jeudi 15 août 2013

L'Egypte plongée dans un épouvantable bain de sang




Plus d'un mois après la destitution par l'armée de l'ex président Egyptien islamiste, Mohamed Morsi, les craintes d'une confrontation violente se sont donc malheureusement confirmées.
Mais on n'imaginait pas que les heurts et les violences allaient se transformer en véritable carnage où, en 24 heures, officiellement plus de 600 personnes auront trouvé la mort.
La détermination et la mentalité des acteurs en présence laissaient cependant présager le pire.
D'un côté l'armée, qui ne veut pas voir le pays tomber sous la coupe de fanatiques religieux et dont on sait que la moindre provocation à son égard peut dégénérer, et de l'autre les islamistes, partisans du président déchu, prêts à en découdre pour retrouver le pouvoir qui leur a été confisqué.
Il va sans dire que les évènements sanglants de ces derniers jours sont intolérables et qu'ils doivent être condamnés avec la plus extrême fermeté.
Lorsque l'armée d'un pays en vient à massacrer son propre peuple, il ne saurait être question d'y trouver la moindre excuse, la moindre circonstance atténuante.
Les atrocités, commises principalement au Caire, sont inqualifiables et donnent la nausée.
Les responsables de cette innommable tuerie devront rendre des comptes devant la justice, qu'elle soit locale ou internationale.
Le prix Nobel de la paix, Mohamed El Baradei, vice-président égyptien, en présentant sa démission au président par intérim Adli Mansour, a d'ailleurs montré son total désaccord avec les agissements de l'armée qui, incontestablement, a perdu le contrôle de ses nerfs en tirant sur des gens désarmés.
Qu'on ne s'y trompe pas cependant.
Je ne vais me faire ici le défenseur des Frères musulmans qui, pas plus que l'ex dictateur, Moubarak, n'ont la moindre conception de ce que sont la démocratie et la liberté.
Le problème est que ces tristes individus sont parvenus au pouvoir de manière démocratique.
Ils ont été légalement élus par la majorité du peuple égyptien, de la même manière que les islamistes sont parvenus le plus légalement du monde au pouvoir en Tunisie.
On peut retourner le problème dans tous les sens, la vérité reste la même et ne doit pas être travestie.
Le printemps arabe aura permis de déboulonner d'incontestables et ignobles dictateurs pour les remplacer par d'autres tyrans, sans doute encore plus vicieux et sournois, mais démocratiquement élus, contrairement à leurs prédécesseurs.
En destituant l'ex président Mohamed Morsi, l'armée a donc procédé à un coup d'état dans le sens le plus pur du terme et a ainsi violé la légalité constitutionnelle.
Comment alors reprocher aux Frères musulmans, dont est issu l'ex président, Mohamed Morsi, de tout tenter pour retrouver la place qui est légalement la leur dans la sphère politique Egyptienne ?
Ces derniers ont la légitimité démocratique pour eux, celle de la majorité du peuple qui, en son temps, a exprimé un choix clair et précis en leur faveur.
Ce choix s'est porté, sans contestation possible, sur l'avènement de l'islamisme qu'il soit prétendument modéré ou plus probablement radical.
De ce fait, que cela plaise ou non, le strict respect des urnes doit être appliqué.
Alors que l'Egypte est au bord de l'implosion, le spectre d'une guerre civile menace plus que jamais.
Autant l'affirmer sans détours, les centaines de personnes qui ont été tuées hier sont une véritable "bénédiction" pour les Frères musulmans qui ont désormais le droit de crier au martyr et qui ne pouvaient rêver mieux pour mobiliser la communauté internationale, qui condamne très vigoureusement les massacres perpétrés contre les civils.
Comme cela était à craindre, en réprimant de manière totalement disproportionnée les partisans des Frères musulmans, l'armée est tombée dans le piège des provocations les deux pieds joints.
Et comme la violence appelle toujours la violence, les chances de voir la situation s'apaiser dans les jours à venir sont des plus réduites.
Tous les ingrédients sont donc réunis pour que le bain de sang se poursuive encore et encore avec en toile de fond l'impuissance de la communauté internationale qui risque d'être réduite au rôle de simple spectateur.
En effet, spécialement pour les occidentaux, le dilemme est de taille.
L'arrivée aux affaires des Frères musulmans en 2012 et la mise en place d'un régime islamiste étaient une bien mauvaise nouvelle.
En reprenant par la force le pouvoir, l'armée a été perçue avec beaucoup de mansuétude par les pays occidentaux qui n'ont pas ou très mollement protesté après le coup d'état militaire, car tout vaut mieux qu'un régime de barbus aux portes de l'occident.
Mais en massacrant les manifestants, l'armée a changé la donne et s'est tirée une balle dans le pied.
Elle s'est aventurée sur un chemin excessivement dangereux et s'est attirée les foudres d'une grande partie de la communauté internationale, dont les occidentaux qui, placés devant le fait accompli, n'ont pas d'autre choix que de condamner les tueries.
Le régime actuel de transition se trouve désormais isolé et la confrérie des Frères musulmans ne tardera pas à répliquer, avec toute la violence dont les islamistes sont capables, pour venger les nombreuses victimes de cette épouvantable boucherie.
L'avenir de l'Egypte s'inscrit donc en pointillés et en lettres de sang.
Il faut souvent des années pour achever une révolution et quelques dizaines de milliers de morts.
Et il est peu probable que l'Egypte échappe à cette logique implacable du sang et des larmes.
L'appel des Frères musulmans à un "vendredi de la colère" en dit long sur les risques d'un embrasement général.
Si Dieu est aussi grand que certains se plaisent à le croire, peut-être fera-t-il un miracle...

