mercredi 7 novembre 2012

Aurore Martin ou le déshonneur de la France



Aurore Martin, militante indépendantiste basque, aura eu le triste privilège, ce 1er novembre 2012, d’être la première française de l’histoire à être extradée par son propre pays vers un état étranger, suite à l'émission par l’Espagne, en 2010, d’un mandat d’arrêt européen pour "des faits de participation à une organisation terroriste".
La justice espagnole accuse Aurore Martin d’avoir participé à Pampelune, en 2006 et 2007, à des réunions publiques organisées par le parti basque Batasuna, interdit dans le pays et considéré, à tort ou à raison, comme le bras politique de l’organisation séparatiste basque terroriste ETA.
Or, Batasuna est un parti jugé comme légal en France et les faits reprochés par les autorités espagnoles n’ont aucun caractère délictueux pour la justice française.
Cet évènement, qui fait actuellement polémique en France, a donc choqué l’opinion publique et les politiques, toute sensibilité confondue.
Pour comprendre l’origine et le cheminement de cette procédure dont l’application en France sur un ressortissant français est une première, il faut se référer au règlement de l’Union Européenne qui a instauré ce fameux mandat d’arrêt en 2001, après les attentats du 11 septembre aux USA.
Ce mandat, adopté par les codes pénaux des pays membres de l’Union, destiné à lutter contre le terrorisme, peut être légalement établi par la justice d’un état pour sanctionner tout acte qu’il considère comme délictueux, commis sur son territoire, par toute personne, quelque soit sa nationalité.
La loi européenne n’imposant plus de double incrimination, à savoir que le délit soit reconnu conjointement par le pays émetteur d’une demande d’arrêt et d’extradition et par celui qui est sollicité, il suffit désormais qu’un comportement soit considéré comme grave et délictueux par la justice de l’état demandeur pour que la procédure soit engagée et que l'engrenage s'ébranle dans toute l'Union Européenne.
C’est la raison pour laquelle, Aurore Martin, qui n’a commis aucune action répréhensible au regard de la loi française, après avoir épuisé les quelques voies de recours juridiques, a été arrêtée par la gendarmerie et livrée immédiatement aux autorités espagnoles.
Incarcérée par le juge en charge du dossier, elle encourt désormais 12 ans de prison.
La création de ce fameux mandat d’arrêt européen, dans la théorie, est certainement une bonne chose au sein de l’Union, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, mais l’affaire Aurore Martin aura mis en lumière des failles à caractère liberticide qui nécessitent incontestablement de repenser une partie de ses fondements.
Si une participation à des réunions ou à des manifestations publiques, sous les couleurs d’une organisation ou d’un parti considéré comme hors la loi dans un pays étranger mais légal en France, peut déclencher l'établissement d'un mandat d'arrêt pour envoyer n'importe quel ressortissant français en prison, c'est toute la liberté d'expression et d'opinion qui est remise en cause.
Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, si Aurore Martin était accusée par la justice espagnole d’avoir commis un attentat ou tout autre acte meurtrier, j'aurais compris le bien fondé de cette arrestation et de son extradition, car en matière de terrorisme pur et dur, il ne saurait y avoir de nationalité qui entre en ligne de compte.
Le devoir de solidarité entre les pays européens est une nécessité absolue qui ne souffre d’aucune contestation.
Mais dans l’affaire Aurore Martin, on se trouve confronté à un acte qui n’existe plus en France depuis fort longtemps et qui n’est autre que le délit d’opinion.
Alors que  le gouvernement français, par l’intermédiaire du ministre de l’intérieur Manuel Valls, réfute toute responsabilité dans l’extradition d’Aurore Martin en Espagne, en invoquant une simple décision de justice et l’obligation de respecter l’exécution du mandat d’arrêt européen, on peut légitimement s’interroger sur l’avenir du respect des droits de l’homme en France et en Europe.
On s’aperçoit avec effroi que ce mandat d’arrêt européen, qui accorde trop de largesses aux états, sous prétexte de terrorisme décrété à toutes les sauces, peut constituer un véritable déni de démocratie et servir de "lettre de cachet" à n’importe quel pays de l’Union pour arrêter et emprisonner tout individu qu’il jugera bon de réduire au silence.
En n’intervenant pas dans ce dossier et en pratiquant la politique de l'autruche, le gouvernement qui se réfugie lâchement derrière le règlement européen, a montré une image extrêmement inquiétante quant à sa capacité et sa fermeté à protéger ses ressortissants contre la répression abusive d'une justice étrangère.
Lorsque les dirigeants d'un pays démocratique constatent que dans son application, un loi, européenne de surcroît, tend à violer les droits de l’homme, leur devoir n’est pas de se rendre complice d'une telle transgression en fermant les yeux sur les dérives qui s’ensuivent mais de refuser fermement sa mise en œuvre.
En livrant, sans discernement, dans les circonstances que l'on connait, une compatriote à des autorités étrangères, sous prétexte de l’existence d’un mandat d'arrêt européen, le gouvernement à écrit ici une page en tout point déshonorante pour la France.
Je n’irai pas jusqu’à comparer cette attitude au comportement du régime de Vichy dans les années 40 mais l’idée m’a tout de même effleuré.
Monsieur Valls serait bien plus inspiré d’envoyer nos militaires, aguerris par plus de 10 années de combat en Afghanistan, nettoyer certains quartiers de banlieues tombés entre le mains d'une racaille immonde, où l’état de droit n'a plus cours depuis des années, plutôt que de pourchasser une compatriote dont le seul tort est d’avoir soutenu, par sa présence, dans une démarche de non violence, un idéal que je ne partage en aucune manière mais que notre liberté d'expression permet de formuler.
Quant à Monsieur Hollande qui, naturellement, soutient  son ministre de l’intérieur, son désir grotesque de se vouloir à tout prix "un président normal" par opposition systématique à son prédécesseur, peut s'avérer contre productif et dans l'affaire Aurore Martin, porte sévèrement atteinte à l'honneur du pays.
Et lorsque la normalité côtoie le ridicule, c'est la France entière qui est la risée du monde.

