samedi 7 juillet 2012

Mali : La terreur islamique au nom de Dieu



Alors que les Nations Unies et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) continuent d'hésiter sur la stratégie à adopter pour s'opposer aux groupes armés islamistes chapeautés par Ansar Eddine et Aqmi dans le Nord-Mali, les nouveaux talibans de l'Afrique poursuivent, dans la ville mythique de Tombouctou, leur œuvre de destruction systématique des mausolées des saints de l’islam et autres trésors culturels de la région.
Leur folie dévastatrice, guidée par un obscurantisme effréné, datant du moyen-âge, ne trouve plus aucune limite.
Les populations dont les villes ont été envahies par ces immondes barbares, sont martyrisées et leurs droits les plus élémentaires bafoués au nom d'une impitoyable charia imposée par la loi des armes.
Mais le fait le plus grave, qui va conditionner l'avenir à moyen terme du continent africain, est l’incrustation progressive d'un immense sanctuaire du terrorisme islamique qui, au nom d'un prétendu dieu, se prépare peu à peu à régner en maître absolu sur des régions entières afin de propager, dans le monde, par la terreur, sa doctrine infâme.
Et chaque jour qui passe rend plus fort ces groupuscules, lourdement armés, qui ont parfaitement su profiter de l'instabilité du Mali pour s'emparer du nord du pays, au détriment même de leurs alliés touaregs du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) qui se battaient pour gagner leur indépendance.
La plupart des états africains est aujourd'hui convaincue qu'une intervention militaire s'impose désormais pour tenter de mettre un terme définitif à l'invasion islamique dans la région.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté jeudi dernier, à l'unanimité, une résolution qui soutient les efforts de la CEDEAO et de la communauté africaine pour trouver une issue à la crise et laisse donc la porte ouverte à une éventuelle intervention militaire.
Mais rien de précis n'a été foncièrement décidé et la politique de l'attentisme semble donc de rigueur au sein d'une communauté internationale désemparée devant une situation de moins en moins maîtrisable.
Effectivement, comment se positionner politiquement alors qu'il y a d'un côté, à Bamako, un gouvernement malien de transition, illégitime car issu d'un coup d'état, et de l'autre des islamistes extrêmement déterminés, à la cruauté avérée, qui sont parvenus à évincer facilement les rebelles touaregs du MNLA pour s'approprier le Nord-Mali ?
Pourtant, au regard de la gravité de la situation, endiguer les réseaux islamistes au Nord-Mali constitue une priorité stratégique quasi absolue.
Il parait donc urgent d'agir rapidement pour stopper, coûte que coûte, cette avancée de l’obscurantisme qui ne menace pas seulement toute une région du continent africain mais également les intérêts et la sécurité des pays occidentaux.
Faut-il rappeler qu'Aqmi considère l'Europe, et la France en particulier, comme ses principaux ennemis ?
Il est nécessaire de reconnaître cependant qu'une intervention militaire de la CEDEAO, qui devrait être soutenue logistiquement par la France et les Etats-Unis, avec l'accord de l'ONU, peut entraîner une régionalisation du conflit.
En effet, tous les états voisins du Mali abritent des communautés touaregs dont le désir d'indépendance est plus fort que jamais depuis que l'armée malienne a été boutée piteusement hors de la région.
Une action militaire qui remettrait donc en question la volonté d'indépendance touareg dans le Nord-Mali, serait source d'une nouvelle rébellion dont l'ampleur et les conséquences ne peuvent être véritablement mesurées.
Il est bien évident qu'il ne s'agit pas de déclencher une guerre contre le peuple touareg mais de chasser les islamistes radicaux qui représentent tout ce qu'il y a de plus innommable dans la nature humaine.
Alors que les touaregs sont désormais eux mêmes victimes des bandes islamistes qui, contre leur gré, ont pris possession de l'ensemble du Nord-Mali, peut-être serait-il bon de rechercher directement avec le MNLA des solutions qui permettraient à une intervention militaire extérieure de se réaliser dans l'unique but de mettre hors d'état de nuire ces bandes armées qui sèment la terreur.
Je n'oublie pas l'Algérie qui a un rôle majeur à jouer dans cette crise, celle-ci ayant une frontière commune de 1 300 kilomètres avec le Mali et disposant d'une expérience longue et douloureuse des islamistes qui ont longtemps ensanglanté son territoire.
