vendredi 16 novembre 2012

L'opération séduction de François Hollande



La première conférence de presse de François Hollande, ce mardi,  depuis son élection au mois de mai dernier, est venue à point à un moment ou les sondages sont en berne, dans un climat économique des plus morose.
Alors que l’opposition joue son rôle à la perfection en se plaçant systématiquement dans une logique de dénigrement des initiatives entreprises par François Hollande, il convient d’essayer de brosser un tableau plus mesuré et moins radical des propos qu’il a tenus et de l’attitude qu’il a montrée.

François Hollande qui a établi un premier bilan de ce début de quinquennat, a expliqué aux français, avec une certaine sérénité et non sans talent, le sens de son action et à justifié, à sa manière, les mesures de rigueur arrêtées par son gouvernement pour faire face à la crise économique qui perdure.
Dans son intervention, la solennité du ton qu’il a employé a montré qu’il était déterminé à enrayer la crise.
Chose rare, en déclarant que le chômage allait continuer de croître régulièrement pendant une année avant d’espérer une inversion de la tendance, il a compris que l’exceptionnelle gravité de la situation ne permettait plus de véhiculer les habituelles hypocrisies politiciennes qui consistent à embrouiller les français en suscitant de vains espoirs.
Il a admis que les prochains mois seront très difficiles et a reconnu que si l’alternance changeait le pouvoir, la réalité de la situation demeure.
En déclarant qu’il sera jugé sur sa capacité à endiguer le chômage et à augmenter la croissance, il a pris ses responsabilités devant les français tout en assumant, avec détermination, ses choix économiques.
Il sait également que d’autres défis majeurs l’attendent, comme le désendettement  de la France et le retour à la compétitivité de l’économie hexagonale.
Pour la première fois depuis l’élection de François Hollande, j’ai observé au cours de cette conférence de presse un président responsable en lieu et place d’un président "normal".
François Hollande, qui se confinait pathétiquement dans une normalité abusive, motivée uniquement par le désir obsessionnel de se démarquer de Nicolas Sarkozy, semble avoir pris réellement conscience que les français attendent autre chose qu’un président dont le souci principal s’inscrit dans le déni permanent de son prédécesseur.
Il a enfin réalisé l’extrême importance des lourdes charges de l’état que sa fonction lui commande de gérer.
Et au-delà de quelques évidences prononcées, je dois reconnaître en lui l’existence d’une certaine forme de courage.
On peut continuer de désapprouver le tempo de son action et d’en critiquer les méthodes mais affirmer, après cette conférence de presse, que François Hollande n’a toujours pas endossé le costume présidentiel ne serait que pure mauvaise foi, même s’il faut rappeler que l’habit ne fait pas le moine.
En effet, à mes yeux, les solutions prônées pour parvenir au redressement de la France et à endiguer les effets de la crise ne sont aucunement convaincantes.
Peu cohérentes, dénuées de clarté, celles-ci ne me paraissent pas adaptées aux périls et aux incertitudes du moment.
Rien de ce que j’ai entendu ne me pousse à croire raisonnablement que la situation économique du pays tendra un jour à s’améliorer et que la majorité des français ne continuera pas de perdre invariablement du pouvoir d’achat.
Le pays se trouve dans un engrenage qui, peu à peu, risque de le mener dans une situation économique comparable à celle de l’Espagne.
Aussi, sur certains points, François Hollande, malgré tous ses efforts, ne se distingue pas véritablement de son prédécesseur.
Il prend d’un côté ce qu’il a donné de l’autre.
L’augmentation récente de la TVA, qui ne devait en aucune manière s'appliquer dans les discours de sa campagne électorale, en est la preuve la plus significative.
Sur le fond, je ne critique pas cette augmentation motivée par la réalité de la situation économique mais j’observe qu’une grande promesse électorale n’a pas été tenue par Monsieur Hollande et que, sur ce point précis, lui et Nicolas Sarkozy, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.
On pourrait d’ailleurs se demander pourquoi attendre janvier 2014 pour appliquer le nouveau taux de cette TVA.
En mai 2013, il sera temps de tirer un premier grand bilan de ces 12 mois de quinquennat et de commenter les actions entreprises pour sortir la France du guêpier dans lequel elle se trouve.
Sur une année, il sera sans doute trop tôt pour juger de l’efficacité de la politique économique de François Hollande mais nous serons cependant à même d’en analyser les premières retombées.
Il sera donc plus légitime qu’aujourd’hui de commencer à tirer à boulet rouge sur le chef d’orchestre pour les échecs qui s’annonceraient et, ou, de le féliciter pour les progrès constatés.
J’ai la faiblesse de croire que le sentiment de vive inquiétude qui est en moi, n’est que la conséquence de mon manque de confiance persistant envers la capacité de François Hollande à diriger le vaisseau France.
S’il devait échouer dans sa politique économique, le quinquennat de Nicolas Sarkozy paraîtra comme une période très paisible de la cinquième République, au regard de ce que pourrait vivre François Hollande, le reste de son mandat.