25 commentaires:

  1. Cette lamentable affaire va créer un précédent et c'est certain qu'il existe une sérieuse faille dans ce mandat d'arrêt institué par Bruxelles. Aurore Martin n'a rien à faire dans une prison espagnole et il est honteux que le gouvernement français ait laissé une telle chose se produire. La France comme les autres états, a de moins en moins de pouvoir chez elle et tout est de plus en plus régi par l'Europe de Bruxelles. Je suis sûr que Sarko n'aurait jamais permis l'extradition d'Aurore Martin quitte à froisser les autorités espagnoles. Il y a des limites à la solidarité entre états qu'on ne doit pas franchir.

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  2. Quelle honte. C'est scandaleux. Livrer ses propres ressortissants à un pays étranger, je n'imaginais pas qu'un gouvernement même socialiste puisse le faire. On a atteint un haut degré de bêtise et décidément ce Hollande est vraiment un couille molle.

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  3. Il y a des jours où je voudrais être tout sauf français. Hollande est totalement ANORMAL et dangereux. Je n'aimais pas trop Sarkozy mais au moins avec lui on n'aurait jamais vécu une telle parodie de justice sur notre territoire.
    Sarko, reviens. Ils sont tous devenus dingos dans ce gouvernement. Et poltrons en plus.

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  4. Je suis bien d'accord avec vous Phemga, cette histoire est déshonorante pour la France et dans un tel cas, il n'y a pas de loi européenne qui vaille. Je ne suis pas loin de penser comme Vero333 à propos de la mollesse de François Hollande.

