jeudi 23 août 2012

Amiens : La gauche face à ses premières émeutes



Quelque soit la sensibilité politique d’un gouvernement, la gestion de la violence urbaine restera toujours extrêmement délicate, tant le risque de débordements graves et d’accusations de toute sorte est élevé dans un milieu où seule la logique d’affrontement prime sur toute forme de dialogue.
Pourtant, il me semble que depuis longtemps l'état n'est plus en mesure de répondre efficacement aux problèmes de violence générés par notre civilisation décadente et se montre donc incapable de protéger les biens de ses propres citoyens, surtout les plus économiquement fragiles.
Dans les récentes émeutes d’Amiens, dont le quartier nord, classé récemment par le gouvernement en "zone de sécurité prioritaire", est gangréné par des violences quotidiennes, on ne dénombre pas moins de 16 policiers blessés par des jets de pierres ou pire, des cartouches de chevrotine, des dizaines de véhicules brûlés et des bâtiments publics, dont une école maternelle et un centre sportif, détruits par le feu.
Les dégâts occasionnés se chiffrent en plusieurs millions d’euros.
De nombreux habitants effrayés, lasses de cette insécurité permanente, rêvent depuis longtemps de quitter définitivement leur foyer, pour vivre sous des cieux plus cléments.
Faute de moyens, ils n’ont cependant pas d’autres solutions que de poursuivre leur triste existence, en proie à une inquiétude angoissante qui confine souvent à la terreur.
Et comme d’habitude, après de tels incidents, les versions diffèrent entre les forces de l’ordre et certains habitants du quartier sur l'origine des hostilités.
Mais rien, strictement rien ne peut justifier la destruction de véhicules appartenant à des habitants du quartier disposant de revenus très limités, l'incendie d'une école maternelle qui rendait service à des dizaines de familles et celui d'un centre de sport où de nombreux jeunes se retrouvaient pour se détendre.
Comme d'habitude, l’opposition, quelle soit de droite ou de gauche, se complait dans la critique systématique de l’attitude du gouvernement en place qui serait où trop laxiste, comme la droite le dénonce actuellement ou trop répressive, comme la gauche l'affirmait voici encore quelques mois.
Et la droite, désormais dans l'opposition, a beau jeu aujourd'hui d’accuser le gouvernement d’ouvrir les vannes du laxisme et d’évoquer un retour à la culture de l’excuse parce que les autorités ont relâché la plupart des interpellés arrêtés au cours des violences, faute de preuves, et condamné certains autres à des peines de prison avec sursis.
On peut effectivement s'en émouvoir, mais si j'ai bonne mémoire, il ne m’a pas semblé que du temps où la droite était aux affaires, au cours des précédentes émeutes qui ont eu lieu, que les interventions policières et les condamnations qui s’en sont suivies pour faits de violence, étaient plus rudes et plus sévères que celles que nous avons observées dernièrement à Amiens.
La droite le sait parfaitement, sauf s'ils sont attrapés en flagrant délit de violence, il reste très compliqué de confondre rapidement les principaux meneurs d'une émeute dont le visage est souvent dissimulé par une cagoule.
Le risque de punir de simples curieux, présents sur les lieux des troubles, attirés seulement par les évènements, est important. 
Les enquêtes diligentées sont difficiles et demandent du temps pour obtenir des résultats concrets qui mènent à des condamnations, malheureusement peu sévères, mais où le doute n'est plus permis quant à la culpabilité des prévenus.
Je ne vais pas revenir en détail sur les raisons de ces nouvelles violences à Amiens car elles sont souvent les mêmes, peu importe le nom de la ville.
Un banal contrôle de police, dans un quartier sensible, qui dégénère en émeute, c’est du déjà vu à maintes reprises et on le reverra encore à de nombreuses autres occasions dans un contexte économique où les inégalités s’accroissent au fil des années et où les incivilités font partie d'un quotidien chaque jour plus dur à supporter.
Quelques soient les circonstances, la police n'est jamais la bienvenue dans certains quartiers de banlieues et de ce fait, les provocations d'une catégorie d'individus, pratiquement assurée de son impunité, restent de mise pour envenimer une simple situation dite de routine, qui passerait totalement inaperçue en plein centre ville.

