lundi 7 octobre 2013

Gabon : La liberté d'expression de nouveau rudoyée



Lorsque le 26 septembre dernier, les journalistes du quotidien L'union ont vu débarquer dans leurs locaux, une escouade de gendarmes qui a bouclé tout le périmètre pour empêcher quiconque d'entrer ou de sortir, sans doute ont-ils cru que la maréchaussée s’apprêtait à capturer un dangereux criminel caché dans la zone.
En fait, officiellement, ces gendarmes apportaient une convocation au directeur de publication du journal.
Cependant, leur mission principale était d'embarquer le journaliste en vue d'un interrogatoire après la publication d'un billet du fameux "Makaya", qui évoquait des malversations financières au sein du génie militaire et de la marine nationale.
Heureusement pour lui, ce dernier était fort opportunément absent du Gabon.
Sans aucun document de justice officiel, dûment signé par un juge d'instruction, les forces de l'ordre ont donc investi et encerclé les locaux du seul grand quotidien national du pays.
On peut se montrer extrêmement surpris de cette action d'envergure engagée contre ce quotidien, alors qu'il pratique, sans modération, un véritable culte du chef de l'état, même si le gouvernement y est régulièrement brocardé.
Ces agissements, hors norme, démontrent une nouvelle fois que la liberté d'expression a encore beaucoup de progrès à accomplir dans notre pays pour qu'elle devienne, un jour prochain, une réalité effective.
Si des individus puissants se sont permis d'envoyer quelques pieds nickelés en uniforme jouer les "rambo" pour s'emparer d'un journaliste, et non des moindres, c'est qu'ils étaient totalement convaincus de leur impunité et de la mansuétude, à leur égard, des plus hautes instances du pouvoir.
Certes, la liberté de la presse n'est pas un sauf-conduit qui autorise les médias à se compromettre dans les dérives en tout genre.
Aussi, en cas d'abus, de diffamation avérée, des textes de loi permettent de traduire en justice les responsables d'informations erronées ou mensongères qui auraient porté atteinte à l'image d'un individu, d'une entreprise ou d'un organisme.
Il semblerait donc que l'action coup de poing engagée par des représentants de l'état sans scrupules, contre le média local le plus populaire du Gabon, relevait d'abord d'une décision qui visait à marquer fortement les esprits.
Ceci, afin de calmer les ardeurs journalistiques et de restreindre certaines activités considérées comme des plus gênantes par quelques hauts fonctionnaires dénués de la moindre éthique, qui emploient souvent le mot "honneur" mais qui en sont dépourvus de sens.
Et on se souvient encore des belles résolutions adoptées lors de la journée mondiale de la presse 2013, célébrée au Gabon.
Celles-ci garantissaient une plus grande latitude des journalistes dans leur manière de véhiculer l'information mais également la liberté d'expression pour l’ensemble des médias.
Les déclarations de circonstance, destinées surtout aux médias internationaux, ont vite fait d'être considérées comme nulles et non avenues aussitôt que les feux des projecteurs se sont éteints et que le rideau de la grande scène de théâtre a été tiré.
La commedia dell'arte est une discipline dont nos politiques excellent en tout point.
Sur ce plan là, ils n'accusent aucune faille et font preuve d'une maîtrise exceptionnelle qui ferait pâlir d'envie les plus grands hommes politiques occidentaux.
Il est bien évident que derrière ces bonnes résolutions de façade, se cache un désir important de contrôler l'information, dès lors que celle-ci est de nature à remettre en question la réputation de certains personnages plus ou moins puissants, donc très influents.
Quoi qu'il en soit, ces gens là sont parvenus à leurs fins, puisque malgré un timide article dans L'union qui relatait l’intrusion des gendarmes dans ses locaux, l'affaire a été vite étouffée, tant par les médias que par les politiques.
Fermez le ban, il n'y a plus rien à voir et encore moins à lire !
Et c'est donc dans ce climat délétère, où le zèle des chefaillons fait loi, qu'on continue de nous bassiner avec l'émergence qui avancerait à grands pas.
Est-il nécessaire de rappeler que dans n'importe quel pays démocratique, les responsables de l'action commando menée par la gendarmerie seraient tous mis en examen et démis de leurs fonctions ?
Dans un pays qui respecte la liberté d'expression, devant une telle bavure, le plus petit média aurait sauté sur l'occasion pour porter l'affaire devant la justice et s'attacher à ce que des têtes tombent.
Les journalistes de L'union qui, sous le couvert de Makaya, entretiennent une verve parfois éloquente et souvent acerbe, ont perdu dans cette lamentable aventure, une occasion unique de permettre à la démocratie de progresser.
Leur silence assourdissant a porté un rude coup à la liberté d'expression, bien plus encore que le débarquement dans leurs locaux de cette bande de cow-boys, aux ordres d'un "grand quelqu'un".
L'histoire démontre que la couardise, face à l'oppression, n'a jamais débouché sur le moindre progrès de société mais au contraire a contribué à encourager la tyrannie à développer ce quelle a de plus sombre et de plus sectaire.
Les hommes, tant qu'ils seront incapables de se fédérer pour défendre un idéal commun, une cause juste, auront toujours la démocratie qu'ils méritent; celle prônée par les illusionnistes invétérés de la politique spectacle, toujours prompts aux grands discours nappés de belles promesses, mais prêts à brandir, à la moindre occasion, une paire de menottes pour bâillonner les vérités dérangeantes.

