jeudi 14 février 2013

Gabon : L'inexorable extermination des éléphants



Le Gabon qui couvre environ 13% de la forêt tropicale africaine et qui abrite la moitié des éléphants de forêt du continent, soit environ 40 000 têtes, est devenu au fil des années la cible privilégiée de réseaux de braconniers très bien organisés.
On estime que depuis 2004, plus de 11 000 pachydermes ont été massacrés dans le seul parc national de Minkébé qui est situé au nord du pays.
10 000 autres éléphants auraient disparu sur le reste du territoire.
La raréfaction des éléphants au Cameroun, dont beaucoup ont été massacrés et les mesures d'urgence prises par le gouvernement de ce pays pour protéger les survivants, expliquent en partie l’attention particulière des braconniers pour les pachydermes gabonais.
La porosité des frontières facilite grandement les déplacements de ces bandits, armés de fusils et de tronçonneuses, qui circulent d'un pays à l'autre sans aucune difficulté.
D'autre part, la population d'orpailleurs clandestins, qui est passée en moins de 5 ans, de 300 à 5 000 individus est aussi l'une des causes du massacre des éléphants du Gabon.
Ces gens qui ne se contentent pas de rechercher uniquement de l'or, sont généralement associés à divers trafics, dont celui très lucratif du commerce de l'ivoire.
Il ne faut pas oublier l'influence chinoise croissante au Gabon qui a incontestablement aggravé la situation des éléphants.
Les nombreux ressortissants de ce pays ne travaillent pas tous dans la légalité et les commanditaires asiatiques du commerce de l'ivoire sont de mieux en mieux représentés sur le territoire gabonais.
La totalité de l'ivoire est en effet destinée à l'Asie et principalement à de pseudo-commerçants chinois qui utilisent les défenses d'éléphants dans la fabrication de bijoux et d'objets de décoration.
En y ajoutant un nombre non négligeable de fonctionnaires gabonais corrompus jusqu'à la moelle, tous les ingrédients sont réunis pour l'extermination d'une espèce qui est désormais en grand danger d'extinction.
Avec un tarif minimum de 2 000 dollars le kilo sur le marché noir asiatique, l'ivoire attire la convoitise de nombreuses crapules qui sont prêtes à toutes les horreurs pour s'enrichir.
Il faut savoir que la grande tuerie des éléphants sur notre planète engendre un chiffre d'affaires estimé à 19 milliards de dollars par an.
En janvier dernier, les autorités gabonaises ont saisi 170 kilos d'ivoire dans le port d'Owendo, à la périphérie de Libreville.
Le renforcement des contrôles, s'il s'avère payant, n'empêche malheureusement pas le massacre des éléphants.
Ces dernières années, pour tenter de mieux protéger les pachydermes, l'état a envoyé dans le parc national de Minkébè plusieurs centaines d'agents forestiers supplémentaires et environ 150 militaires.
Malheureusement, le massacre continue de s'intensifier, les 7 600 km2 de superficie du parc national étant trop vastes pour surveiller étroitement l'ensemble de la zone.
Il faudrait, pour inverser la tendance, beaucoup plus d'hommes sur le terrain et aussi de nombreux véhicules pour poursuivre les trafiquants et les empêcher d'agir.
Il faut aussi reconnaître que les lois qui sanctionnent le braconnage ne sont pas en rapport avec la gravité et l'urgence de la situation.
Les infractions commises vis-à-vis des éléphants sont seulement punies de 3 à 7 mois de prison.
Récemment, un préfet gabonaise, accusé de braconnage d'éléphants, n'a écopé que de 7 mois de prison ferme.
Cette peine dérisoire prouve malheureusement que l'état gabonais, malgré ses efforts, n'a pas encore pris la juste mesure du danger d'extinction qui menace les éléphants.
Il est primordial de considérer désormais le commerce de l'ivoire comme un crime grave perpétré contre l'état gabonais.
Et à cet effet, une peine minimum de 15 années de réclusion devrait être systématiquement appliquée par la justice gabonaise.
Les solutions pour ralentir le trafic d'ivoire existent incontestablement mais elle se trouvent en premier lieu au niveau de la communauté internationale.
Malgré des actions notables et louables, le Gabon, seul, ne pourra pas arrêter l’effroyable processus qui est en cours.
Le pays ne dispose pas des moyens humains, matériels et financiers suffisants pour agir efficacement à court terme.
Seule une étroite coopération à l'échelle mondiale pourrait empêcher l'inéluctable.
C'est donc une véritable force de frappe internationale qu'il serait nécessaire de mettre en œuvre pour enrayer le massacre.
Je songe en particulier au développement de services de renseignements affectés au trafic d'ivoire, tant au Gabon et dans les pays limitrophes qu'en Asie, destination finale des défenses d'éléphants.
Certains pays africains et européens, sous l'égide d'une grande organisation internationale, pourraient envoyer, en fonction de leurs moyens, du personnel et du matériel pour optimiser la surveillance des vastes zones de forêt ou vivent les éléphants.
Afin d'endiguer le trafic d'ivoire, il faudrait non seulement quintupler les effectifs sur les zones protégées mais aussi véhiculer le personnel surveillant et mettre à sa disposition des moyens aériens, avions et hélicoptères, susceptibles de repérer les braconniers et d'intervenir plus rapidement.
Malheureusement, ces solutions seraient extrêmement onéreuses.
La survie des éléphants dépend de beaucoup trop de conditions et les moyens évoqués pour tenter de ralentir le massacre resteront, quoi qu'il en soit, de l'ordre du rêve.
Le monde n'a certainement pas d'argent à consacrer à la défense des pachydermes africains.
Lorsque l'on constate les énormes difficultés intervenues pour interpeler la communauté internationale afin qu'elle se porte au secours du Mali envahi par les hordes d'islamistes, demander des moyens pour protéger les éléphants du Gabon menacés de disparition et obtenir une quelconque aide, relève tout simplement du fantasme.
Le Gabon a donc toutes les chances de demeurer seul dans sa lutte contre les trafiquants d'ivoire.
C'est la raison pour laquelle, faute de mieux, il doit impérativement poursuivre ses efforts pour la sauvegarde des éléphants et appliquer des peines infiniment plus sévères contre les braconniers et ceux qui vivent du commerce de l'ivoire.
Aussi, de nombreux militaires gabonais sont payés à ne rien faire dans le pays, excepté pour jouer les Rambo auprès de la population civile.
Le gouvernement pourrait leur confier enfin une tâche noble et digne de l'uniforme qu'ils portent, en les envoyant dans toutes les zones de vie des éléphants où ils pourraient se comporter en réels héros de la nation, en protégeant un patrimoine animalier unique au monde.
Dans 15 ans au plus tard, les éléphants des forêts et des savanes africaines auront peut-être disparu du continent.
Nos enfants et petits enfants ne se rendront même plus dans les zoos pour admirer les pachydermes mais se contenteront de reportages à la télévision, expliquant avec regrets la disparition d'une espèce qu'une infime minorité d'hommes, sans foi ni loi, aura exterminé sous le regard indifférent, mais non moins coupable, de la plus grande majorité.
Le temps de vie sur terre des éléphants est désormais compté et, comme les gorilles, les baleines, les requins, il n'y a que très peu d'espoir de juguler le processus.
Mais tant que subsistera la moindre espérance de renverser cette situation fort compromise, la lutte pour la sauvegarde des éléphants devra toujours se poursuivre.