Mais au-delà de la culture de victimisation permanente dont nombre de personnages, souvent connus des services de police, se sont faits les spécialistes, au-delà des inégalités indiscutables vécues par une frange non négligeable de la population issue des banlieues défavorisées, pendant combien de temps l’état va-t-il tolérer, sans frapper un grand coup, cette banalisation insupportable des armes à feu dans des quartiers où l'écrasante majorité des habitants est prise en otage par une petite minorité de rebuts de la société ?

Face à des individus extrêmement déterminés, qui connaissent parfaitement les restrictions imposées aux policiers dans l'usage de leur arme de service, et se faisant, pratiquent le tir sur cibles contre les forces de l'ordre comme on chasse le gibier, quels sont les moyens d’intervention réellement à la disposition d'un pays comme la France pour les mettre hors d'état de nuire ?

Quel message un état républicain transmet-il à un individu qui pointe son arme en direction des forces de police, tire pour tuer, et repart tranquillement chez lui comme un bon père de famille, sans qu'aucune réponse proportionnelle à la menace qu'il a délivrée ne lui ait été donnée ?

Dans les circonstances actuelles, où le fusil a tendance à devenir l’unique moyen d’expression, où des quartiers entiers de banlieues, annexés par des voyous sans foi ni loi, sont devenus des zones de non-droit, quel est l'ampleur des responsabilités de l'état devant l'aggravation de la violence lorsqu'il persiste, depuis des années, à adopter des méthodes inappropriées à la réalité sur terrain et au comportement des hommes ?

Je ne prétends pas détenir les bonnes réponses à ces questions mais je souhaiterais vivement qu’un homme politique important ait un jour le courage moral et intellectuel d’y répondre, sans arrière pensée, sans démagogie, en toute sincérité, sans craindre la dictature des mots et des idées imposée par les prétendus bien-pensants de notre société, à l'affut du moindre petit dérapage verbal.

23 commentaires:

  1. Phemga, si j'étais l'un de ceux que vous appelez les bien-pensants, je dirais que votre article, par ses sous entendus, frise souvent le dérapage verbal mais rassurez-vous je ne le suis pas. Vos questions sont bonnes et vous avez à coup sûr les réponses même si, je l'imagine, elles ne sont peut-être pas conformes à la logique d'hypocrisie qu'on observe par ci et là dans le monde politique.
    Notre société est malade et cela ira de mal en pis.

    RépondreSupprimer
  2. Je comprends votre opinion sur les émeutes mais il faut aussi comprendre qu'il y a certains jeunes qui sont à bout dans les banlieues, qui n'en peuvent plus d'être traités comme des parias d'un système qui les rejette. Ils n'ont plus rien à perdre et ne sont habités que par la haine de ce système. Cela n'est pas une excuse aux violences et aux destructions mais une explication.

    RépondreSupprimer
  3. Le plus intolérable c'est lorsque ces voyous incendient les voitures, souvent de leurs propres voisins et détruisent des lieux de vie qui sont indispensables à la communauté. Des gens se sont souvent endettés pour s'offrir une voiture, souvent d'occasion et voilà qu'elle brûle devant leurs yeux parce que des bandits ont décidé de faire parler d'eux. Il faut dire qu'il y a aussi beaucoup de jalousie dans les banlieues sensibles. Ceux qui ont réussi à trouver un travail son enviés par ceux qui n'ont rien et causer du tort devient presque une nécessité pour se consoler des échecs ou des rejets du monde du travail. Il y a du ménage à faire dans certaines banlieues mais le courage politique des hommes qui gouvernent de gauche comme de droite est inexistant. La peur de la bavure qui pourrait déclencher la foudre sociale est omniprésente et les voyous le savent bien.

    RépondreSupprimer
  4. Phemga, j'ai adoré votre 3ème question, pleine de sous entendus. Il faudrait peut-être qu'on nous explique la signification précise du terme "légitime défense" mais est-ce qu'il existe vraiment lorsqu'il s'agit d'affrontements dans les banlieues sensibles? Si des flics se font flingués à coups de chevrotine, sans qu'ils soient autorisés à riposter en conséquence, c'est ouvrir la porte à une belle partie de chasse où le policier est le gibier attitré.