20 commentaires:

  1. Quoi ? Comment ?
    Alors là mon frère, prépare quelques petites affaires, ta brosse à dents et ton dentifrice car tu vas en avoir besoin. Les pieds nickelés, les rambo, couardise, les illusionnistes invétérés de la politique spectacle ??
    C'est abusé là !
    Et surtout n'espère pas une commission rogatoire pour t'expédier au bagne...de Cayenne.
    Une lettre de cachet suffira.
    Il n'y a pas de Zola chez toi pour un retentissant : j'accuse...!


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    1. Pour Phemga, c'est Guantánamo assuré

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  2. Voici une bien vilaine affaire habilement passée sous silence par toutes les parties concernées.
    Il ne s'est jamais rien passé et tout le monde s'est calmé sur le dos de la liberté d'expression.
    La magie gabonaise quoi.

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    1. C'est de la sorcellerie. Il y a trop de sorciers chez nous qui font disparaître les affaires comme par enchantement.

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  3. L'union fait la force et je ne parle pas du journal. Si on avait eu assez de courage pour éjecter à coup de pied dans le derrière ces faux rambo qui effraient seulement les paisibles citoyens certains en haut lieu se seraient dit que les mentalités évoluent et que la récréation est enfin terminée.
    Mais comme vous le dites, la couardise alimente l'oppression.

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  4. La liberté d'expression est une illusion dans beaucoup d'autres pays que le Gabon. La démocratie est une forme de culture qui s'acquière dans l'éducation et dans l'instruction qui façonnent les méthodes de pensée. L'homme a été génétiquement programmé pour brimer son prochain. Si on ne lui explique pas qu'il existe d'autres voies à emprunter, il trace sa route en bousculant ceux qui le gênent.

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  5. Pardon phemga, mais pour une fois qu'on donne la fessée à Makaya, moi je suis ravi. Les gens là à travers Makaya disent beaucoup de sottises juste pour se faire remarquer. Je ne suis pas contre la liberté d’expression mais un petit coup de temps en temps dans la fourmilière rappelle à tous que les journalistes ont le devoir d'informer mais pas de diffamer.

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    1. Ibindaoyem ce qu'a écrit Makaya et qui a coûté tous ces tourments à L'union n'était pas de la diffamation mais une triste réalité qu'on s'efforce de cacher par tous les moyens.
      Efforts amplement récompensés puisque plus personne ne parle de cette histoire, sauf Phemga qui met toujours les pieds dans le plat.

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  6. Cette histoire est assez rocambolesque. D'abord on imagine mal que cela arrive en France mais si malgré tout les journalistes français devaient vivre une semblable situation, ça aurait un retentissement national et international. Quelques hauts pontes devraient s'expliquer devant un tribunal et perdraient leur job, c'est sûr. Bon, je comprends aussi que c'est facile dans un pays démocratique de s'attaquer au pouvoir et de lui causer des ennuis. Cela ne semble pas être le cas dans le pays où vous vivez.
    Il ne faut pas désespérer, la roue finit toujours par tourner.