23 commentaires:

  1. Si la mobilisation internationale se faisait un jour pour protéger les éléphants elle arriverait surement trop tard, donc il ne faut pas y compter.
    Dans certains pays asiatiques on encourt la peine capitale pour avoir détenu seulement quelques grammes de drogues. Il n'y a qu'à faire la même chose avec les braconniers qui seront capturés. Ces enfoirés y réfléchiront peut-être à 2 fois avant de tuer un éléphant. L'homme n'a toujours respecté qu'une seule chose en dehors de l'argent, la répression.

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  2. Quelle triste histoire.
    La cupidité mène à toutes les horreurs.
    Tout cela est terrible mais c'est encore plus révoltant de savoir qu'il y a très peu de solutions pour empêcher le massacre des éléphants, faute de volonté internationale.

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  3. Ben alors mon Phemga, tu choisis le jour de la saint Valentin pour nous parler d'extermination et de massacres. Il va falloir que tu revoies ton code de la tendresse et de l'amour mon frère. Heureusement que je n'ai pas lu ton article hier soir.
    La coupe de champagne aurait été bien amère.
    C'est horrible cette histoire d'éléphants.
    Je suis dégoûté.
    Le monde est de plus en plus pourri.

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  4. J'ai moi même une paire de petites défenses héritée de mes grands parents qui ont vécu en Afrique dans les années 60.
    J'ai un peu honte là.
    Il faut dire qu'à cette époque on ne massacrait pas les éléphants à l'échelle industrielle.
    Pauvres bêtes!
    Votre première photo est horrible.

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  5. Nous savons tous plus ou moins quel sort est réservé aux éléphants mais le lire et voir des photos interpelle particulièrement. Au moins, l'Europe à interdit l'importation des défenses d'éléphants. Maigre consolation tout de même lorsqu'on sait que tout est exporté en Chine qui ne fait rien, bien au contraire, pour arrêter ce trafic.

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  6. 15 ans de prison pour les trafiquants d'ivoire, ça serait bien mais la peine de mort ça serait encore mieux.
    Il n'y a que ça qui ralentirait le massacre des éléphants.

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    1. Oui, c'est exactement ce qu'il faudrait faire pour que ces trafiquants d'ivoire prennent peur.

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    2. Il parait qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs. La solution serait radicale et le message très clair.
      Tu touches à un éléphant, tu es mort.

