mardi 10 avril 2012

Mélenchon, ce tribun enflammé



Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de Gauche, restera quoi qu’il arrive, comme la grande révélation de la campagne présidentielle de 2012.
Je pense qu’il faut même parler de véritable phénomène Mélenchon tant cet homme, qui partait sur des positions relativement marginales, aura réussi à s’imposer au centre de la scène politique qui mène à l'élection présidentielle.
Jean-Luc Mélenchon apporte à cette campagne, terne et ennuyeuse, une partie des ingrédients qui manquaient pour susciter l'intérêt et la curiosité des français.
Grâce à des talents d’orateur hors norme, tant à Paris qu'à Toulouse, il sera parvenu à mobiliser fortement cette foule des indignés de France, de toutes catégories sociales, alors même que le contenu de ses propositions, qui évite soigneusement les sujets qui fâchent et qui n'évoque que ce que beaucoup de français souhaitent entendre, demeure à contre courant des réalités politiques et économiques de la France.
Son formidable sens du populisme où sont sans cesse brandies des idées prétendument révolutionnaires et sa faculté innée à projeter du rêve, attirent également tous les nostalgiques d’une époque où le radicalisme de gauche, emmené par un fringant parti communiste, tentait de faire croire que le grand frère soviétique, de par ses idéaux, détenait la potion magique pour assurer l'union et le bonheur des peuples de tous les pays.
On sait ce qui est advenu en 1991, de ce grand idéal commun où on a assisté au bal funeste des illusions perdues.
Mais, contre toute attente, en surfant avec panache sur la crise économique de ces 4 dernières années, la plus grande depuis celle de 1929, le personnage aura réussi l’incroyable exploit de ressusciter quelques idées poussiéreuses d'un PCF à l'agonie dont l'insignifiant secrétaire national, Pierre Laurent, parvenait difficilement jusqu’à présent, à le maintenir la tête hors de l'eau.
Le chômage important, la perte du pouvoir d’achat et l’accroissement des inégalités, auront donné au brillant discours de Jean-Luc Mélenchon des arguments chocs dont l'écho résonne encore dans toute la France mais aussi à l'étranger.
Le franc succès qu'il connait, constitue une sorte de revanche personnelle sur le parti socialiste qui ne lui a jamais donné la place qu'il estimait être la sienne alors qu'il a milité de nombreuses années aux côtés de tous les ténors de la rose, après avoir dirigé à Besançon l’Organisation Communiste Internationale.
Ce sont d'ailleurs ces griefs qui ont précipité Monsieur Mélenchon dans la dissidence et à la tête du Front de Gauche, où il retrouve à nouveau ses premiers amours avec le PCF comme principal fer de lance de son action politique.
François Hollande, régulièrement désigné par les sondages comme le prochain président de la République, voit donc ses positions s'affaiblir avec à sa gauche un personnage très revanchard qui, au second tour de l'élection présidentielle, lui vendra très chèrement son soutien.
Le candidat socialiste, qui a parfaitement conscience que toute voix supplémentaire attribuée à celui du Front de Gauche est un électeur en moins dans son escarcelle, devra procéder à des compromis peut-être douloureux pour parvenir à emporter la mise au soir du 6 mai 2012.
Tout dépendra naturellement du pourcentage de voix que Monsieur Mélenchon aura obtenu le 22 avril prochain.
Alors que Marine Le Pen garde de bonnes chances d'être "le troisième homme" de ces présidentielles, la quatrième place ne devrait pas échapper à Jean-Luc Mélenchon avec sans doute 13 à 15% des suffrages qui pèseront d'un poids décisif pour l'avenir politique de François Hollande.