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  7. On est ici devant l'éternel problème des informations sensibles qui déplaisent à quelques personnes influentes, lorsqu'elles sont dévoilées, parce qu'elles se sentent directement concernées. Elles se vengent à leur manière parce que, vous l'avez dit dans votre article, elles sont certaines d'obtenir l'impunité. Mais le plus grave, après la révolution arabe qui n'est pas forcément un exemple est qu'en 2013, alors que nous sommes noyés par les flux d'information, ce genre d'affaire reste dans le silence totale. Comment voulez vous changer les mentalités après ça?
    La loi du plus fort reste la meilleure.

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  8. C'est génial Phemga d'évoquer cette histoire qui donne une image assez précise de ce qu'est la liberté d'expression chez vous. Si on ne risque pas de trouver en première page d'un journal cet incident, je vais rebondir sur ce que disait Evans. Cette affaire, si elle avait eu lieu en France, ferait la une de tous les journaux locaux, européens et américains et les responsables seraient lourdement sanctionnés. Le gouvernement serait même directement attaqué et des démissions surviendraient. Je mesure par votre article tout le chemin qui reste à parcourir au Gabon pour parvenir à la démocratie. La démocratie ne décrète pas au hasard de discours pompeux mais se pratique tous les jours sur le terrain.

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  9. Ce que vous écrivez n'est pas faux Phemga mais combien de siècles il a fallu aux pays occidentaux pour parvenir à la démocratie ?
    On ne peut pas demander aux pays africains de réussir en 50 ans ce que les autres sont parvenus à réaliser en plusieurs centaines d'années. Nous savons tous que la démocratie est balbutiante au Gabon mais il faut laisser le temps au temps. Tout finira par arriver. Donc patience.

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    1. Oubiana, il y a quand même une grosse différence. Il est normal que les démocraties occidentales aient mis des siècles à trouver leur stabilité. Elles étaient pionnières et donc elles ont tâtonné très longtemps. Mais les pays africains n'ont jamais su profiter des erreurs commises par les pays démocratiques et ils sont tombés dans les mêmes pièges comme si le passé ne servait à rien. Aucune leçon n'a été tirée et ils se sont contentés de répéter les mêmes erreurs en faisant fi de l'expérience des autres.

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  10. L'émergence avance malgré tout Phemga. Elle fait 2 pas en avant et 1 pas en arrière mais elle avance petit à petit malgré les lacunes constatées.

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  11. Je crois qu'il existe certains politiques français qui rêveraient d'avoir autant d'autorité sur la presse hexagonale et qui envient le Gabon.

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  12. La liberté d'expression est un long chemin aux pièges multiples.
    Il faut beaucoup d'ouverture d'esprit pour y parvenir et surtout une abnégation de tous les instants.
    C'est aussi la volonté politique de ceux qui gouvernent qui permet d'atteindre le but fixé, mais plus que tout, c'est l'indéfectible énergie d'un peuple qui change les choses.
    Sans l'appui du peuple, l'espoir est minime, pour ne pas dire vain.

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    1. L'appui du peuple, c'est l'expression de l'opinion publique. Or, cette opinion là n'est jamais interrogée. Il n'y a pas d'institut de sondages ici. Et s'il y en avait, il ne serait pas vraiment indépendant. Les chiffres se manipulent trop facilement.

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  13. Phemga, vous savez bien que si les journalistes de l'union avait porté l'affaire devant la justice, un grand ponte se serait chargé d'étouffer l'action dans l’œuf. Il ne sert donc à rien de dépenser de l'énergie et de l'argent pour une opération qui n'aurait aucune chance d'aboutir.
    Vous pensez trop comme un européen.

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  14. Vu de l'extérieur cette histoire rocambolesque fait sourire.
    Je comprends que personne ne veuille l'ébruiter car tout ça n'est pas vraiment glorieux, ni pour les représentants de l'état ni pour les journalistes concernés.

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  15. Le liberté d'expression n'est déjà pas une chose à 100% garantie dans les démocraties occidentales, alors on se doute bien que sur le continent africain, ça doit balbutier régulièrement.
    En plus si ceux qui sont chargés de l'information, ne réagissent pas lorsqu'on tente de les empêcher de travailler, ce n'est pas demain qu'on assistera à une amélioration notable.

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