21 commentaires:

  1. C'est atroce de tuer les gens comme ça.
    C'est un crime contre l'humanité.

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  2. Les plus grands bénéficiaires de ce massacre ce sont les islamistes eux mêmes. Ils se frottent les mains à l'heure qu'il est car ils vont pouvoir engager toutes les actions de violence et de vengeance qu'ils justifieront par les crimes de l'armée. Car ce sont bien des crimes que les militaires ont commis en tirant sur des gens désarmés fussent-ils islamistes.

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  3. Je suis déboussolé devant tant de haine et tant de violence gratuite. Pauvre Egypte qui n'a pas fini de voir le sang couler. Mais on ne pouvait pas s'attendre à autre chose de la part de militaires qui ont pris les commandes du pays. Lutter contre les islamistes est une bonne chose mais tuer en masse des manifestants dépasse toutes les mesures de l'acceptable.

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  4. Les islamistes sont arrivés au pouvoir de façon démocratique c'est vrai mais Hitler aussi n'est-ce pas?
    On sait ce que ça a donné par la suite. Même la démocratie peut engendrer les pires horreurs. Les militaires égyptiens ont fait ce qu'il fallait en éjectant les islamistes du pouvoir. Le gros bémol est qu'ils sont allés trop loin en tirant sur la foule. Là, c'est l'horreur absolue et injustifiable. Les jours prochains seront bien sombres. La guerre civile est en marche.

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    1. Isazur, comparer les islamistes à Hitler c'est vraiment aller trop loin. Jusqu'à preuve du contraire, les islamistes ne cherchent pas à exterminer leurs prochains. Pour l'instant ceux qui exterminent ce sont les militaires.

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  5. Je ne suis pas mécontent de voir que les islamistes ont été virés du pouvoir. Ce n'est pas très légal tout ça, c'est vrai, mais ces types n'amèneront rien de bon à l'Egypte sinon leur délire religieux de bas de gamme. Pourtant je suis choqué par tous ces massacres qu'on ne peut pas justifier. Ce genre de bavure va donner un superbe prétexte aux islamistes pour organiser leurs prochains attentats comme ils en sont si coutumiers. 600 personnes sont mortes pour leurs idées et non pas parce qu'elles étaient des terroristes et ça c'est dur à avaler.

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  6. Ce sont surtout les USA qui donnent beaucoup d'argent à l'armée égyptienne qui ont un véritable moyen de pression. Le seul problème c'est qu'en suspendant son aide à l’Égypte ils font le lit des islamistes. Le choix est cornélien. Comment faire pression efficacement sans faciliter le retour des barbus?

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  7. L'armée égyptienne a dépassé toutes les limites en tuant tous ces gens. Ceux qui ont donné des ordres pour tirer doivent être arrêtés et jugés pour leurs crimes. C'est l'horreur et j'ai l'impression que ça ne fait que commencer. Le pays des pharaons est dans de sales draps.

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  8. Et comme d'habitude, Dieu a détourné les yeux pour regarder ailleurs.

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  9. La politique et la religion ont toujours été à l'origine de nombreux massacres. Si en plus elles s'opposent directement ça ne peut faire que des étincelles pour se terminer dans une explosion retentissante.