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  5. Je comprends votre point de vue Phemga mais je vous trouve injuste avec Valls et Hollande. La France se doit de faire respecter des règlements qu'elle a avalisés par sa signature. Le gouvernement français n'a donc fait que respecter des engagements pris avant même l'élection de François Hollande. Revenir sur ceux-ci ferait perdre tout crédit à la parole de la France. Ceci étant, vous avez raison de dire que ce mandat d'arrêt européen vient de montrer des failles inquiétantes pour la liberté d'expression. Il est donc à ce moment là du devoir du gouvernement de proposer un ou plusieurs amendements au règlement en vigueur afin que nos compatriotes ne soient plus livrés à un pays étranger pour des actions qui ne sont pas considérées comme répréhensibles en France. Le cas d'Aurore Martin qui est triste et regrettable sera sans doute un exemple édifiant pour démontrer l'injustice de ce mandat européen dans sa forme actuelle.

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  6. Le fait que Hollande soit une vraie couille molle comme le dit Vero333 n'est pas une surprise. Son caractère et son attitude le montrent régulièrement. Il faut avouer que quand on a vu pendant 5 ans agir Sarkozy, parfois à tort et à travers, tout autre chef d'état ne peut que paraitre mou, fade et sans saveur.
    L'extradition de cette Aurore Martin ne risque pas de changer son image. Après tout, les français ont voté pour lui en toute connaissance de cause. Ils ont donc le président qu'ils méritent.

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  7. Et bien oui, c'est ça l'Europe, avec ses avantages et ses inconvénients. Mais quand même livrer ses propres ressortissants à un pays étranger, même ami, alors qu'ils n'ont commis aucun crime de sang, c'est une vraie première. Première qui n'est pas à l'honneur de la France c'est sur.

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  8. Mon pauvre Phemga, la France, ça fait belle lurette qu'elle a oublié ce qu'est l'honneur et ce ne sont pas des socialistes qui vont nous remettre sur droit chemin. Triste pays en déclin qui peu à peu, comme son triste football, se situera au niveau de Chypre. Je n'ai bien sur rien contre Chypre.

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    1. Si le général De Gaulle pouvait voir la France, il pleurerait des larmes de sang.

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  9. Aurore Martin n’est pas une meurtrière mais elle s’est acoquinée avec une organisation qui est associée à l’ETA.
    Pour moi elle paie l’addition de ses mauvaises fréquentations et je n’ai rien à redire à cela.
    Désormais tout le monde sait qu’on ne peut plus se cacher en France pour éviter de se retrouver en prison par le pays qui vous recherche.

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  10. Notre ministre de l’intérieur Manuel Valls est d’origine espagnole et il a acquis la nationalité française seulement à l’âge de 20 ans.
    Ceci explique peut-être cela.

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  11. Ha ces français, ils sont décidément imprévisibles.
    Livrer une compatriote aux geôles d’un pays tiers, ce n’est pas banal.
    Le mandat d’arrêt à bon dos.
    A qui Valls va faire croire qu’il ne pouvait rien faire pour arrêter la procédure ?
    En plus il prend les français pour des imbéciles.

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  12. Honneur et raison d’état sont rarement compatibles Phemga.
    Il est certain qu’il y a eu des discussions entre le gouvernement français et espagnol et que tout s’est joué dans la sphère politique.
    Aux yeux du gouvernement français Aurore Martin, indépendantiste basque, ne vaut pas une brouille avec l’Espagne.
    Sur ce coup là, Manuel Valls n'est pas franc du collier.

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  13. On pourrait peut-être dire aux espagnols qu’on s’est trompés et leur demander de nous rendre Aurore Martin ??????????

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    1. Esteban, ce n'est pas poli de demander qu'on nous rendre les cadeaux que nous avons offert.

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  14. Pauvre Aurore Martin, pauvre France.
    Tout fiche le camp dans ce pays, même l’honneur.