Mais la frilosité déconcertante de l'Algérie dans le conflit du Nord-Mali, où dans l'éventualité d'une intervention étrangère,  elle semble plus préoccupée par la préservation de son influence dans la zone que par le danger que représentent les groupes islamiques, n'est pas du meilleur effet et incite à la prudence, voire à la méfiance.
L'heure n'est plus aux tergiversations interminables, constituées de mesquineries de bas étages et de d'orgueil démesuré où seule prime la sauvegarde des zones d'influence, mais à l'initiative coordonnée d'un ensemble d'états pour éradiquer une grave menace internationale.
Il serait en tous les cas fort souhaitable que l'Algérie participe à une éventuelle intervention de la CEDEAO car son potentiel militaire et ses connaissances du terrain sont considérables.
Cela dit, il est impossible d'évoquer la présence des islamistes d'Ansar Eddine et d'Aqmi dans le Nord-Mali, sans revenir sur le conflit libyen en 2011.
Et dans ce cas précis, l'honnêteté doit commander sans ambages.
On ne pourra que reconnaître humblement que l'intervention occidentale en Libye, qui a brisé le régime de Kadhafi, est la source directe de l'avènement de cette terreur islamiste radicale qui sévit à présent dans la région du Sahel.
Il est certes facile aujourd'hui, avec les données qui sont en notre possession, de jeter l’opprobre sur les occidentaux, sachant qu'une intervention en Libye, au-delà des intérêts économiques évidents, a certainement sauvé des dizaines de milliers de gens d'un massacre certain.
Moi même ait exprimé un soutien massif à une intervention militaire pour éliminer le régime de Kadhafi; mes précédents articles sur le sujet en sont édifiants, mais il a sans aucun doute été commis des négligences politiques et stratégiques gravissimes dans le suivi des évènements post-conflit.
Dans le souci de ne pas interférer dans les décisions des nouvelles autorités libyennes, une trop grande mansuétude aura sans aucun doute été accordée aux insurgés.
Or, ceux-ci étaient abondamment infiltrés par les islamistes proches d'Al-Qaïda, dont l'objectif majeur était de profiter de la situation chaotique pour monter rapidement en puissance, en s'emparant d'une partie importante des arsenaux laissés à l'abandon par les troupes défaites de Kadhafi.
Il faut se souvenir également que des milices islamiques ont combattu du côté du régime libyen avant de se retirer en direction du Mali, non sans avoir pillé, elles aussi les arsenaux.
Ainsi, tous ces "braves gens", après s'être entre-tués, se sont octroyés une capacité militaire redoutable, avant d'établir des alliances de circonstance.
Les services secrets occidentaux étaient parfaitement conscients de cette situation mais rien n'a été tenté pour contrer les actions des bandes islamistes qu'il aurait été possible de surveiller par satellite et d'éliminer en partie, au moment de leur retrait de Libye pour rejoindre le Nord-Mali et s'allier avec les touaregs du MNLA.
Cette opération aurait certainement coûté très cher par les moyens de surveillance engagés, à terre comme dans les airs, mais elle aurait certainement porté ses fruits à plusieurs occasions et permis de limiter les dégâts à venir.
Incontestablement, le Mali récolte donc aujourd'hui les fruits d'une très mauvaise appréciation occidentale des évènements qui ont suivi la chute de Kadhafi.
La réussite des islamistes dans leur objectif s'est ainsi avérée totale et, il faut le dire, si ces sinistres individus ne montrent pas plus de respect pour les préceptes de l'islam qu'ils en ont pour un vulgaire troupeau de moutons, leurs chefs ont démontré une intelligence stratégique remarquable en profitant pleinement d'une situation propice à leurs intérêts pendant et après le conflit libyen.
Et cette ingéniosité, placée uniquement au service du mal, risque d'engendrer des dommages d'une ampleur inégalée dans l'histoire du terrorisme international si rien n'est entrepris pour y mettre un terme dans les semaines à venir.
En attendant, la "talibanisation" du Sahel est en marche et rien ne semble en mesure de l'arrêter.
De la même manière que nous avons laissé Hitler monter en puissance dans les années 30 sans réagir, avec les conséquences que nous connaissons, nous continuons de négliger les leçons de l'histoire qui pourtant demeurent une formidable indication de ce que l'homme, dans son abjection la plus aboutie, est capable de réaliser contre ses semblables, au nom de ses propres délires.