    RépondreSupprimer
  5. Et oui Hugo avec Phemga il faut savoir lire entre les lignes. Pour qu'il soit donné une réponse à tes questions par un politique, Phemga, il faudrait qu'il accepte déjà le risque de partir à la retraite de manière précipitée et là il ne faut pas rêver. Si un politique disait vraiment ce qu'il pense sur certains sujets sensibles, tu verrais toutes les associations contre ceci ou cela qui montraient au créneau pour s'offusquer et condamner. Nous évoluons dans un monde d'hypocrisie absolue et il faut s'adapter ou dégager.

    RépondreSupprimer
  6. Nous savons tous que des gens souffrent dans certaines banlieues et que les inégalités ne vont pas en diminuant mais ceux qui détruisent les voitures de leurs voisins se décrédibilisent complètement et plus grave encore donnent une image catastrophique des banlieues sensibles. Comment voulez vous après que la discrimination à l’embauche n'existe pas lorsqu'un éventuel patron voit sur votre CV l'adresse de votre domicile Amiens Nord?
    Celui-ci pense automatiquement que vous devez avoir un ou plusieurs frères voyous et comme il ne veut pas de problème, il ne vos rappellera pas pour vous proposer le job même si vous êtes bardés de diplômes. Je n'excuse pas cette attitude mais je peux la comprendre.

    RépondreSupprimer
  7. Je crois que peu d'entre nous imagine ce qu'on doit ressentir lorsqu'on vit dans une banlieue comme celle d'Amiens-Nord où il n'y a rien à faire d'autre que de compter les minutes qui passent, sans boulot, sans pouvoir se montrer utile ou s'offrir le moindre petit loisir. On se sait rejeté par la société et il n'y a aucun avenir possible que celui de rester encore et encore dans sa triste banlieue. Il y a un moment où on en veut à la terre entière et le seul moyen d'expression est la colère.
    Je ne veux pas trouver des excuses aux casseurs et surtout pas à ceux qui brûlent les voitures de gens qui vivent dans le même quartier et qui sont comme eux dans une situation de précarité mais si pour une fois on se demandait ce que nous ferions à leur place?
    La colère n'est que le défoulement ultime d'une frustration permanente et sans fin. On touche aussi du doigt l'immense responsabilité de l'état dans ce qui se passe avec cet échec total de l'intégration des minorités qui produit automatiquement une montée du racisme.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hervésircos, ce que vous dites n’est pas faux mais on ne peut pas non plus tout rejeter sur l’état sans remettre en cause l’éducation des parents. L’état n’a pas vocation à se substituer à un père ou à une mère. Et puis, je ne voudrais surtout pas que mes mots soient mal interprétés mais le problème de l’intégration dont vous faites allusion, on ne le retrouve que dans une certaine catégorie de français dont les racines sont étrangères.
      Sauf erreur de ma part, il n’y a jamais eu de problèmes d’intégration avec certains autres français d’origine étrangère. Personne n’ose en parler mais il y a une réalité qu’on ignore volontairement pour ne pas s’attirer les foudres de ceux que phemga appelle les bien-pensants et se retrouver devant un tribunal.
      Je suis d’origine portugaise et je n’ai jamais vu des gens de la même origine que moi être dans l’impossibilité de s’intégrer. Tout n’a pas été facile et c’était même souvent très dur. J'ai vu mes parents travailler comme des malades dans plein de petits boulots à droite et à gauche mais nous avons fait notre trou à force de persévérance. Chez moi si on ne disait pas s'il vous plait ou merci, bonjour ou au revoir on prenait une taloche et on s'en souvenait. Je crois pouvoir dire la même chose des italiens, des espagnols ou des polonais. Donc si l’état a des responsabilités dans l’échec de l’intégration, il n’a pas toutes les responsabilités.
      Phemga dans son article a employé un terme très exact : La culture de la victimisation.
      Cette culture n’a jamais fait avancer les choses. Si on ne parvient pas à trouver les ressources pour sortir de cette logique, il ne faut pas s’étonner que rien ne change.

      Supprimer
    2. Nous abordons là un problème terriblement délicat, sans doute explosif. Il vaut mieux ne pas trop développer.

      Supprimer
    3. Abbrigot, vous nous la faites à la Phemga, beaucoup de sous entendus mais bien des vérités désagréables à accepter pour certains.

