mercredi 16 mai 2012

L'inexplicable disparition de la chronique de Jean-Baptiste Placca sur RFI



Radio France International (RFI) aura donc décidé, à la grande surprise de ses nombreux auditeurs, de supprimer la fameuse chronique de Jean-Baptiste Placca que chacun pouvait écouter, pendant près de 3 minutes, la samedi matin depuis novembre 2007.
Régulièrement, Jean-Baptiste Placca nous enrichissait de ses analyses et de ses réflexions souvent acerbes mais ô combien pertinentes sur l'actualité africaine.
Les sujets, divers et variés, dénonçaient les influences et les intérêts politico-économiques des grands personnages ou prétendu comme tel, les conséquences de la corruption ou des usurpations de pouvoir, les méthodes douteuses de la France mais aussi évoquaient les bienfaits de la démocratie et de certaines actions salvatrices pour le continent.
Les chefs d'états africains exprimaient régulièrement leur courroux auprès de RFI car, chacun le sait parfaitement, toute vérité n'est que rarement bonne à dire.
Etonnament, c'est après sa chronique sur le drame scandaleux de l'explosion du dépôt de munitions installé au milieu de la population dans la capitale Congolaise, Brazzaville, le 4 mars dernier, que Jean-Baptiste Placca s'est vu signifier l'arrêt de celle-ci à compter du 13 mai 2012.
Cette chronique incendiaire entendue sur les ondes le 10 mars, dont le titre était :
"Un peuple piégé par ses propres dirigeants", aurait fortement déplu au dictateur en place.
Et la menace de fermeture de l'émetteur de RFI au Congo, juste après la diffusion de l'article de Jean-Baptiste Placca, ne semble pas être une simple coïncidence, comme cherche à nous le faire croire la radio française.
On suppose, mais cela ne reste qu'une simple supposition, que l'homme fort du régime local serait intervenu auprès de ses relations parisiennes pour que des représailles soient engagées contre le journaliste qui "sévissait" depuis trop longtemps chez RFI.
La plupart des gens qui écoutaient cette chronique très populaire et qui était régulièrement reprise par de nombreux journaux africains et certains médias français très connus, regrettent amèrement cette suppression, ne la comprennent pas et demandent des explications à RFI qui s'enferme dans un silence coupable et assourdissant ou évoque un changement de la grille des programmes, raison fallacieuse qui ne trompe personne.
Quant au sujet qui aurait déclenché l'arrêt de la chronique, l'explosion de la poudrière de Brazzaville, cette tragédie aurait fait beaucoup plus de victimes que ne l'indique la version officielle et ne serait pas forcément un accident comme on voudrait le faire croire à l'opinion publique.
Mais de cela, RFI ne dit rien, sans doute faute de preuves mais surtout par manque de courage.
Quand on sait que le Congo, immensément riche grâce à la manne pétrolière, indépendant depuis 1960, ne dispose que de quelques misérables hôpitaux gravement sous-équipés, que depuis plusieurs décennies, l'eau, le minimum vital à la vie, est une denrée rare sur tout l'étendue du territoire, que l’électricité accuse des défaillances quotidiennes insupportables, on peut se faire une idée assez précise sur la valeur morale et le sens du patriotisme de l'individu qui préside aux destinées d'un pays où, pendant 33 ans, il aura fait régner sa loi en fonction de ses intérêts personnels et de ceux des charognards milliardaires blancs, jaunes et noirs qui se sont goulûment engraissés des miettes qu'il aura "généreusement" bien voulu leur laisser.
Le fait qu'il soit plausible qu'un journaliste de talent comme Jean-Baptiste Placca ait été congédié pour le bon plaisir d'un chef d'état corrompu jusqu'à la moelle est insupportable.
Mais le plus intolérable dans cette triste affaire, est qu'une radio qui se veut mondiale et qui se prétend indépendante, ait pu éventuellement recevoir ses ordres d'un roitelet totalement déconnecté des réalités de son pays, infiniment plus intéressé par son image que par le bien-être de son propre peuple.
Et je me demande aujourd'hui quel crédit désormais apporter aux informations africaines véhiculées par RFI dont les sérieux soupçons de capitulation, devant le diktat d'un pitoyable despote, sont une honte pour l'ensemble des médias français.
La porte qui mène aux violations constantes de la liberté d'expression s'est de nouveau ouverte et RFI, par son comportement, a probablement remis les clés de la serrure aux tyrans du continent africain.
Merci, en tous les cas, à Jean-Baptiste Placca, que j'aurais tant aimé côtoyer, pour toutes ces vérités qui nous ont régulièrement éclairés sur la nature humaine mais aussi, à RFI, et oui, pour nous avoir permis de croire, pendant près de 5 ans, qu'il était possible de dénoncer impunément les nombreuses infamies perpétrées par certains puissants salopards de la planète, au détriment de ceux qui souffrent et qui n'ont que très peu d'espoir de voir leur sort s'améliorer.
Le ton de sa chronique, unique en son genre, était rafraîchissant à souhait et démontrait régulièrement aux yeux de tous, que l'homme reste un irréductible prédateur pour ses semblables.
Et le type là-bas qui gouverne le pays de mon enfance en est un pur exemple.