15 commentaires:

  1. Au nord du Mali, le temps joue pour les islamistes. Plus il passe et plus ils renforcent leurs positions dans les principales villes conquises. Si les organisations africaines, sous l'égide de l'Onu, parviennent à monter une opération militaire, il faudra beaucoup de soldats pour récupérer un territoire immense et la logistique française et américaine ne sera pas de trop pour aider les pays africains à se rendre maitres de cette partie du Sahel. Sans doute que des forces spéciales occidentales devront faire elles mêmes le ménage dans l'ombre pour précipiter les évènements du bon côté. Nous n'avons pas fini d'entendre parler de terrorisme.

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  2. C'est exact Phemga, les occidentaux et les français surtout sont responsables de cette pagaille pour avoir détalé dès que Kadhafi a cassé sa pipe. C'est à eux maintenant de réparer les erreurs commises en aidant largement la cedéao si une intervention armée était décidée. Ils ne peuvent pas se laver les mains de ce qui arrive au Mali d'autant plus qu'ils ont des intérêts très importants dans la région du Sahel. Hollande va être obligé de rattraper les bêtises de Sarkozy.

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  3. Je suis d'accord avec vous Ndolé, la France a des responsabilités importantes dans les malheurs du Mali. En organisant sa guerre contre Kadhafi, elle a permis, même involontairement, la montée en puissance des islamistes dans la région du Sahel. Elle doit donc s’affairer pour aider à résoudre le problème quitte à envoyer ses soldats sur place pour un nettoyage en bonne et due forme. Elle a mis le bordel dans la région et c'est à elle de passer la serpillière. Les maliens en ce moment ne portent pas les français dans leur cœur car ils sont bien conscients de cette vérité. On va donc voir ce que va faire le président Hollande si l'Onu donne son aval pour une intervention.

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  4. Moi je me demande qui occasionne le plus de nuisances au Sahel entre les islamistes demeurés et la France qui bousille kadhafi et qui se fait la valise aussitôt que le type a rendu l'âme. Si Sarkozy n'avait pas voulu faire la guerre à Kadhafi, il n'y aurait pas d'islamistes au nord du Mali. C'est un fait certain. Donc, la cédéao ne doit pas s'aventurer dans la zone sans entrainer les français dans la guerre pour qu'ils réparent leurs conneries.

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  5. Phemga inciterait-il à une nouvelle croisade, lol ?
    Plus sérieusement, si on laisse ces sales types s'installer tranquillement au nord Mali, l'avenir va être sanglant. La zone investie est suffisamment grande pour abriter quelques centaines de futurs otages tout en parvenant à les cacher sans trop de difficultés. Tristes perspectives à venir.

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  6. Je ne dis pas que la France n'a aucune responsabilité dans les malheurs du Mali puisqu'elle a été à l'avant garde du conflit en Libye avec les conséquences que nous constatons mais ce n'est pas elle qui a fait un coup d'état à Bamako et qui a fragilisé le pays. Ce n'est pas elle qui a été incapable de résister à quelques centaines de combattants.
    Tous ces militaires de pacotille qui jouent les Rambo à Bamako face à des civils désarmés ont montré au monde leur réelle valeur devant les insurgés du nord. 0+0 = 0
    Le problème en ce moment, ce n'est pas d'accuser tel ou tel pays mais de s'allier pour mettre un terme à l'invasion de ces islamistes qui donnent une image catastrophique de l'islam.

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  7. Ndolé, la responsabilité de la France dans les déconvenues du Mali n'est pas contestable. Phemga a souligné ce fait en évoquant le rôle des occidentaux en Libye, tout en ayant pris soin de ne pas citer directement la France. Mais il faut reconnaître aussi que l'armée malienne n'a pas su défendre efficacement son pays. Elle a été balayée sans difficultés sur son propre terrain. Ce qui se passe dans le nord du Mali concerne directement la sécurité des occidentaux. Ils doivent donc aider la communauté africaine à monter une opération militaire bien structurée pour chasser ces islamistes. Mais le temps presse et pendant que l'onu tergiverse, les bandits islamistes continuent de narguer le monde entier.
    Il faut espérer que ceux qui rient aujourd’hui pleureront de toutes leurs larmes demain.