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  15. C’est bien, dorénavant on va pouvoir croquer des français partout dans le monde sans risquer une intervention militaire pour les secourir.
    Je plaisante mais l’image que le gouvernement socialiste vient de donner au monde n’est pas rassurante pour les gaulois de l’étranger.
    Bon, je vous laisse, je vais aller bouffer mon blanc.

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    1. Moi la viande blanche je l'aime bien saignante, avec le piment fait par ma maman.

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  16. L’émotion suscitée par l’arrestation et l’extradition d’Aurore Martin est compréhensibles mais la loi et les accords européens sont faits pour être appliqués. Comme vous l’affirmez Phemga il est nécessaire de repenser une partie du règlement en vigueur pour y instaurer quelques garde-fous. L’épisode Aurore Martin aura au moins permis de se rendre compte de l’existence d’anomalies qu'il faut rectifier. C’est terrible à dire mais ce sont des cas malheureux comme celui-là qui permettent une avancée et qui évitent de renouveler les erreurs commises.

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  17. Si jamais il arrivait quelque chose à cette jeune femme dans la prison espagnole dans laquelle elle se trouve, j’imagine déjà l’ampleur de la polémique en France.
    Mr Valls a sûrement appelé son homologue espagnol pour lui demander une surveillance renforcée. Cette histoire est un coup à perdre de nombreux points dans les sondages qui sont déjà très mauvais 6 mois seulement après les élections présidentielles.

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  18. Je les savais capables de tous les socialistes mais pas de livrer une française aux autorités d’un pays étranger. Manuel Valls invoque le respect du mandat d’arrêt européen pour justifier son inaction mais quand on constate sur le terrain que quelque chose cloche, on se bouge les fesses et on montre qu’on est un type responsable et surtout désireux de protéger ses ressortissants. Cette Aurore Martin, elle n’a tué personne. Elle n’est même pas accusée de violence sur autrui. Il va falloir que les choses changent car sinon on va leur refaire le coup de la Bastille à ces petits rois de pacotille. Avec Sarkozy, jamais une telle chose ne se serait produite. Il avait ses défauts mais lui au moins ne livrait pas ses compatriotes à un pays étranger.

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  19. Même si on peut comprendre cette extradition à cause de ce mandat d'arrêt européen en vigueur, il est vraiment très étonnant que le gouvernement français n'ait pas agi pour empêcher Aurore Martin d'être livrée à la justice espagnole. D'abord parce la France n'extrade jamais ses ressortissants, même pour des crimes graves et ensuite parce que Aurore Martin n'a commis aucun délit aux yeux de la justice française. Il y a un mystère que seules les autorités françaises et espagnoles connaissent. Une sorte de raison d'état qui ne sera jamais connue des médias. Mais comme tout finit par se savoir, nous connaîtrons un jour les dessous de cette étrange affaire qui pourrait faire grand bruit.

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  20. J'ai honte pour la France. Quand on en arrive à ce point d'arrêter ses ressortissants pour les extrader à l'étranger alors qu'ils n'ont commis aucun crime, on n'a plus aucune fierté, plus aucun honneur.
    C'est vraiment dégueulasse.

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  21. Vous avez tous tort de réagir ainsi car la France n'a fait que respecter un mandat d'arrêt européen délivré par l'Espagne. Cela peut paraître injuste quand on connait le chef d'accusation mais l'Espagne parle de participation à une organisation terroriste et pour moi ce n'est pas rien. La loi est la loi et elle doit être respectée. Pour moi, contrairement à ce qui est écrit dans l'article de Phemga et dans les commentaires qui suivent c'est tout à l'honneur de la France d'avoir respecté l'exécution de ce mandat d'arrêt.
    Bravo Mr Valls.

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  22. Comme on a bien fait plaisir à l'Espagne en lui livrant sur un plateau Aurore Martin peut-être qu'on pourrait lui demander en contre partie d'arrêter de nous mettre des raclées au foot.

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