      Supprimer
  8. Cet article n'est qu'un tissu de racisme caché qui fait la part belle aux militants du fn. Lamentable.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ho purée Phemga, l’anonyme qui n’a pas le courage de donner son pseudo, il ne t’a pas raté.
      Tu aurais pu lui répondre mon frère, histoire de lui mettre le nez dans son caca mais je te connais trop bien.
      Dans ce genre de circonstances, les chiens aboient la caravane passe.
      Ha la vie de blogeur n’est pas toujours facile.

      Supprimer
    2. L'art et la manière de ne pas répondre aux provocations peut-être?

      Supprimer
  9. Les questions de votre article sont pertinentes Phemga et les mauvais coucheurs n'y pourront rien. J'aime toujours autant l'honnêteté et la sincérité qui se dégagent de vos articles.
    Après ce n'est qu'affaire d'interprétation par rapport aux sensibilités mais aussi, comme je l'ai constaté dans les derniers commentaires, aux susceptibilités.

    RépondreSupprimer
  10. Dommage que vous posiez les questions sans y répondre vous mêmes phemga. J'aurais bien aimé connaître votre point de vue. Les émeutes de banlieues sont un phénomène qui revient périodiquement. Il ne faut pas grand chose pour mettre le feu aux poudres, juste un contrôle routier ou d'identité. Et comme c'est souvent le cas, c'est naturellement la police qui a provoqué. La victimisation n'est pas seulement une culture mais aussi une seconde nature. Avec une police paralysée par sa hiérarchie et des gens de plus en plus violents, trop sûrs de leur impunité, on n'est pas sorti de l'auberge.

    RépondreSupprimer
  11. Chez nous aussi, au Gabon, il arrive qu'on ait des émeutes comme le 15 août dernier (des petites comparé à celles d'Amiens)et nos flics ne se laisseraient jamais tirer comme des lapins sans réagir. Quant aux fauteurs de troubles, ils sont derrière les verrous et ils vont manger là bas à Sans Famille. La démocratie, ce n'est pas la pagaille et le désordre. Je pense que nos amis les gaulois devraient envoyer leurs grands flics chez nous pour qu'on leur apprenne le travail quoi. Phemga vous aussi ce n'est pas la peine de me censurer.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bignoumba, la démocratie est souvent sujet à la pagaille et au désordre, car en son nom l'homme se croit trop souvent autorisé à commettre des abus de toute sorte.
      On appelle ça le revers de la médaille.

      Supprimer
  12. Lorsque les jeunes brûlent les voitures de leurs propres voisins dans les émeutes, c'est aussi un moyen de profiter de la situation pour régler des comptes personnels. Entre une famille qui possède une voiture considérée comme ayant un bien enviable et une autre qui n'en possède pas, il se crée des jalousies malsaines, une sorte d'inégalité qui vient s'ajouter à celles déjà nombreuses dans la société. Il ne faut pas croire que dans les citées tous les gens sont solidaires et se tiennent la main pour mettre la pagaille. La plupart des habitants sont des braves gens et se terrent dans leur appartement en attendant que les troubles se calment en ne rêvant qu'à une chose : partir pour ne jamais revenir.
    J'ai une amie qui vit dans une banlieue sensible de Paris. Elle y a toujours vécu et est attachée à son quartier mais si une seule occasion se présentait lui permettant de dégager de cet endroit, elle sauterait dessus sans hésitation. Je crois qu'il n'existe pas de vraies solutions pour bien gérer les banlieues à problèmes sinon il y a longtemps qu'elles auraient été employées. Et si c'était le cas, ça voudrait surtout dire que le chômage et la précarité n'existent plus en France.
    Moralité, sans pessimisme excessif, les émeutes ne vont pas aller en diminuant.

    RépondreSupprimer
  13. Allez, encore un petit effort et on finira pas envier le calme inébranlable de la Corée du Nord.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La nostalgie du communisme pur, bête et dur envahit mon cœur de regrets éternels.

      Supprimer
    2. Et les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon cœur d'une langueur monotone.

      Supprimer
    3. J'aime, Rogange, lorsque tu cites Verlaine mais ne rêve pas trop mon frère.
      Cette fois-ci, il n'y aura pas de débarquement en Normandie.
      La France n'est pas envahie mais seulement très tourmentée.

      Supprimer
    4. Oui phemga mais ce sont des tourments très envahissants.

      Supprimer