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  7. Une nouvelle opération Serval du Mali, transposée au Gabon pour sauver les éléphants?
    Ca aurait de la gueule quand même.
    Tout ça est affreux pour les éléphants du Gabon.
    Il faut espérer que ce pays parviendra à préserver ses gros pachydermes.

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  8. Les hommes sont décidément en dessous de tout et ils sont souvent plus doués pour détruire que pour construire.
    3 à 7 mois de prison pour le braconnage d'éléphants ce n'est qu'une petite piqûre d'insecte.
    Je suis bien de votre avis à savoir qu'une quinzaine d'années serait une peine plus en rapport avec la gravité de la situation.

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  9. Dans cette histoire, il y a trop d'argent en jeu et de corruption pour stopper le massacre des éléphants. Les chinois sont trop malins pour se faire prendre et il n'y aura que les petites frappes qui seront attrapées. Si on veut arrêter le massacre il faut aussi que les chinois recherchent les commanditaires de ce trafic chez eux.
    Et ça ce n'est pas demain la veille.

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  10. Le Gabon doit se doter de lois extrêmement sévères contre le trafic d'ivoire, ce qui n'est pas encore le cas.
    C'est une bonne idée de vouloir envoyer plus de militaires pour protéger les éléphants. Au moins nous aurions l'impression que ces bidasses servent à quelque chose d'honnête d'autre dans notre pays.

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  11. Peut-être que le Gabon devrait décréter la sauvegarde des éléphants comme une priorité nationale. Si comme vous le faites comprendre Phemga, les militaires ne sont pas très occupés par leurs tâches, il serait effectivement salutaire de les envoyer en nombre dans les forêts ou vivent les éléphants. L'exercice ne serait pas inutile à leur entraînement physique et surtout indispensable pour pourchasser les braconniers qui visiblement jouissent d'une relative impunité. Même au niveau du Gabon, il reste encore des solutions pour ralentir le massacre des éléphants.

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  12. Il y a des réserves d'animaux qui injectent un liquide rouge dans la corne des rhinocéros et la rend impropre à la vente, sans aucun risque pour l'animal.
    Pourquoi cette solution ne pourrait pas être adaptée aux défenses d'éléphants?

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  13. Ce massacre est vraiment ignoble. Vos photos se passent de commentaires.

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  14. Dans un pays où la corruption doit être très développée, lutter contre les trafiquants d'ivoire ne doit pas être une sinécure, surtout si la corruption se situe aussi dans les hautes sphères de l'état.
    Vous évoquez dans votre article un préfet condamné à 7 mois de prison. Un préfet, ce n'est quand même pas rien dans la hiérarchie administrative.
    En tout cas je souhaite bien du courage à ceux qui sont vraiment décidés à lutter pour préserver la vie des éléphants.

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  15. L'argent transformera toujours l'homme en bête féroce dénué de toute pitié. On parle des éléphants ici mais on pourrait aussi aborder le problème des phoques qui sont régulièrement massacrés sur la banquise, là aussi dans des conditions atroces.
    Si c'est Dieu qui a fait les hommes, il n'est pas à féliciter.

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    1. En fait Samiroutsef, ce sont les hommes qui ont fait Dieu.
      Cela leur permet régulièrement de confesser leurs nombreux pêchés et d'avoir ainsi la conscience tranquille.
      Par contre pour le massacre des éléphants, ils ne doivent pas souvent se confesser car pour eux, ce n'est pas un pêché mais un moyen comme un autre de gagner leur vie.
      Triste monde.

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  16. Les photos sont épouvantables. La quantité de défenses donne une idée du nombre d'éléphants que les braconniers ont tué.
    Quelle triste espèce que l'être humain.

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  17. Le massacre des éléphants ne date pas d'hier mais se prolonge depuis de nombreuses années.
    Toutes les solutions mises en place ont plus ou moins échoué.
    Il n'y a malheureusement aucune raison de se montrer optimiste pour l'avenir.
    Sauf miracle, la cause est déjà perdue.

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    1. Aucune cause n'est jamais vraiment perdue Dizender tant qu'on se bat pour elle.
      Il ne faut jamais désespérer de la nature humaine malgré ses nombreux travers.
      Parler du massacre des éléphants en Afrique est déjà une excellent chose puisque des gens prennent forcement conscience du problème en lisant les sujets qui s'y rapportent.
      La cause serait perdue si personne ne parlait jamais du massacre des éléphants et si aucun des états concernés par cette tragédie ne faisait des efforts pour protéger ces animaux.

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  18. Pour reprendre le sens d'une phrase célèbre d'un homme politique français au sujet de la lutte contre le terrorisme dans les années 90, "il faut terroriser les braconniers".
    Et ce genre de problème ne se règle définitivement qu'à coups de fusils, comme au temps du far west.

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    1. Justement, au farwest, on pendait bien les voleurs de chevaux.
      J'espère que le Gabon trouvera les solutions pour protéger ces grosses bêtes.
      Les photos de cet article montrent bien le niveau de cruauté de ces bandits qui ne méritent aucune pitié.

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