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  10. La révolution française a fait des centaines de milliers de morts.
    Qu'en sera-t'il de la révolution égyptienne?
    Nous n’arriverons surement pas à ce niveau de pertes en vie humaine et c'est heureux mais les grandes révolutions ont toujours fait de très nombreuses victimes.
    Dans ce combat entre l'armée et les frères musulmans, les victimes vont continuer de s'accumuler pour la prise du pouvoir.
    Un pouvoir qui comme vous le rappelez fort justement Phemga appartenait légalement aux frères musulmans. On comprendra donc la frustration qui les anime et leur envie de lutter pour retrouver ce qui leur appartient de droit. Si seulement ces gens n'étaient pas des islamistes avec toutes les conséquences qui en découlent, je serais tenté de ressentir une certaine sympathie pour leur cause mais voilà, je crois qu'il n'y a rien de pire après le communisme que l'islamisme radical. Si je me souviens bien Phemga, dans un ancien article, vous écriviez à peu près la même chose. Je suis triste pour le peuple égyptien qui souffre et qui devra connaître bien des horreurs avant de vivre en paix. C'est souvent le prix à payer pour vivre libre.

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  11. Encore 75 morts aujourd'hui. Le bain de sang continue. Un crime contre l'humanité sous les yeux d'un monde incapable d'arrêter la tuerie. Ou va notre monde où on tue aussi facilement qu'on respire?

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  12. Dieu ne fera aucun miracle Phemga car cela fait bien longtemps que son regard s'est détourné du genre humain, écœuré qu'il est par ce qu'il a crée, l'une des abjections les plus horribles de la terre, l'homme.

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  13. Le "vendredi de la colère" a engendré un nouveau bain de sang et cela n'est pas une surprise. La répression sanglante menée par l'armée et la police se poursuit alors que la communauté internationale parle et menace dans le vide. Il sera de plus en plus difficile d'arrêter l'engrenage de la violence. Je ne suis pas prêt d'aller faire du tourisme du côté des pyramides et cela même si on m'offre le voyage et l'hôtel.

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  14. Le prix de la liberté est souvent très élevé.
    Mais je me demande de quelle liberté parlent les islamistes qui veulent reprendre le pouvoir car c'est une aberration d'associer le mot liberté avec islamisme.
    Ces gens sont pétris d'humour non?
    Enfin cela n'excuse pas les tueries auxquelles nous assistons.

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  15. Juste un petit bonjour en passant Phemga. Je suis en vacances dans le sud et franchement je n'ai pas le désir de commenter les horreurs de l'actualité avec ce si beau soleil qui invite à se prélasser à longueur de journée.

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  16. Si ça continue, on va droit vers une épuration religieuse.
    Voici de bien tristes perspectives d'avenir pour ce pays.

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  17. Ok, on s'émeut parce que des gens sont tués et c'est vraiment regrettable mais ceux qui sont aux commandes des frères musulmans ne sont que des terroristes en puissance arrivés légalement au pouvoir mais des terroristes quand même. Isazur a rappelé comment Hitler était parvenu à dominer l'Allemagne. Elle a donné un très bon exemple.

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  18. Si je déplore vivement la mort de tous ces gens, je me réjouis des déboires des frères musulmans qui sont des islamistes purs et durs et qui ont profité de la démocratie pour s'approprier les rênes du pouvoir égyptien.

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  19. Un chose m'échappe dans cette histoire dramatique.
    Les médias affirment que seuls 15% de la population soutiendraient les frères musulmans.
    Qui a donc élu ces gens là à la tête de l'état égyptien puisque tout le monde reconnait qu'ils ont gagné les élections légalement?

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    1. C'est encore moi!
      Le taux de participation aux élections présidentielles égyptiennes a été estimé à 51%. Le candidat islamiste a obtenu 13 millions de voix contre 12 millions pour le candidat opposé. Ca correspond à peu près à 52% des voix.
      Moralité, s'il y a seulement 15% des gens qui soutiennent en ce moment les frères musulmans, ça veut dire que pas mal de monde a retourné sa veste en l'espace d'une année.
      Dans un sens, c'est un peu ce qui se passe en France avec Hollande.
      Les français ont majoritairement voulu Hollande et ils ont eu Hollande. Qu'ils se le tapent donc pendant 10 ans ou qu'on envoi l'armée Egyptienne le dégager. Elle a l'habitude de ce travail.

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