Mais cette réussite soudaine, Jean Luc Mélenchon, grand admirateur de Victor Hugo, ne la doit pas seulement à son éloquence.
La capacité d'organisation redoutable du PCF, aura considérablement contribué à son ascension populaire.
En effet, ce dernier, malgré sa décadence, a toujours gardé un réseau militants puissant et une grande proximité avec les divers mouvements sociaux et syndicaux du pays, la CGT en tête.
Ce parti lui aura donc donné toutes les armes pour mobiliser les foules à grande échelle.
Et à cet égard, le premier grand meeting de la place de la Bastille, dont la gestion irréprochable dans l’affrètement des trains et des cars a permis aux militants provinciaux de se déplacer à Paris en grand nombre, aura été l’élément déclencheur de cette explosion de notoriété.
Bien sûr, quand les organisateurs évoquent la mobilisation sur la place de la Bastille de 120 000 personnes, il convient, comme d'habitude, de rester très prudent en divisant ce nombre par 2.
Quoi qu'il en soit, la question qui se pose aujourd'hui, après le bon spectaculaire de Monsieur Mélenchon dans les sondages, est de savoir s'il pourra continuer à exister dans le temps, après le 6 mai 2012.
Son discours, au sein d'une certaine catégorie de la population qui est en rupture totale par rapport au système politique, interpelle les consciences et véhicule des idées, certes archaïques et irréalisables, mais qui font oublier les frustrations de ces 5 dernières années.
Il faut se souvenir que le peuple français, à défaut de paraître toujours lucide, possède dans ses gènes un sentiment révolutionnaire caché mais toujours prompt à sortir de l'ombre dès qu'une occasion se présente.
Or, cette occasion, c'est Jean-Luc Mélenchon qui l'offre, celui-ci ayant parfaitement su intégrer tout le bénéfice qu'il peut tirer de sa capacité exceptionnelle à s'approprier la rue.
Y a-t'il autre chose de plus révolutionnaire que de s'emparer de la rue pour s'adresser au peuple de France, sur la place de la Bastille, s'il vous plait ?
Nous vivons une époque troublée, où les gens, fragilisés par la crise ont besoin de croire en quelque chose de nouveau, d'emmagasiner de l'espoir pour continuer à se projeter vers l'avenir, malgré le pessimisme ambiant.
Et le discours actuel de Monsieur Mélenchon, formulé avec un rare brio, représente tout ce qu'un certain nombre de français souhaite entendre pour mieux se rassurer, en cette période difficile.
Aussi, je ne crois pas que sa popularité s'effondrera après les élections tant qu'il sera en mesure de fournir de l'espoir et du rêve, tant que la crise ne sera pas définitivement derrière nous.
La seule chance d'observer le phénomène Mélenchon se briser dans les plus brefs délais, serait de le voir gagner la présidentielle.
Les nombreux français qui ne jurent désormais que par lui, redescendraient bien vite sur terre pour s'apercevoir amèrement que son programme n'est qu'une chimère, pour ne pas dire une vaste fumisterie.
Lorsqu'on possède une verve aussi talentueuse que cet homme politique qui incarne un certain renouveau au sein des partis de gauche, il est aisé de fabriquer de toutes pièces un discours fringant, qui enchante les foules désabusées, alors qu'on sait parfaitement qu'on sera dans l'impossibilité d'accéder à la fonction suprême et donc qu'on n'appliquera jamais les mesures proposées dans son programme.
Monsieur Mélenchon est certainement le plus grand démagogue que le monde politique français ait jamais connu depuis Georges Marchais.
Et en politique, la démagogie est une qualité fondamentale pour perdurer à l'ombre du pouvoir, en attendant des jours meilleurs.