http://www.rfi.fr/emission/20120310-congo-peuple-piege-propres-dirigeants



16 commentaires:

  1. Quand phemga pousse un coup de gueule, ça déménage!
    Je ne connaissais pas JP Placca mais j'ai écouté ce soir ses nombreuses chroniques sur Rfi. C'est vrai qu'il ne mâche pas ses mots, mais ses propos sont pétris de vérité et de bon sens. Je crois que Rfi a beaucoup perdu en se séparant d'un tel bonhomme mais les intérêts d'une entreprises sont souvent plus importants que les hommes qui la composent.

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  2. Je vous reconnais bien dans cet article Phemga, toujours prompt à s'insurger lorsque les injustices son avérées. J'espère que vous n'avez pas l'intention d'aller au Congo prochainement.
    Je lisais sur la toile la situation économique du Conga Brazza et ce n'est effectivement pas brillant pour un pays pétrolier, après plus de 50 années d'indépendance. C'est un peu le même cas pour les autres états africains où l'amour du pays des dirigeants n'est qu'une symbolique qui ne vise qu'à manipuler le peuple. Triste Afrique tout de même, prise entre les coups d'états et la voracité des différents dirigeants qui maintiennent la population dans la pauvreté. Heureusement, le Sénégal est là pour rappeler qu'il faut toujours garder l'espoir.

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  3. Installer une poudrière en pleine ville démontre vraiment que le type qui commande le pays a une case en moins et méprise la population comme jamais. J'ai écouté la chronique de Mr Placca qui est très intéressante. J'émettrai quand même des réserves lorsqu'il dit que le chef d'état major congolais aurait dû être limogé et le ministre de la défense aurait dû démissionner. Le seul responsable de l'horreur qui est survenue est le type qui tient le pays. Les autres ne sont que les exécutants d'un ordre présidentiel tout simplement. Comme quoi, Mr Placca avait quand même un certain sens de la mesure pour ne pas accuser directement le vrai responsable de cette boucherie. Rfi par contre s'est certainement ridiculisé auprès de ses auditeurs en virant un tel journaliste si apprécié par ses auditeurs.

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  4. Bon Phemga, ne va pas au Congo ces prochains mois car c'est sûr les anciens marxistes léninistes et communistes de ce pauvre pays qu'est le Congo t'attendent de pied ferme pour t'exploser. Tu n'as pas pu t'en empêcher n'est-ce pas? Il a fallu que tu la ramènes avec tes vérités mon frère. Je ne te propose pas de prendre la place de Jean baptiste Placca à Rfi car avec toi les roitelets du continent n'attendraient pas 5 ans pour te faire dégager.
    bon, inutile de te dire que malgré tout, je suis bien d'accord avec toi sur ce que tu dis.
    Dis donc, prendre des gants, tu sais ce que cela veut dire ?

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  5. Et si le président congolais n'avait rien à voir avec la décision de Rfi ?
    Vous écrivez souvent au conditionnel, ce qui prouve que vous prenez quelques précautions d'usage. Cela signifie bien qu'il existe, même chez vous, des doutes.
    Je vous trouve donc un peu dur dans vos propos même si je me doute bien que le personnage que vous mettez directement en cause est tout sauf un enfant de cœur et un bon président.

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  6. C'était un vrai plaisir de suivre la chronique de Jean Baptiste Placca dont les vérités ne plaisaient pas aux grands africains. Ils sont donc parvenus à s'en débarrasser et cela n'est pas à l'honneur de Rfi. Quand cette radio ne fait pas la grève à tout va elle licencie ses meilleurs éléments. Elle donne une mauvaise image de la France qui n'avait pas besoin de cela.

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  7. Et bien Phemaga, le type là bas qui gouverne le pays de votre enfance, vous ne l'avez pas raté.
    Si ce monsieur est vraiment responsable du départ de Jean Baptiste Placca c'est quand même très inquiétant pour la liberté d’expression. Rfi doit avoir quelques intérêts non négligeables au Congo pour céder comme cela au chantage de la coupure de son émetteur. J'ai écouté quelques chronique de Jean baptiste Placca et il est très agréable de l'entendre s'exprimer sur les actualités africaines. Tout en restant très poli, il n'en dévoile pas moins quelques lourdes vérités visiblement dures à accepter par certains personnages puissants de l'Afrique.