Dans le jeu des questions réponses avec les journalistes, au cours de cette première conférence de presse, François Hollande se sera montré détendu, maniant parfois l’humour avec finesse, tout en défendant avec fermeté et conviction ses idées.
J’ai été surpris par les relations instaurées entre lui et la presse, alors que les unes assassines de ces dernières semaines ont directement remis en cause sa compétence.
L’absence de réprobation, même voilée, et son attitude débonnaire, ont démontré son attachement à la liberté de la presse, malgré les critiques acerbes qu'elle lui a assénées.
Je pense qu’en la matière, sur les relations avec les médias, Monsieur Hollande se montre beaucoup plus lucide que son prédécesseur qui usait d’un autoritarisme sectaire.
C’est la raison essentielle pour laquelle, la presse aura rendu la monnaie de sa pièce à Nicolas Sarkozy pendant toute la durée de sa campagne électorale, avec les conséquences que l’ont connaît.
Visiblement, François Hollande, qui fait preuve d’une sorte de force tranquille, ne commettra pas cette erreur grossière.
L’opération séduction du président de la République, sur le plan strictement médiatique, aura donc été une réussite, mais je doute très fortement que cela suffise à convaincre les français du bien fondé de sa politique économique, trop floue dans un horizon bouché.

12 commentaires:

  1. J'ai failli croire que vous étiez devenu socialiste Phemga. Oui, la drague en direction des médias a bien fonctionné mais cela n'aura qu'un temps. Si la France rejoint l'Espagne, opération séduction ou pas Hollande sera vilipendé comme il l'était il y a quelques jours.
    Quant aux français, ils ont choisi Hollande comme président de la république. Quoi qu'il arrive, ils auront le président qu'ils méritent. Je crois qu'on n'est pas sorti de l'auberge.

    RépondreSupprimer
  2. Moi Hollande, il m'indispose. Pour certains c'était Sarko, pour moi c'est Hollande. Quand je pense qu'on va se payer ce mec là pendant 5 ans, il y a de quoi déprimer. Et le pire c'est que comme je suis quand même patriote, je ne peux pas souhaiter l'échec de sa politique. Phemga, tu es trop indulgent avec lui. Moi je n'ai pas vu du courage chez Hollande mais de la bêtise. Il faudrait demander aux islamistes du nord Mali de nous l'enlever.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'idéal ça serait qu'ils nous l'enlèvent vite car sinon c'est destination Grèce.

      Supprimer
  3. Phemga, si l'opposition se comportait comme vous, elle n'aurait aucun espoir de retrouver le pouvoir et sauf votre respect, vous feriez un bien mauvais politique. Pour retrouver le pouvoir, il faut casser l'adversaire sans pitié même si on est d'accord avec lui. Si on se met à reconnaître quelques qualités en lui, on n'est pas prêt de voir arriver une nouvelle alternance. Vous devriez demander à Copé de vous instruire sur l'art du dénigrement systématique de la majorité. Plus fort que lui, on meurt.

    RépondreSupprimer
  4. Non seulement j'ai trouvé François Hollande très courageux dans les vérités qu'il a dites sur le chômage et les difficultés à venir mais son discours était pour moi convainquant. J'ai bien aimé cette première conférence de presse qui venait effectivement à point vu les sondages. De toute façon on ne gouverne pas en fonction des sondages mais de la réalité de la situation présente. Je pense que beaucoup de gens continuent de sous estimer les capacités de François Hollande. Nicolas Sarkozy l'avait aussi sous estimé dans le fameux débat d'entre 2 tours et ont sait qu'il s'en ait mordu les doigts. Qu'on le laisse donc travailler et on jugera après.

    RépondreSupprimer
  5. Bof, on a entendu les blablas habituels sur la politique économique. Ok, sur le chômage Hollande n'a laissé que peu d'espoir à court terme mais même ça ce n'est pas un scoop. Chacun sait qu'il va encore augmenter et que la galère va continuer encore très longtemps.

    RépondreSupprimer
  6. Je crois qu’on va se casser la gueule comme jamais. Ce n’est pas de l’Espagne dont il faut parler mais de la Grèce pour envisager le niveau de notre chute. Et le pire c’est que la France, si elle tombe, en temps que grande économie de l’Europe va entraîner avec elle tous les autres pays. Je n’ai jamais été aussi pessimiste qu’actuellement même lorsque Hollande a gagné il y a 6 mois.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Du pessimisme ou de la mauvaise foi? Contrairement à Phemga où Eratus lui conseille un stage chez Copé, vous, vous y avez déjà été.

      Supprimer
  7. Il parait que le modèle Allemand ne peut s'appliquer à la France.
    Quand on voit les chiffres de leur commerce extérieur et la santé de l'économie Allemande, on devrait faire un minimum d'effort pour adopter une partie de leur méthode.
    Dans la vie, on n'a rien sans sacrifices, sans travail et sans rigueur. Ce n'est pas avec 35 heures de travail par semaine qu'on redresse un pays. Si cela était le cas, les économies encore en bonne santé dans le monde auraient copié le modèle français depuis longtemps.

    RépondreSupprimer
  8. François Hollande sera peut-être moins serein avec les médias au bout de 1 ou 2 ans lorsqu'ils l'auront systématiquement cassé pour les résultats de sa politique. Pour l'instant il n'est pas encore usé par le pouvoir et les critiques mais ça va venir vite, très vite.
    Et puis endosser le costume présidentiel ne veut pas dire avoir l'étoffe d'un président. Vous l'avez écrit, l'habit ne fait pas le moine. C'est dans les difficultés qui vont venir qu'on va savoir si Hollande a les épaules pour être un chef d'état. Donc on attend de voir.

    RépondreSupprimer
  9. Comme Evans Phemga, le début de votre article m'a vraiment interpelé et connaissant vos sensibilités politiques j'ai été interloqué par vos louanges sur François Hollande. Vous remettez ensuite les choses à leur place mais ce n'est pas la première fois qu'on est déstabilisé par vos articles. N'y voyez pas là une critique mais seulement un étonnement devant votre style déroutant surement influencé par votre respect de la fonction présidentielle.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je vais aller chez mon marchand de fleurs pour offrir une belle rose à Phemga lol.

      Supprimer