10 commentaires:

  1. Mélenchon, qu'on l'aime ou pas, il faut lui reconnaître une grandiose éloquence. Je suis certaine qu'il est le seul homme politique qui serait capable de tenir la dragée haute à Sarkozy dans un débat à deux. Pour ce qui est de son programme, je crois qu'il n'a rien de réaliste et qu'il est bien facile de sortir telle ou telle promesse quand on sait pertinemment qu'on ne sera pas élu.

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  2. Et bien mon Phemga tu m'épates! Toi qui exècre tout ce qui touche au communisme, je t'ai trouvé très modéré dans tes propos envers Mélenchon et le Pcf, même si j'ai cru déceler par ci et là des difficultés certaines à te contenir, lol.
    Moi j'enverrai bien le Mélenchon visiter un ancien goulag en Sibérie, juste pour avoir son opinion sur le confort des chambres.

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  3. Mélenchon est vraiment très fort dans sa démarche et à lui tout seul il va remettre le PCF sur les bons rails. On pensait que ce parti était pratiquement mort mais il ne faisait que sommeiller en attendant le remplaçant de Marchais qui vient donc d'arriver en la personne du candidat du FG.
    Ce n'est pas une bonne nouvelle pour Hollande qui aura, s'il est élu, des problèmes avec cet homme au caractère bien trempé, qui voudra sa part du gâteau et qui va lui pourrir la vie. En attendant on dirait que Sarkozy et Hollande vont s'inspirer de la méthode Mélenchon puisqu'ils vont eux aussi organiser des meetings dans la rue. Je suis curieuse de voir ce que cela va donner. Il sera très dur d'égaler le charisme de Mélanchon.

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  4. Rogange, peut-être que Phemga a succombé au discours prolétarien de Mélenchon.
    Plus sérieusement, je crois surtout que notre blogueur essaie de nous dire qu'une partie des français sont bien naïfs pour croire qu'un tel homme, malgré son succès, peut représenter l'avenir. les surdoués des grands discours politiques sont souvent de grands illusionnistes.
    Sarkozy n'est pas mal non plus dans ce domaine.

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  5. Je l'aime bien Mélenchon. Je ne voterai pas pour lui car sa casserole communiste m'indispose sérieusement mais ses discours imposent la réflexion même si certaines idées sont abracadabrantes et purement électoralistes.

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  6. Ok, c'est vrai que Mélenchon cartonne ces derniers temps et que sa popularité est une surprise mais imaginez-vous un seul instant ce type au pouvoir? Tous ces cocos ou pseudo cocos qui avec la Cgt fomentent des grève pour un oui ou pour un non, qui refusent toute réforme seraient bien ennuyés. Avec Mélenchon, il n'y aurait plus de grève possible et ils ne pourraient plus cracher leur morgue contre celui qui est au pouvoir sous peine de sanctions.
    Vous avez déjà vu quelque part un pays communiste où le droit existe?
    Citez donc m'en un seul!
    Ce type brasse du vent et se sert de la crise pour gagner en popularité grâce à un bagou d'enfer.

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  7. En attendant la popularité de Mélenchon sert les intérêts de Sarko et Hollande ne semble plus aussi serein. Il n'est pas désagréable à écouter le Mélenchon mais il faut l'écouter seulement et rien de plus. Seuls les grands rêveurs peuvent voter pour lui. Malheureusement, comme l'indique Phemga, par ces temps incertains, les gens ont besoin de rêve. Le rêve ne met pas de soupe dans le bol.

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  8. Moi Mélenchon, il ne me fait pas b.....
    Ca serait plutôt la panne sèche de ce côté là.
    Ses propositions ne tiennent pas la route et ne sont que démagogie pour engranger des voix et casser les pieds de Hollande.
    Que Dieu nous garde d'avoir un tel individu un jour comme président. Cela finirait en guerre civile car qui dit communisme dit privation de toutes les libertés. Je ne suis pas tout à fait certain qu'il soit réellement communiste d'ailleurs même s'il transpire l’intolérance.

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  9. Exact Phemga, Mélenchon va durer et il continuera de fortifier ses positions après l'élection présidentielle. Son extraordinaire éloquence attire irrésistiblement les foules, celles que vous appelez les indignés de France. Ils sont nombreux tant le rejet de Sarkozy est fort. Pour l'instant, sa popularité dérange Hollande qui n'a pas d'autre choix que de la subir. De plus, il ne peut même pas répliquer aux attaques de Mélenchon s'il veut au second tour profiter massivement de ses voix. Mélenchon détient les clés du succès Hollande.
    J'en connais un qui doit trouver la situation assez plaisante, n'est-ce pas Monsieur Sarkozy?
    Il ne devrait pas trop se réjouir pourtant car même en remportant le premier tour, le report des voix, à moins d'un miracle, ne lui sera jamais favorable.
    Je crois que Sarkozy sous estime largement le rejet des français à son égard.

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  10. Il vrai que Jean-Luc Mélenchon donne plus du rêve que de réelles solutions pour sortir la France de la crise. Les gens sont tellement inquiets qu'ils ont besoin de rêver, de s'échapper de la réalité et c'est justement cela que Mélenchon leur apporte.
    Quand on croit en Dieu, pourquoi ne pas avoir la foi en ce nouveau tribun. Lui au moins existe vraiment et on peut le prouver.

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