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  8. J'ai écouté en direct samedi dernier la dernière chronique de jp Placca et on sent bien qu'il se passe quelque chose d'anormal chez Rfi puisque la femme qui annonce sa dernière chronique le fait de manière très laconique, sans aucune explication, comme si cela coulait de source que tout devait s'arrêter. J'espère que Placca nous éclairera prochainement sur les vraies raisons de son départ. Pauvre Afrique, triste Rfi.

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  9. Dans ce genre de démocratie bananière, il y a toujours un puissant pour faire taire les voix de la vérité. Personne n'y peut rien et c'est terriblement regrettable. Comme vous l'avez écrit Phemga, le plus intolérable dans cette histoire est qu'une grande radio comme rfi se soit laissée embarquer dans un chantage à la fermeture de l'émetteur. Comme quoi, un journaliste même très bon n'est rien à côté des intérêts économiques.

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  10. J'ai vu sur la toile qu'il circulait une pétition en faveur de la chronique de Mr Placca.
    Qui sait si celle-ci ne contribuera pas à faire revenir rfi sur sa décision? On peut toujours rêver.

    http://www.gopetition.com/petitions/p%C3%A9tititon-en-faveur-de-la-chronique-de-jean-baptiste-p.html

    Les raisons invoquées par rfi après la suppression de la chronique de Mr Placca ne sont vraiment pas convaincantes puisque cette radio parle de la mise en oeuvre d'une nouvelle grille des programmes.
    Façon très diplomate de remercier le journaliste.
    Une belle mentalité de pourris !

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  11. Triste fin pour un chroniqueur de grande qualité. Un sacré monsieur qui va manquer à de très nombreux auditeurs africains. Une fois encore l'oppression a pris le dessus sur la liberté d'expression. Le printemps arabe n'a pas voulu franchir l'équateur.

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  12. Phemga, j'ai été très surprise et très déçue que vous n'ayez jamais fait d'article sur le drame de Brazzaville en mars dernier. Il y avait beaucoup à dire sur cette explosion, sur la mentalité de ce chef d'état et sur ceux que vous appelez les charognards qui gravitent autour de lui. La manière dont vous en parlez dans votre nouvel article, me donne encore plus de regrets qu'il n'y ait eu aucune ligne en son temps consacrée à l'explosion de ce dépôt de munitions qui a fait des centaines de morts et des milliers de blessés. Je ne voudrais pas être médisante mais le sort de Jean Baptiste Placca aussi regrettable soit il n'est que de la rigolade à côté de tous ceux qui sont morts et qui ont terriblement souffert de la connerie criminelle de leurs dirigeants. Moi aussi, je pousse mon coup de gueule car, je sais que vous auriez pu dire beaucoup de choses à votre manière et que celles-ci n'ont pas été dites. Dommage, vraiment dommage.

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    1. Vos observations sont tout à fait pertinentes Vero333.

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  13. Ce n'est pas la première fois qu'un journaliste se fait virer par une radio ou une télé pour avoir déplu à un tyran. Il a encore de la chance car il pourrait croupir dans une prison congolaise. Je pense que Jean-Baptiste Placca saura rebondir car il a beaucoup de talent.

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  14. Placca a été sacrifié pour calmer la colère de Sassou. Et comme vous l'avez indiqué, Rfi a ouvert une porte pour que le moindre petit dictateur puisse utiliser le chantage afin de virer tout journaliste qui oserait un peu trop critiquer son régime. Heureusement que le déshonneur ne tue pas sinon Rfi n'existerait plus aujourd'hui

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  15. Je suis très étonné qu'une radio aussi connue que rfi se laisse dicter sa politique de l'information par un chef d'état dont 99.9% de la population mondiale ne saurait même pas situer le pays sur une carte. C'est dire son importance. Ce type doit avoir des amis très haut placés qui eux ont été à même de faire pression sur rfi. Je n'avais jamais entendu parler de jb Placca avant votre article Phemga mais depuis, cela a changé. Sa chronique était vraiment de haute volée et on peut comprendre qu'elle pouvait de temps en temps déranger car ce journaliste ne sait pas ce qu'est la langue de bois. Ce qui est arrivé est préjudiciable pour la réputation de rfi et laisse bien sûr une porte ouverte à tous les abus. Ceci étant votre article lui fait une bonne publicité, surtout pour ceux qui comme moi n'écoutent jamais rfi et qui ne le connaissaient pas.

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