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  8. La responsabilité de la France sur les évènements au nord du Mali s'appelle des dégâts collatéraux.
    Ils sont regrettables mais il faudrait demander aux milliers de gens assiégés à Benghazi en 2011, voués à une mort certaine ce qu'ils pensent de l'intervention occidentale et notamment française.
    La réponse n'aurait rien à voir avec les accusations que nous lisons dans les présents commentaires.

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  9. Il faut envoyer Sarkozy négocier directement avec les islamistes. Il n'a plus rien à faire donc son temps n'est plus compté. C'est lui qui est responsable de tout ce bordel. Il n'a qu'à s'expliquer directement avec le grand chef d'Ansar Dine.

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  10. Je ne suis pas persuadé que le Mali retrouve un jour son territoire du nord car il se pourrait bien que dans le cadre de la sauvegarde des intérêts occidentaux dans la région, un accord entre les touaregs et ceux-ci se fasse sur le dos même de Bamako. Un accord qui verrait les occidentaux, la cédéao et les touaregs s'entendre pour chasser les islamistes est probable. Mais avant cela, les touaregs exigeront des garanties sur la préservation des territoires déjà conquis où du moins sur une grande partie d'entre eux.
    Et au final, le grand perdant pourrait dont bien être le Mali qui a montré toute son incapacité à défendre son territoire du nord.

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  11. Après la guerre dans les montagnes en Afghanistan, avec l'échec relatif que l'on connait, voici que se profil à l'horizon la guerre du désert. Il n'est pas sûr que celle-ci soit plus facile à mener car pour faire le ménage, il ne va pas falloir seulement procéder à des bombardements aériens mais envoyer aussi des forces aguerries sur le terrain. Et cela, je doute beaucoup que l'ami Hollande le permette même si des terroristes islamistes jouent les rois du désert à quelques 2000 km de la France. Quand on réfléchi bien, les talibans ont des capacités de nuisance bien moins importantes que les islamistes qui se sont emparés du Nord Mali. Les talibans eux, si on les laisse tranquille, ils nous ficheront la paix. Quant aux autres dingues islamistes du Mali, ils ne vont pas tarder à s'occuper des intérêts occidentaux dans la région et à venir nous chatouiller les tympans du côté de Paris.

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  12. Une petit missile thermonucléaire lancé d’une sous-marin au large du Sahara Occidental ne règlerait-il pas le problème définitivement ?
    Ok je m'en vais. Je disais ça à tout hasard.

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  13. Phemga, vous évoquez des négligences et des mauvaises appréciations de la part des occidentaux dans la gestion du conflit libyen, pour expliquer les malheurs du Mali mais moi j'emploierai plutôt les termes de non assistance à pays en danger.
    Vous faites vous même et de manière très honnête, référence aux services de renseignements occidentaux qui savaient ce qui se passait. Cela n'a pas fait bouger les européens ni les américains. Après la chute de Kadhafi, ce qui arrivait ailleurs au Sahel n'avait plus d'intérêts pour les occidentaux. Ils risquent de payer très cher leur attitude car les voilà désormais devant un problème qui va s'avérer bien plus dangereux que ne l'était Kadhafi : le terrorisme international dirigé par Aqmi, maître des 2/3 du Mali et armé jusqu'aux dents.

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  14. Contrairement à l'Afghanistan qui est si loin, le Mali est relativement proche de l'Europe. Si les européens devaient s'engager avec certains pays africains dans une guerre du désert, avec une principale tête de pont à Bamako, les difficultés humaines et matérielles pour mener le conflit seraient de bien moindre importance. Pourtant, ça ne serait pas une sinécure car les islamistes connaissent le pays comme leur poche et sûrement toutes les cachettes du coin

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  15. Une guerre s'arrête quelque part pour reprendre ailleurs et ainsi va la vie des hommes. Quelle triste existence dans ce monde sans pitié où le plus grand sport consiste à tuer son prochain.

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