourdes.

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  10. Je crois Hugo que ce n'est pas 60% des voix de Marine Le Pen et de François Bayrou qu'il faudrait récupérer pour Nicolas Sarkozy mais entre 70 et 80%. Pour les amateurs de foot, c'est comme si une équipe devait remonter un handicap de 4 buts.
    Les chances de victoire sont donc encore plus compromises qu'on l'imagine.

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  11. Je suis très choquée par le pourcentage des suffrages réalisé par Marine Le Pen. Pratiquement 18%, près de 6 400 000 voix, ça me semble inconcevable. Il faut vraiment que les gens soient désespérés. Et le plus incroyable est qu'ils ne cherchent même plus à rester discrets comme c'était le cas avant. Ceux qui votent pour le FN sont devenus vraiment décomplexés et le revendiquent fièrement à la télé au journal de 20h. Quelque chose m'échappe et j'ai l'impression d'être en total décalage avec la société actuelle que l'on dit moderne. Pour ce qui est de Nicolas Sarkozy, il n'a que très peu de chances d'être réélu et il en est sûrement très conscient. Il n'obtiendra pas les voix du FN espérées car Marine Le Pen à tout intérêt à ce que L'UMP soit très affaiblie pour qu'elle puisse peser considérablement sur l'ensemble de la droite après les élections législatives de juin. Tout cela nous annonce des jours bien difficiles.

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  12. Je pense que nous pouvons dire adieu à Sarko, les français ne lui renouvelleront pas leurs suffrages. La confiance est perdue et le besoin de changement est trop grand. Inutile de se faire des illusions pour ceux qui soutiennent Sarko. L'alternance sera effective à partir du 6 mai et il faudra bien s'y faire. Ainsi va la démocratie.

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  13. Sarkozy est perdu. Le 6 mai au soir, il partira avec l'eau du bain et la fameuse Marine applaudira des 2 mains.
    Pour nous qui vivons sous les tropiques et qui avons l'habitude d'entendre des grands mots pompeux, je dirai que nous assistons avec le FN à l' E M E R G E N C E d'un grand parti fasciste à la mode mussolinienne. Si on regarde bien les choses, on constatera qu'il n'y a pas qu'en France qu'on voit ce phénomène mais un peu partout en Europe. Le monde politique change.

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  14. Bossuet, je ne crois pas que Sarko va tomber au champ d'honneur mais dans celui du déshonneur.
    Il drague tellement les électeurs du fn qu'on va bientôt penser qu'il va épouser Marine le Pen. Quel honte. De toute façon, il se fatigue pour rien car les jeux sont faits.

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  15. Contrairement à ses espérances, Nicolas Sarkozy ne sera pas parvenu à sortir en tête de ce 1er tour. Le message est clair et le désaveu des français est cinglant.
    Le voici donc contraint de jouer dans la cour de Marine Le Pen pour tenter de sauver ce qui peut l'être. Il n'a pas d'autres alternatives, j'en conviens mais je trouve cela vraiment déplorable.
    D'un seul coup, Le Fn devient fréquentable alors qu'il est toujours apparu comme méprisant. L'hypocrisie est à son comble. Le monde politique n'a vraiment aucune morale.

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  16. Avec Sarkozy, ce n'est pas la joie.
    Avec Hollande, on dira : Pauvre France.
    Dans 1 ou 2 ans, nous aurons une frontière commune avec la Grèce.
    Quelle triste époque en perspective.

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